Observatoire du nucléaire

Organisme indépendant de surveillance de l’industrie nucléaire

Revue de presse - juillet 2013

1 juillet 2013 · julienschwartz

La Bérézina nucléaire d’EDF aux USA cen­su­rée par les médias

EDF amorce son désen­ga­ge­ment du nucléaire aux Etats-Unis
Les Echos, 30 juillet 2013 : http://bit.ly/18KewQh
EDF va se désen­ga­ger du nucléaire aux Etats-Unis
BFM Business, 30 juillet 2013 : http://bit.ly/1b6rBEo
EDF prend ses dis­tances avec le nucléaire américain
Boursier.com, 30 juillet 2013 : http://bit.ly/16WSkjx

Il y 6 ans, EDF débar­quait avec tam­bours et trom­pettes aux USA pour y construire d’innombrables réac­teurs nucléaires (des EPR fran­çais, bien sûr). L’opération consis­tait en pre­mier lieu à rache­ter à prix d’or 50% de l’entreprise Constellation, dépense « négli­geable » com­pa­rée aux pro­fit gigan­tesques annon­cés. Les médias n’ont pas man­qué de saluer ce triomphe « assu­ré » de l’atome hexa­go­nal. Quelques exemples :

Le Monde, 27 sep 2007 : « EDF veut prendre sa part dans la renais­sance de l’énergie nucléaire aux Etats-Unis »
Les Echos, 3 oct 2007 : « EDF et Areva jouent des coudes pour pro­fi­ter du réveil du nucléaire américain »
Le Figaro, 27 sept 2007 : « La bataille du nucléaire amé­ri­cain commence »
Le Figaro, 9 sept 2008 : « EDF se ren­force dans Constellation Energy »
Les Echos, 18 déc 2008 : « EDF rem­porte la bataille de Constellation Energy »
La Croix, 19 déc 2008 : « EDF va construire des cen­trales nucléaires aux Etats-Unis » (notez la grande « pru­dence » de ce titre…)
Etc…

Votre « obser­va­teur du nucléaire » pré­fé­ré, qui oeu­vrait alors pour le compte d’une orga­ni­sa­tion qui a depuis été infil­trée et désta­bi­li­sée (cf http://reseau.democratie.free.fr ), annon­çait à l’époque un inévi­table désastre, ce qui avait d’ailleurs été relayé par l’AFP dans une dépêche du 17 décembre 2008, dans laquelle on pou­vait lire « Il appelle les citoyens fran­çais à prendre conscience du désastre finan­cier qui les attend si per­sonne n’est en capa­ci­té d’empêcher EDF d’investir de façon absurde et insen­sée. » Mais qui a vou­lu entendre ?

Aujourd’hui, après 6 ans de délires, EDF bat piteu­se­ment en retraite. Aucun réac­teur fran­çais ne sera construit, les inves­tis­se­ments consen­tis l’ont été pour rien. Or, curieu­se­ment, on ne trouve dans les médias nulle trace de cette débâcle finan­cière. Les titres sont même des chefs d’oeuvre d’euphémisme : EDF « se désen­gage », ou « prend ses dis­tances avec le nucléaire amé­ri­cain ». Personne n’a jugé utile d’enquêter sur la fac­ture, assu­ré­ment fara­mi­neuse, de cette aven­ture stupide.

Quant aux deux jour­naux les plus enthou­siastes à l’époque, ils passent car­ré­ment sous silence ce désastre qui est pour­tant aus­si le leur : rien dans Le Figaro, et… une grande inter­view de M Proglio (pdg d’EDF) dans Le Monde (cf http://bit.ly/13rivfR ), qui lui per­met par ailleurs de men­tir de façon éhontée…

Nucléaire : le mythe du « grand retour » vire à la déroute

L’improbable renais­sance nucléaire
Mediapart, 13 juillet 2013 : http://bit.ly/1ajSQe6
A lire sur Worldnuclearreport : http://bit.ly/168YTl1
Nucléaire : « Sa renais­sance est un fan­tasme et une propagande »
Les Inrocks, 16 juillet 2013 : http://bit.ly/13hXPXz
Le lob­by nucléaire retrouve le sourire
La Croix, 9 juillet 2013 : http://bit.ly/1aVVd9M
Le vieillis­se­ment du parc nucléaire est un « défi », dit l’AIEA
Reuters, 15 juillet 2013 : http://bit.ly/17HUIvF

Depuis des années, la majo­ri­té des médias, à com­men­cer par les plus « fiables » (comme Le Monde ou Les Echos), nous assènent la thèse du « grand retour du nucléaire ». Or, ce que nous venons de voir pour les USA est valable pour le monde entier : la plu­part des pro­jets de nou­veaux réac­teurs sont annu­lés, les chan­tiers en cours s’éternisent, et les fer­me­tures de vieux réac­teurs se multiplient.
Le rap­port annuel « World nuclear report » ( http://bit.ly/168YTl1 ), de l’excellent Mycle Schneider, démontre d’ailleurs de façon impla­cable l’impasse dans laquelle se situe l’industrie de l’atome. Et, au bout d’une impasse, il y a tou­jours un mur.
La Croix a tou­te­fois trou­vé utile de se ridi­cu­li­ser en reco­piant (en guise d’article) la pro­pa­gande du lob­by de l’atome dif­fu­sée lors d’une confé­rence de l’Agence inter­na­tio­nale de l’énergie ato­mique qui pré­tend encore aux len­de­mains radieux de l’atome…

Tchernobyl et Fukushima : néga­tion­nisme du lob­by nucléaire

Les délé­gués belges indi­gnés : « On mini­mise les consé­quences de Fukushima »
RTBF.be, 6 juillet 2013 : http://bit.ly/16V5cYj
Tchernobyl et la Corse : cir­cu­lez, il n’y a pas de retom­bées sanitaires
Slate.fr, 25 juillet 2013 : http://bit.ly/12lX0SY
Touraine rejette une étude concluant à un effet Tchernobyl en Corse
Dépêche AFP, 23 juillet 2013 : http://bit.ly/12KZh4M
Histoire : ce qui se disait lors du pas­sage de Tchernobyl sur la France
Slate.fr, 29 juillet 2013 : http://bit.ly/13r4uOz

Marisol Touraine est ministre de la san­té et, de toute évi­dence, elle a repris le rôle de la cruche aban­don­né de force par notre chère Delphine Batho. Pas de sexisme ici : des hommes poli­tiques aus­si ont sou­vent mon­tré leur sidé­rante incom­pé­tence. Le plus bel exemple vient assu­ré­ment du risible Sarkozy pré­ten­dant que l’on peut « désac­ti­ver une cen­trale nucléaire à dis­tance » (pour jus­ti­fier son pro­jet de vente d’un réac­teur à son ami - à l’époque - Kadhafi) ou assu­rant que « Fukushima n’est pas un acci­dent nucléaire » (cf http://bit.ly/XVoeIG ).

Mais enfin, ce n’est pas parce que Marisol est une femme que l’on doit l’épargner : elle ne connait rien au nucléaire, elle n’a pas même consul­té le rap­port ( http://bit.ly/13deaMf ) de 25 cher­cheurs diri­gés par le pro­fes­seur Paolo Cremonesi de l’hôpital Galliera de Gênes sur les consé­quences du nuage de Tchernobyl en Corse.

Mais Marisol sait répé­ter mot pour mot les « élé­ments de lan­gage » qui lui sont four­nis par le lob­by nucléaire : « L’étude ita­lienne ne per­met pas aujourd’hui selon ses don­nées métho­do­lo­giques d’établir un lien de cause à effet plus direct entre le nuage de Tchernobyl et le déve­lop­pe­ment de ces can­cers ». Tant va la cruche à l’eau… (A l’eau ? Non mais à l’eau ?)

Depuis le 11 mars 2011, le lob­by nucléaire fait désor­mais du néga­tion­nisme sur deux fronts prio­ri­taires : Tchernobyl mais aus­si Fukushima. La rou­tine pour l’UNSCEAR (United Nations Scientific Committee on the Effects of Atomic Radiation ), orga­ni­sa­tion mafieuse infil­trée depuis 1955 au coeur de l’ONU pour men­tir autant que faire se peut afin de pro­té­ger l’industrie de l’atome. C’est exac­te­ment ce qui a été fait en mai der­nier à Vienne (Autriche), au siège de l’AIEA (Agence inter­na­tio­nale pour l’énergie ato­mique) où l’UNSCEAR a tenu réunion sur les consé­quences de Fukushima.

Soyons clairs : heu­reu­se­ment qu’il y a à l’UNSCEAR des délé­gués belges, et qu’il existe au moins un média public belge (la RTBF) qui joue son rôle en lais­sant des jour­na­listes com­pé­tents (en l’occurrence M. Marc Molitor) faire leur tra­vail, pour que cer­tains faits soient connus. Ce ne sont évi­de­ment pas les délé­gués fran­çais, emme­nés par le mys­ti­fi­ca­teur Pr Maurice Tubiana (qui dés­in­forme sur le nucléaire depuis plus de 50 ans, cf http://bit.ly/1c60c6Q ), qui iraient révéler…leurs propres tricheries !

Fukushima : la situa­tion se dégrade sur tous les plans

Fukushima : hausse phé­no­mé­nale du taux de césium radioactif
LeMonde.fr, 9 juillet 2013 : http://bit.ly/1bjLqsR
Fukushima : la radio­ac­ti­vi­té aug­mente, les risques aussi ?
Terra-eco, 12 juillet 2013 : http://bit.ly/1drg0z4
Fukushima : les risques de can­cer de la thy­roïde sous-évalués
Nouvelobs.com, 22 juillet 2013 : http://bit.ly/1b8jCtI
Tepco recon­naît une pol­lu­tion du Pacifique
Euronews, 22 juillet 2013 : http://bit.ly/13eaMkq
Fukushima : une addi­tion de 44 mil­liards d’euros pour décon­ta­mi­ner la région
Dépêche AFP, 24 juillet 2013 : http://bit.ly/1dUpMdg
L’ex-directeur de Fukushima est mort d’un cancer
Terra-eco, 9 juillet 2013 : http://bit.ly/13J3E5w

Depuis le 11 mars 2011, nous ne ces­sons de dire qu’il ne s’agit pas de « la » date de la catas­trophe de Fukushima, mais bien celle du début de cette catas­trophe, laquelle va conti­nuer et s’aggraver pen­dant des siècles. Ces jours-ci, on « apprend » que les conta­mi­na­tions sont dra­ma­tiques et que la fac­ture explose.

Nous met­tons des guille­mets autour de « apprend » car ce que cer­tains font mine de décou­vrir main­te­nant est en fait une évi­dence depuis le pre­mier jour. Il n’est d’ailleurs pas besoin d’être devin pour pré­voir que les conta­mi­na­tions les plus ter­ribles vont être « décou­vertes » au fil du temps et que la fac­ture finale ne se comp­te­ra pas en dizaines de mil­liards de dol­lars mais en cen­taines ou même en mil­liers de milliards.

Notons aus­si que l’homme qui était direc­teur de la cen­trale au début du drame, et dans les mois qui ont sui­vi, vient de mou­rir d’un can­cer. Voilà au moins un exemple pour contre­dire les néga­tion­nistes qui pré­tendent que « la catas­trophe de Fukushima n’a fait aucun mort ». Hélas, ce sont au final des dizaines ou des cen­taines de mil­liers de per­sonnes qui ont été tuées ou le seront dans les années à venir. Pas de quoi gêner les mêmes néga­tion­nistes qui, comme pour Tchernobyl, ont d’ores et déjà com­men­cé à contes­ter la vérité.

Fukushima : le retour (tran­quille) du cou­pable Jamet

« Cela a déclen­ché la réflexion sur la transparence »
Libération, 23 juillet 2013 : http://bit.ly/1dZvw5m

Nous avons évo­qué à plu­sieurs reprises (cf les revues de presse heb­do : http://bit.ly/17DhUMf ) le cas stu­pé­fiant de M. Philippe Jamet, un des 5 com­mis­saires de l’Autorité de sûre­té nucléaire (cf http://bit.ly/1csC14i ). Pour mémoire, en juillet 2007, un puis­sant séisme a mis à mal au Japon la plus grande cen­trale nucléaire du monde, celle de Kashiwasaki (cf http://bit.ly/13gMtn1 ). Une mis­sion de l’AIEA (Agence inter­na­tio­nale de l’énergie ato­mique) a été dépê­chée pour étu­dier la situa­tion et tirer les ensei­gne­ments de cette affaire au cours de laquelle la catas­trophe avait été évi­tée de peu.

Cette mis­sion, diri­gée par… M. Philippe Jamet, a pro­duit un rap­port (cf http://bit.ly/f5cIkb ) qui a bien émis quelques pré­co­ni­sa­tions, mais sans deman­der la fer­me­ture de la moindre cen­trale japo­naise (contrai­re­ment à Stéphane Lhomme sur le pla­teau de l’émission « C dans l’air » : http://bit.ly/eHPXh8 ). A peine trois ans et demi plus tard, un nou­veau séisme était à l’origine de la catas­trophe nucléaire de Fukushima concer­nant laquelle M. Jamet porte donc une res­pon­sa­bi­li­té écra­sante. Mais il n’a jamais été som­mé de s’expliquer.

Bien au contraire, Libération (qui est tou­jours sous la sur­veillance de la très radio­ac­tive Mme Lauvergeon : http://bit.ly/r1n3ui ) lui per­met de se dis­cul­per : « Les modèles de cal­cul de tsu­na­mi exis­taient. Seulement, on avait sous-estimé la vio­lence des phé­no­mènes géo­lo­giques qui peuvent les pro­vo­quer. » M. Jamet oublie juste de pré­ci­ser qu’il est pré­ci­sé­ment une part cru­ciale de ce « on ».

Avec le plus grand tou­pet, il se per­met même de don­ner des bons points aux mal­heu­reux japo­nais conta­mi­nés par sa faute : « Ils sont très bons en radio­pro­tec­tion. Ils sont capables de mesu­rer le niveau de dose reçu, de com­pa­rer, de faire atten­tion. » Il y a vrai­ment des coups de pied au der­rière qui se perdent…

Cette fois c’est pro­mis, le nucléaire va être « plus sûr »…

Centrale de Tihange : le mur anti-crue dans un an et demi
Lavenir.net (Belgique), 9 juillet 2013 : http://bit.ly/1aUNWaa
La sûre­té nucléaire en Chine est par­mi les plus avan­cées au monde
Le Quotidien du Peuple , 5 juillet 2013 : http://bit.ly/11xGoXY
Risques natu­rels et cen­trales nucléaires : l’avertissement igno­ré des géologues
Ragemag, 19 juillet 2013 : http://bit.ly/16uMsjA

Les pro­mo­teurs de l’atome sont sans état d’âme : loin d’être désta­bi­li­sés par les catas­trophes dont ils sont res­pon­sables et cou­pables, ils s’en féli­citent au contraire, avan­çant que cela va per­mettre de rendre le nucléaire « encore plus sûr ». C’est donc « grâce » à Fukushima que la cen­trale nucléaire belge de Tihange va être dotée, qui l’eût cru, d’un « mur anti-crue » (mais pas avant 2015 toutefois).

Quant aux « res­pon­sables » chi­nois, ils n’hésitent pas à cla­mer que « la Chine en matière de sécu­ri­té nucléaire a atteint un des niveaux les plus avan­cés au monde ». Exactement ce que disaient leurs homo­logues japo­nais avant le 11 mars 2011. D’ailleurs, Ragemag enfonce le clou avec un très inté­res­sant article à pro­pos de la menace sis­mique sur les cen­trales nucléaires. Menace qui, faut-il le rap­pe­ler, est loin d’être unique…

Parc nucléaire fran­çais : la fac­ture va être incommensurable

80 mil­liards pour réno­ver le parc nucléaire français ?
Ouest-France, 11 juillet 2013 : http://bit.ly/1dmQF9p
Nucléaire : la réno­va­tion plus chère qu’un nou­veau parc ?
Nouvelobs, 10 juillet 2013 : http://bit.ly/153zRRN
Electricité : hausse de 5 % en août, même scé­na­rio l’an prochain
LeMonde, 8 juillet 2013 : http://bit.ly/1bjscmY
Nucléaire : EDF aug­mente ses tarifs mal­gré 3 mil­liards de bénéfices
HuffPost, 9 juillet 2013 : http://huff.to/1690uaw
L’État décide d’une triple hausse des tarifs EDF
Le Figaro, 9 juillet 2013 : http://bit.ly/11zppoc

Comme on a « man­gé son pain blanc », la France nucléaire a consom­mé son « élec­tri­ci­té blanche ». En effet, à part lorsque se pro­duit une catas­trophe, les deux ou trois pre­mières décen­nies d’un parc nucléaire se déroulent rela­ti­ve­ment tran­quille­ment (du point de vue des exploi­tants bien sûr, beau­coup moins de celui des tra­vailleurs de l’atome ou des rive­rains des centrales).

Mais, repous­sés dans le temps, les pro­blèmes arrivent tous ensemble et, concer­nant les grands parcs nucléaires (plu­sieurs dizaines de réac­teurs), c’est exac­te­ment ce qui se pro­duit aujourd’hui, en par­ti­cu­lier aux USA, en Grande-Bretagne et en France où l’affaire est d’autant plus cru­ciale que 75% de la pro­duc­tion d’électricité du pays ont été attri­bués au nucléaire.

Si l’électricité ato­mique a été ven­due pen­dant 30 ans en France à un tarif rela­ti­ve­ment modé­ré (tou­te­fois beau­coup moins « bon mar­ché » que ce qu’on a bien vou­lu nous dire), c’est parce que les vrais coûts ont été cachés et que les fac­tures ont été repor­tées dans le temps. Aujourd’hui, la situa­tion est inex­tri­cable : arrê­ter des dizaines de réac­teurs est certes indis­pen­sable mais est incon­tes­ta­ble­ment très com­pli­qué dans la mesure où, déli­bé­ré­ment, rien n’a été pré­vu pour mettre en ouvre une telle décision.

Mais conti­nuer à exploi­ter ces réac­teurs, sans même évo­quer l’hypothèse de plus en plus pro­bable d’un acci­dent grave, est tout aus­si pro­blé­ma­tique : il faut dépen­ser des sommes insen­sées pour « rafis­to­ler » tant bien que mal ces anti­qui­tés. La fac­ture de ce pro­gramme, bap­ti­sé pom­peu­se­ment par EDF « le grand caré­nage », est déjà l’objet de polémiques.

Estimée d’abord à 35 mil­liards d’euros, elle serait en fait de 55 mil­liards, mais peut-être aus­si de 70 à 80 mil­liards, voire plus. N’en dou­tons pas, ce sera plus ! Avec beau­coup de chance, ce sera « seule­ment » 100 mil­liards, mais peut-être 120 ou 150 ou 200. Pour le lob­by nucléaire, le plus impor­tant est que le pro­ces­sus soit lan­cé de façon à pou­voir dire ensuite : « Certes, c’est plus cher que pré­vu, mais on ne va pas s’arrêter main­te­nant après avoir déjà dépen­sé tant de mil­liards ». C’est la bonne vieille tac­tique du fait accom­pli, du « coup parti ».

La prin­ci­pale consé­quence de cette affaire est une aug­men­ta­tion bru­tale du prix de l’électricité. Il ne s’agit d’ailleurs pas seule­ment de remettre ce prix à son niveau réel, mais aus­si de rat­tra­per ce qui n’a pas été payé depuis 30 ans. A ce compte, l’augmentation de 10% annon­cée (5% en août 2013 et 5% en sep­tembre 2014) doit être consi­dé­rée pour ce qu’elle est : une aimable plai­san­te­rie, un gen­til prélude.

Linky, comp­teur élec­trique dit « intel­li­gent »… pour ber­ner les gogos

Les comp­teurs seront très verts
Canard enchaî­né, 17 juillet 2013 : http://bit.ly/19kovhN
Un nou­veau comp­teur élec­trique trop « intel­li­gent » pour être honnête
Politis, 10 juillet 2013 : http://bit.ly/12hP3ZD
Stop US and Worldwide Smart Grid
Pétition en ligne : http://bit.ly/1748WEY
Linky : 3 mil­lions de comp­teurs intel­li­gents ins­tal­lés d’ici 2016
AFP, 9 juillet 2013 : http://bit.ly/19lZKlo

Il paraît que, pour éco­no­mi­ser l’électricité, nous avons besoin d’un comp­teur, pré­ten­du « intel­li­gent », pour nous dire com­ment faire. Il s’agit là d’une des plus gigan­tesques âne­ries inven­tées par le lob­by de l’atome. En effet, pour éco­no­mi­ser l’électricité, il faut éteindre la lumière dans les pièces inoc­cu­pées et décon­nec­ter les appa­reils en veille. Mieux : il faut limi­ter le nombre d’appareils élec­triques qui ont au contraire ten­dance à se mul­ti­plier ces der­nières années (box, char­geurs de télé­phones, etc).

Au besoin, il faut faire éva­luer par un tech­ni­cien la consom­ma­tion des appa­reils élec­tro­mé­na­gers car cer­tains ont des consom­ma­tions insen­sées et méritent d’être rem­pla­cés… ou sim­ple­ment éli­mi­nés. En résu­mé, pour éco­no­mi­ser l’électricité, il suf­fit juste… d’économiser l’électricité ! Pas besoin d’un comp­teur (intel­li­gent ou stu­pide). De bonnes cam­pagnes d’information et de for­ma­tion dans les médias et les écoles auraient d’ailleurs des effets très impor­tants sur la consom­ma­tion d’énergie.

Cela a d’ailleurs été expé­ri­men­té dans les années 70 : loin d’être une blague, la fameuse « chasse au gas­pi » avait com­men­cé à don­ner d’excellents résul­tats et… a de fait rapi­de­ment été stop­pée : pour assu­rer leurs pro­fits, les diri­geants poli­tiques et indus­triels ont besoin d’une popu­la­tion qui consomme et gaspille !

Mais, s’il ne sert pas à éco­no­mi­ser l’électricité, quelle peut être la « jus­ti­fi­ca­tion » de Linky ? En pre­mier lieu, assu­rer les pro­fits des indus­triels qui vont construire des mil­lions d’exemplaires de ce machin. Ensuite, per­mettre à EDF de sup­pri­mer des mil­liers d’emplois : il n’y aura plus besoin qu’un agent passe chez les gens pour rele­ver la consom­ma­tion ou cou­per le cou­rant des « mau­vais payeurs », d’autant que ces sala­riés ont par­fois des com­por­te­ments « inad­mis­sibles », c’est à dire sim­ple­ment humains, comme ne pas cou­per l’électricité d’une famille en détresse.

Cela va chan­ger : un peu comme les drones per­mettent aux amé­ri­cains de tuer des afghans (ter­ro­ristes ou non) depuis un bureau des USA (cf http://bit.ly/W6yyek ), l’électricité sera cou­pée à dis­tance grâce à Linky, et sans états d’âme. Mais il y a bien pire : Linky est aus­si un mou­chard qui va récol­ter des mil­liers de don­nées sur vous et vos com­por­te­ments. Bien sûr, au départ, on nous don­ne­ra l’assurance « abso­lue » que ces don­nées ne seront pas exploi­tées à des fins com­mer­ciales. Plus tard, elles le seront bien enten­du, mais aus­si à des fins poli­cières : big bro­ther sera chez vous.

Enfin, cerise sur le gâteau, Linky va émettre de puis­santes ondes wi-fi qui vont démul­ti­plier cette véri­table pol­lu­tion dont sont malades de plus en plus de gens (les « EHS », Electro Hyper Sensible, voir des témoi­gnages par exemple ici : http://bit.ly/11Hr20U ). Alors que faire ? Chacun doit com­men­cer à réflé­chir à son posi­tion­ne­ment pour le jour où une entre­prise (pro­ba­ble­ment un sous-traitant d’EDF ou de ERDF) se pré­sen­te­ra en disant « Bonjour, je viens rem­pla­cer votre vieux comp­teur élec­trique par un comp­teur tout neuf et intelligent ».

Le poing dans la figure ou même le coup de fusil serait bien jus­ti­fié… mais contre les res­pon­sables de ce pro­gramme cri­mi­nel, pas contre le pauvre gars envoyé faire le sale bou­lot. Il faut donc regar­der de quelle façon il sera pos­sible de refu­ser ce chan­ge­ment de comp­teur, ou alors com­ment l’entourer d’une « cage de fara­day » pour stop­per les ondes magné­tiques qu’il émet­tra, et vous pro­té­ger ain­si sur le plan sani­taire et sur celui du res­pect de votre vie pri­vée. Affaire explo­sive à suivre de près…

Le lob­by nucléaire se réjouit de nous avoir piégé

Paying the price for San Onofre nuclear power plant closure
WNA, 25 juillet 2013 : http://bit.ly/12OazFD

Nous avons évo­qué der­niè­re­ment le cas de la cen­trale nucléaire de San Onofre (Californie), fer­mée par son pro­prié­taire tant elle était dans un état déplo­rable après 40 ans de mau­vais ser­vice. Aujourd’hui, par l’intermédiaire de son agence de presse World nuclear news, le lob­by nucléaire mon­dial (la World nuclear asso­cia­tion) se réjouit des dif­fi­cul­tés d’approvisionnement élec­trique ren­con­trées par la Californie.

Oui, il faut le dire, sor­tir du nucléaire est dif­fi­cile… mais ce n’est abso­lu­ment pas parce que le nucléaire serait indis­pen­sable ou incon­tour­nable. Simplement, lorsqu’une puis­sante source cen­tra­li­sée de pro­duc­tion d’électricité cesse de fonc­tion­ner et que rien n’a été pré­vu pour prendre la suite, il y a inévi­ta­ble­ment des pro­blèmes. On retrouve la même pro­blé­ma­tique dans tous les pays nucléa­ri­sés lorsque des fer­me­tures de cen­trales nucléaires sont déci­dées ou même sim­ple­ment envisagées.

C’est donc ce qui se passe en Californie, bien que la fer­me­ture de la cen­trale nucléaire de San Onofre soit tota­le­ment jus­ti­fiée. Le lob­by nucléaire se réjouit donc du « prix à payer » pour cette fer­me­ture. C’est du niveau de la cour de récré : « Bien fait pour vous, fal­lait pas fer­mer la cen­trale, na ! ». Mais voi­là : le nucléaire coûte très cher dans les deux cas, qu’on laisse fonc­tion­ner une cen­trale ou qu’on l’arrête. Du coup, autant l’arrêter…

Projet de mine d’uranium géante d’Areva au Niger : un nou­veau flop à venir

Projet de mine d’Imouraren : chro­nique d’une arnaque contre le Niger
TamTamInfo/AïrInfo, 22 juillet 2013 : http://bit.ly/15keXiG
Areva s’appuie sur une socié­té maro­caine pour démar­rer Imouraren au Niger
L’Usine nou­velle, 29 juillet 2013 : http://bit.ly/13stXak

Bravo à Ibrahim Manzo Diallo (Aïr-Info) qui ne mâche pas ses mots concer­nant le pro­jet de mine géante d’uranium d’Areva au Niger, à Imouraren. La concré­ti­sa­tion de ce pro­jet reste incer­taine, mais elle est indis­pen­sable pour le Président Issoufou (un ancien c’adre d’Areva !) dans son objec­tif d’être réélu en 2016.

Cette thèse a d’ailleurs été démon­trée par le docu­ment confi­den­tiel mis en ligne par l’Observatoire du nucléaire (ici http://bit.ly/10wChuj ) qui laisse com­prendre qu’un lan­ce­ment fic­tif de la mine sera orga­ni­sé par Areva en 2015 pour aider M Issoufou à être réélu… à condi­tion tou­te­fois qu’il reste tran­quille d’ici là…

Aïr-Info explique que, pour faire croire que la mine ouvri­ra « bien­tôt », Areva a déci­dé de dépen­ser quelque argent (2 mil­liards d’euros tout de même !) mais en manoeu­vrant pour que cela ne lui coûte rien… et que cela ne pro­fite pas aux nigé­riens. Un article de l’Usine nou­velle apporte quelques autres infor­ma­tions : le gise­ment d’Imouraren est certes « géant », mais il « aurait cepen­dant une faible teneur de 0,8 kg d’uranium par tonne de mine­rai en moyenne. »

Pas de quoi pavoi­ser donc, d’autant que, en l’absence de toute « renais­sance du nucléaire », le cours de l’uranium reste très bas. A tel point que l’ouverture de la mine, voire même la seule annonce de son ouver­ture, ferait encore bais­ser ce cours… com­pro­met­tant la déjà dou­teuse ren­ta­bi­li­té de la mine en ques­tion ! Le ser­pent Areva se mord la queue…

EPR : com­ment faire pas­ser un flop pour une performance

La plus grande grue du monde pose le dôme de l’EPR à Flamanville
Le Figaro, 16 juillet 2013 : http://bit.ly/12SIn4e
EDF a enfin pro­cé­dé à la pose du dôme de l’EPR de Flamanville
Le Monde, 16 juillet 2013 : http://bit.ly/18ithcH

Le 16 juillet 2013, Big Benny, la plus grande grue du monde, a mis en place le dôme du réac­teur EPR. Loin d’être un exploit, le recours fort oné­reux ( 12 mil­lions d’euros !) à cette grue, non pré­vu au départ, est en fait la consé­quence des graves fautes com­mises par EDF sur le chan­tier de l’EPR. Si Le Monde a cor­rec­te­ment rela­té l’affaire, Le Figaro n’a pas hési­té à faire dans le dithy­ram­bique, omet­tant de faire connaître le fin mot de l’histoire. C’est indigne mais aus­si ridi­cule : qui peut croire que ce men­songe (par omis­sion) suf­fi­ra à sau­ver la car­rière de ce pauvre EPR ?

Areva en bourse : ache­tez ou vendez ?

Areva : L’EPR de Flamanville sera opé­ra­tion­nel en 2016 : achetez !
Capital, 17 juillet 2013 : http://bit.ly/19m59ca
Areva : nou­velles pro­vi­sions pour l’EPR fin­lan­dais : res­tez à l’écart !
Investir, 24 juillet 2013 : http://bit.ly/15Q1j64

Nous avons sou­vent évo­qué les « per­for­mances » de l’action d’Areva à la bourse de Paris, pas­sée de 82 euros à 12 euros : 85% de pertes ! Eh bien voi­là que, suite à la pose du dôme de l’EPR de Flamanville, le maga­zine Capital se sent pous­ser des ailes et recom­mande d’acheter de l’Areva ! Or, quelques jours plus tard, le maga­zine Investir recom­mande… exac­te­ment l’inverse : « Restez à l’écart », c’est à dire « N’achetez pas ». Quant au mal­heu­reux qui pos­sède déjà des actions Areva, il n’EPR rien pour attendre…

Areva dérape en vélo…

Un ingé­nieur d’Areva par­ti­cipe au Tour de France… et chute !
Areva, 20 juillet 2013 : http://bit.ly/13eq5e5

Jean-Christophe Péraud n’est pas seule­ment cycliste pro­fes­sion­nel, il est aus­si ingé­nieur chez Areva où une place au chaud l’attend pour quand il rac­cro­che­ra son vélo. En ce beau mois de juillet, Péraud a par­ti­ci­pé au Tour de France mais, bada­boum, il est tom­bé et s’est frac­tu­ré la clavicule.

Opiniâtre, il a conti­nué et le len­de­main, reba­da­boum et aban­don (cf http://f24.my/13gPrrQ ). La « culture de sûre­té » n’est pas un vain mot chez Areva ! Heureusement, ces acci­dents « se sont pro­duits hors de la zone nucléaire » et ont été « sans consé­quence pour l’environnement ou la sécu­ri­té » (refrains connus). Loin de nous l’idée de rire des mal­heurs de ce valeu­reux ato­miste, ce n’est pas notre genre ( ;-). Par ailleurs, il est évident que M. Péraud n’est pas dopé et que le nucléaire n’est pas dan­ge­reux. Tout le monde le sait…

… et en train

Enquête après le déraille­ment d’un train sur un site d’Areva en Haute-Vienne
Le Monde, 18 juillet 2013 : http://bit.ly/15oznps
Areva et la SNCF déposent plainte après le déraille­ment d’une locomotive
Le Populaire16 juillet 2013, http://bit.ly/194q9oM

Le jour même de l’accident fer­ro­viaire de Brettigny (6 morts), du fait semble-t-il d’une éclisse dévis­sée, un autre train déraillait, dans un site nucléaire où Areva entasse des cen­taines de mil­liers de tonnes d’uranium appau­vri. Une éclisse aurait là aus­si été dévis­sée et l’acte « reven­di­qué par un mili­tant anti­nu­cléaire ». Areva a por­té plainte, une enquête a été lan­cée. Ces fins limiers retrouveront-ils la trace des sto­ckages d’uranium qui mettent en dan­ger la san­té des popu­la­tions ? Probablement pas…