Observatoire du nucléaire

Organisme indépendant de surveillance de l’industrie nucléaire

Revue de presse n°45

11 avril 2013 · ana duarte

Vendredi 5 avril

**Manifestation anti-Areva au Niger : l’AFP protège-t-elle le lobby nucléaire ?

Avant même la date du 16 avril (cf revue de presse de la semaine der­nière), une pre­mière mani­fes­ta­tion anti-Areva a eu lieu au Niger. Sachant qu’ils ris­quaient de se voir inter­dire leur action, les mani­fes­tants avaient indi­qué que la mani­fes­ta­tion concer­nait « la décon­fi­ture du sys­tème édu­ca­tif nigé­rien » : il faut être malin lorsqu’on veut cri­ti­quer l’entreprise colo­niale dont l’emprise reste totale sur le pays.

En tant que « mau­vais patriotes », inca­pables de voir la beau­té de l’atome hexa­go­nal, nous notons avec plai­sir les slo­gans scan­dés par les mani­fes­tants : « Non à Areva ! », « A bas l’impérialisme ! », « Non au sys­tème fran­çais » ou encore « Non à l’exploitation et au néo­co­lo­nia­lisme ». On ne sau­rait mieux dire.

Mais cette infor­ma­tion fon­da­men­tale a curieu­se­ment été « oubliée » par l’ensemble des médias fran­çais. Pourtant, l’AFP était sur place, comme on peut le consta­ter en lisant le compte ren­du fait par Afriqu’Echos Magazine (AEM). D’ailleurs, le texte est estam­pillé AEM-AFP et on peut y trou­ver la men­tion carac­té­ris­tique « … a consta­té un jour­na­liste de l’AFP ».

Il est donc clair qu’une dépêche AFP a été rédi­gée, et qu’elle est arri­vée jusqu’à cer­tains médias afri­cains. Par contre, elle n’a pas été dif­fu­sée en France. Comment ne pas soup­çon­ner l’AFP de pro­té­ger les inté­rêts d’Areva et du lob­by nucléaire dans l’opinion française ?

**Les Echos tentent la méthode Coué pour la cotation d’Areva en bourse

Nous avons sou­vent évo­qué ici le désastre des cota­tions en bourse d’EDF et d’Areva, pas­sées res­pec­ti­ve­ment de 87 et 82 euros à envi­ron 15 et 12 euros. Les Echos se penchent sur l’action Areva, recon­nais­sant son effon­dre­ment (com­ment faire autrement ?)

Mais voi­là, chas­sez le natu­rel pro­nu­cléaire, il revient au galop : « Tout vient à point à qui sait attendre. Les 6,5 % de hausse d’hier rat­trapent certes à peine plus de 1 % de cette lente ago­nie, mais la bonne nou­velle turque prouve que le futur pour­rait arri­ver plus vite que ne le pen­saient les courtiers. ».

Pour ce qui est de la « bonne nou­velle turque », nous avons expo­sé la semaine der­nière les rai­sons pour les­quelles il s’agit très cer­tai­ne­ment d’un mirage : Areva ne ven­dra pas de réac­teurs à Ankara qui, d’ailleurs, renon­ce­ra pro­ba­ble­ment à son projet.

Quant à l’action d’Areva, son « bond » de 6,5% lui a juste per­mis de pas­ser de 11,8 à 12,3 euros. Et, à l’heure où nous écri­vons, la cota­tion est redes­cen­due dans les 11 et quelques. De toute façon, il est bien déri­soire d’espérer quelque chose de cette cota­tion : encore un article pro­nu­cléaire inutile de la part des Echos. La méthode Coué n’est plus ce qu’elle était…

Samedi 6 avril

**Nucléaire : des maires doutent que les sites de la Manche soient préparés à la neige

Après la panique qui a frap­pé l’industrie nucléaire à la mi-mars suite à quelques pré­ci­pi­ta­tions nei­geuses (rap­pel), le plus stu­pé­fiant est qu’il reste encore quelques maires qui ne doutent pas de la sûre­té nucléaire.

Dimanche 7 avril

**Suisse : enquête sur les fuites au sujet des sites de déchets nucléaires

En Suisse, le Ministère public de la Confédération (MPC) a ouvert une pro­cé­dure à la suite de fuites dans le nucléaire. Non, pour une fois, il ne s’agit pas de fuites radio­ac­tives, mais d’informations ren­dues publiques alors qu’elles auraient dû res­ter secrètes. Il s’agissait en toute sim­pli­ci­té des sites pres­sen­tis pour y enfouir les déchets nucléaires. Des gens cou­ra­geux ont esti­mé que ces infor­ma­tions inté­res­se­raient pro­ba­ble­ment les citoyens, mais les auto­ri­tés ne par­tagent pas ce point de vue : si la véri­té est faite sur les pro­jets cri­mi­nels du lob­by de l’atome, ou va-t-on ?

Lundi 8 avril

**Décès de Mme Thatcher… qui aimait le nucléaire

Comme la plu­part des ultra-libéraux, Mme Thatcher accep­tait une grosse entorse à ses propres prin­cipes dès qu’il s’agissait de nucléaire : alors qu’elle fai­sait la chasse à toutes les dépenses publiques (sur­tout concer­nant l’éducation, le social et la culture), elle ne voyait par contre aucun incon­vé­nient à ce que des sommes exor­bi­tantes soient consa­crées par l’Etat à l’atome.

Elle s’est en par­ti­cu­lier signa­lée en main­te­nant coûte que coûte les armes nucléaires bri­tan­niques, mais aus­si en décon­seillant for­te­ment à son ami Reagan d’accepter les pro­po­si­tions de réduc­tion des arse­naux nucléaires faites par Gorbatchev. Concernant le nucléaire dit « civil », la majo­ri­té des réac­teurs bri­tan­niques ont été mis en chan­tier avant que la « dame de fer » n’accède au pou­voir, mais 5 réac­teurs ont tout de même été lan­cés durant son « règne ».

Mme Tchatcher décla­ra un jour à un oppo­sant, en pleine séance par­le­men­taire : « Monsieur, si vous étiez mon mari, je met­trais du poi­son dans votre café », mais le bon­homme lui cloua le bec en répon­dant du tac au tac : « Madame, si vous étiez ma femme, je boi­rais ce café ». Fermez le ban.

**Centrale nucléaire de Paluel : 37 sapeurs-pompiers… pour un lumbago !

Non, il ne s’agit pas d’un pois­son d’avril. : 8 véhi­cules et 37 sapeurs-pompiers ont été mobi­li­sés pour… un lum­ba­go. La sûre­té nucléaire n’est pas un vain mot en France…

**USA : l’ex-chef de la sûreté nucléaire estime que les réacteurs sont dangereux

Gregory B. Jaczko, ancien chef de la sûre­té nucléaires (NRC) des USA, n’a rien d’un anti­nu­cléaire puisqu’il sug­gère de construire de nou­veaux réac­teurs. Mais il fait cette pro­po­si­tion sur la base d’un constat impla­cable : il estime que les réac­teurs nucléaires des USA (au nombre de 103) sont dan­ge­reux et qu’il faut les fer­mer avant que le pire ne se produise.

Cet homme a clai­re­ment vu ses cer­ti­tudes lami­nées par le drame de Fukushima. Depuis, il a ten­té de poin­ter les mul­tiples risques des réac­teurs des USA, mais il a fini par démis­sion­ner après avoir été mis en mino­ri­té dans le col­lège de la NRC, qui reste sou­mis à l’industrie de l’atome. La catas­trophe nucléaire est pro­gram­mée aux USA.

Mardi 9 avril

**Vivre près d’une centrale : bienheureux les simples d’esprit

« S’il y avait un risque, per­sonne ne vivrait ici » déclare sans rire une rive­raine de la cen­trale nucléaire de Penly, qui fuit pour­tant de par­tout (cf à jeu­di 11 avril). Cette igno­rante se com­porte comme les rive­rains de Tchernobyl avant le 26 avril 1986 et ceux de Fukushima avant le 11 mars 2011. Bienheureux les simples d’esprit, jusqu’au moment où…

**Allemagne/Déchets nucléaires : le problème repoussé… à 2040 !

N’allons pas par quatre che­mins : Mme Merkel a déci­dé de repous­ser la ques­tion des déchets nucléaires à… après sa mort, poli­tique si ce n’est phy­sique. Voyez un peu : une com­mis­sion va être orga­ni­sée, à charge pour elle de pro­po­ser une « solu­tion » d’ici… 2031 ! Mme Merkel aura alors 76 ans, sa car­rière poli­tique sera ter­mi­née depuis long­temps. Mieux : aucun enfouis­se­ment n’est pré­vu avant 2040 : à 85 ans, l’actuelle chan­ce­lière ne crain­dra plus de se faire cas­ser la figure par les citoyens légi­ti­me­ment en colère. 
Mais Mme Merkel n’est que l’arbre der­rière lequel se cachent tous les pro­nu­cléaires d’aujourd’hui, et pas seule­ment ceux d’Allemagne. Ces misé­rables se frottent les mains : le moment venu, eux aus­si seront morts ou trop vieux pour assu­mer leurs crimes. Les pro­nu­cléaires sont des lâches.

**Fuites radioactives et situation inextricable à Fukushima

Nous l’avons sou­vent écrit, et il n’est pas inutile de le répé­ter : le 11 mars 2011 n’est pas « la date » de la catas­trophe de Fukushima, mais seule­ment la date du début de ce drame, qui va conti­nuer à s’aggraver pen­dant des siècles. D’ores et déjà, l’opérateur Tepco est dépas­sé par les évè­ne­ments. Sans par­ler du risque d’effondrement d’une pis­cine de com­bus­tible, la « ges­tion » quo­ti­dienne de la cen­trale en per­di­tion reste inso­luble . Par exemple, « chaque jour, le refroi­dis­se­ment pro­duit 400 t d’eau hau­te­ment contaminée. ».

Tous les jours, 400 000 litres sup­plé­men­taires d’eau hau­te­ment radio­ac­tive, à sto­cker tant bien que mal, avec des fuites qui se mul­ti­plient, des cou­pures de cou­rant poten­tiel­le­ment catas­tro­phiques. Pendant ce temps, on trouve encore (en par­ti­cu­lier en France) des imbé­ciles et/ou cri­mi­nels pour pré­tendre que « les ensei­gne­ments de Fukushima ont été tirés » et que « la sûre­té nucléaire est désor­mais assu­rée ». Qu’ils aillent donc à Fukushima assu­mer leurs crimes en tra­vaillant dans la cen­trale en perdition.

Mercredi 10 avril

**Fessenheim : les « chefs » (putschistes) de Sortir du nucléaire rendent service à EDF !

Non content de décou­ra­ger les mobi­li­sa­tions locales, les « chefs » (put­schistes : cf http://reseau.democratie.free.fr) du Réseau Sortir du nucléaire (SDN) croient pou­voir rem­pla­cer les actions mili­tantes par des pro­cé­dures juri­diques. Et fina­le­ment, de façon irres­pon­sable, ils ren­forcent la posi­tion d’EDF.

Concernant la cen­trale de Fessenheim, la com­pa­rai­son est cruelle avec, par exemple, la mobi­li­sa­tion contre la construc­tion de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes : par­tout en France, des cen­taines de comi­tés locaux relaient cette lutte. Rien de tout cela avec SDN qui, à la place d’actions mili­tantes, a cru judi­cieux d’attaquer en jus­tice les tra­vaux de ren­for­ce­ment que EDF va entre­prendre à Fessenheim. Alors que ces tra­vaux sont coû­teux, vains et absurdes, ils viennent de rece­voir la légi­ti­ma­tion du Conseil d’État… par la grâce de la sai­sine de SDN. On ne sait plus s’il faut en rire ou en pleurer…

Jeudi 11 avril

**Centrale nucléaire de Penly : on se croirait à Fukushima

La cen­trale nucléaire de Penly (Seine-Maritime) est loin d’être une des plus ancienne de France puisqu’elle a com­men­cé à fonc­tion­ner en 1990, et non à la fin des années 70 et au début des années 80 comme c’est le cas pour beau­coup de réac­teurs de l’Hexagone. Pourtant, la situa­tion de la cen­trale de Penly res­semble par cer­tains aspects à celle de Fukushima, avec d’innombrables fuites de liquides radio­ac­tifs. Jugez un peu : 28 bacs de réten­tion de liquides radio­ac­tifs sur 36 fuient !
Le plus éton­nant est pro­ba­ble­ment que 8 bacs ne fuient pas ! Par contre, il est légi­time de pen­ser que cet état de dégra­da­tion avan­cé existe aus­si dans les autres cen­trales. La plu­part des ins­tal­la­tions nucléaires dans le monde sont anciennes et dans un inquié­tant état de déli­te­ment. Où aura lieu le pro­chain Fukushima ?

**L’autorité nucléaire japonaise va soumettre au public son projet de nouvelles normes

Les auto­ri­tés japo­naises tentent de mettre en place toutes les condi­tions per­met­tant de remettre en marche les 48 réac­teurs nucléaires aujourd’hui à l’arrêt. Un seul para­mètre échappe encore aux « irres­pon­sables » indus­triels et poli­tiques : la popu­la­tion. Celle-ci, on se demande bien pour­quoi, n’a pas très envie de subir de nou­veaux désastres comme Fukushima. 
Or, pour redé­mar­rer un réac­teur, il faut l’aval des auto­ri­tés locales… qui ont tout de même quelques comptes à rendre aux citoyens. La consul­ta­tion du public, lan­cée ces jours-ci au Japon, est tout autant une mas­ca­rade que les débats publics orga­ni­sés de temps en temps en France. Reste à savoir ce qui se pas­se­ra ensuite : les « élites » parviendront-elles à impo­ser la remise en ser­vice des réac­teurs ? A suivre…

**Mégajoule : le Torii de la Paix renait !

Pour mémoire, l’association Négajoule avait construit un Torii devant le Laser Mégajoule, ins­tal­la­tion de fusion nucléaire avec laquelle l’armée fran­çaise et le Commissariat à l’énergie ato­mique espèrent mettre au point une nou­velle géné­ra­tion de bombes nucléaires. Mais le Torii a été débou­lon­né par les ser­vice du Conseil géné­ral de la Gironde, face au « dan­ger » repré­sen­té par ce sym­bole de Paix. Mais Négajoule ne se laisse pas abattre et le Torii renait de temps en temps, lors des actions « Occupy Rond-Point », devant le Mégajoule…