Observatoire du nucléaire

Organisme indépendant de surveillance de l’industrie nucléaire

Fukushima : les français trompés et conditionnés à accepter l’hypothèse d’un accident nucléaire

11 mars 2013 · ana duarte

Lors des com­mé­mo­ra­tions du second « anni­ver­saire » du début de la catas­trophe de Fukushima, de nom­breuses voix se sont éle­vées pour éva­luer (plus ou moins bien) les consé­quences finan­cières d’un acci­dent nucléaire, pré­tendre que des « ensei­gne­ments » avaient été tirés pour « amé­lio­rer » la sup­po­sée sûre­té des réac­teurs, et sur­tout affir­mer qu’il fal­lait « se pré­pa­rer » à une telle catastrophe.

En résu­mé, les fran­çais sont condi­tion­nés à accep­ter, comme s’il s’agissait d’une fata­li­té, la conti­nua­tion de l’activité des cen­trales nucléaires. Et à accep­ter, comme s’il s’agissait d’un risque « natu­rel », l’hypothèse d’une catas­trophe nucléaire.

Pourtant, il existe une autre option, qui consiste à se don­ner l’assurance abso­lue de ne pas connaître un Fukushima fran­çais : arrê­ter, au plus vite et défi­ni­ti­ve­ment, les ins­tal­la­tions nucléaires. A titre d’exemple, avant de remettre hélas en ser­vice les deux réac­teurs de Ohi, le Japon a fer­mé en un an la tota­li­té de ses 54 réac­teurs. Un par­fait exemple pour la France qui en compte 58, c’est-à-dire pra­ti­que­ment le même nombre.

On nous rétorque que, avant Fukushima, le nucléaire ne pro­dui­sait « que » 35% de l’électricité du Japon, alors que c’est 75% en France. Certes, mais si 130 mil­lions de Japonais peuvent vivre sans nucléaire, que l’on ne nous dise pas que c’est impos­sible pour les Français… qui sont deux fois moins nom­breux (65 millions).

On nous rétorque que seul le nucléaire peut pro­duire mas­si­ve­ment de l’électricité « décar­bo­née » alors que, sur la pla­nète, les éner­gies renou­ve­lables pro­duisent deux fois plus d’électricité : 20% - dont 17% d’hydroélectricité - contre à peine 10% pour le nucléaire, selon les chiffres offi­ciels de l’Agence inter­na­tio­nale de l’énergie [1].

En effet, après avoir atteint son maxi­mum en 2001 avec 17% de l’électricité mon­diale, ce qui était déjà assez modeste, la part de l’atome n’a ces­sé de décroître depuis, et ce bien avant Fukushima. Aujourd’hui, avec l’arrêt des réac­teurs japo­nais, de 8 vieux réac­teurs alle­mands, et de quelques autres comme les réac­teurs belges aux cuves fis­su­rées, le nucléaire repré­sente moins de 10% de l’électricité mon­diale. Ce qui cor­res­pond à moins de 2% de la consom­ma­tion totale d’énergie sur la planète.

De fait, contrai­re­ment à ce qui nous est affir­mé conti­nuel­le­ment, la contri­bu­tion de l’atome à la marche de l’économie mon­diale, mais aus­si à la lutte contre les émis­sions de co2, est par­fai­te­ment mar­gi­nale. Il est donc par­fai­te­ment ridi­cule de pré­tendre que c’est « le nucléaire ou le réchauf­fe­ment climatique ».

S’il existe une chance de réduire les émis­sions de co2, c’est par les éco­no­mies d’énergie et les éner­gies renou­ve­lables, mais cer­tai­ne­ment pas avec ce pauvre nucléaire dont la part est faible et en déclin mais qui, para­doxa­le­ment, est tout de même capable… de conta­mi­ner un conti­nent entier.

Ce n’est qu’avec une pro­pa­gande for­ce­née, en par­ti­cu­lier avec d’incessantes cam­pagnes de publi­ci­té de la part d’EDF et d’Areva, que le lob­by de l’atome arrive à faire croire à la popu­la­tion que le nucléaire est une éner­gie « mas­sive » dont « on ne peut pas se pas­ser ». Et, de fait, qu’il faut accep­ter la conti­nua­tion de l’activité des cen­trales et l’hypothèse d’une catastrophe.

Les mêmes men­songes sont de mise concer­nant l’emploi - à inves­tis­se­ment égal, les alter­na­tives créent 10 fois plus d’emplois que l’atome ! - ou le tarif de l’électricité : pour construire des réac­teurs en Grande-Bretagne, EDF est actuel­le­ment en train d’exiger de Londres des garan­ties exor­bi­tantes, à savoir le rem­bour­se­ment des pertes finan­cières pen­dant 35 ans ! Aujourd’hui comme hier, le nucléaire n’est « ren­table » que s’il est mas­si­ve­ment sub­ven­tion­né par l’argent public.

Trop cher, peu créa­teur d’emploi, exces­si­ve­ment dan­ge­reux, trop mar­gi­nal pour réduire les émis­sions de co2, le nucléaire cumule les tares les plus graves. Mais, tant que la pro­pa­gande par­vien­dra à le faire pas­ser pour « incon­tour­nable », un nou­veau Fukushima sera de plus en plus pro­bable, en par­ti­cu­lier en France.

Lundi 11 mars 2013 (Fukushima + 2 ans)
Stéphane Lhomme
Directeur de l’Observatoire du nucléaire
http://www.observatoire-du-nucleaire.org


[1Cf le docu­ment annuel Key world ener­gy sta­tis­tics, édi­tion 2012, qui donne les chiffres défi­ni­tifs de 2010. http://www.iea.org/publications/freepublications/publication/kwes.pdf
En page 24, on constate que le nucléaire, juste avant Fukushima, ne repré­sen­tait plus que 12,9% de l’électricité mon­diale (c’était 17% en 2001). Depuis, la pro­duc­tion nucléaire a encore chu­té avec l’arrêt de plus de 60 réac­teurs (52 au Japon, 8 en Allemagne, 2 en Belgique, etc). Les éner­gies renou­ve­lables, qui étaient déjà à 19,7%, ont depuis dépas­sé 20%.