Observatoire du nucléaire

Organisme indépendant de surveillance de l’industrie nucléaire

Chine et Grande-Bretagne : effondrement des dernières illusions du nucléaire français !!!

5 février 2013 · ana duarte

Après l’italien Enel qui s’est reti­ré le 4 décembre der­nier du pro­jet EPR de Flamanville (contrai­gnant EDF à rem­bour­ser 610 mil­lions d’euros… plus les inté­rêts), c’est main­te­nant le bri­tan­nique Centrica qui se retire du pro­jet d’EDF de construire des réac­teurs EPR outre-Manche.

EDF tente de sau­ver les appa­rences en envi­sa­geant que China Guangdong Nuclear Power Company (CGNPC) prenne le relais de Centrica mais, même si c’était le cas, les Chinois impo­se­raient leurs réac­teurs à la place de l’EPR. Mais, de toute façon, il est par­fai­te­ment impro­bable que les Britanniques mettent leur parc nucléaire dans les mains chi­noises : EDF devra se débrouiller sans partenaire.

Or une autre infor­ma­tion cru­ciale, pour le moment igno­rée en France alors qu’elle fait la Une en Grande-Bretagne, vient de mettre à bas les espoirs d’EDF : contre toute attente, le com­té de Cumbrie a reje­té le pro­jet d’enfouissement des déchets radio­ac­tifs [1] pré­vu dans cette région ultra-nucléarisée (com­pa­rable à la Manche en France). Or, des pro­jets de nou­veaux réac­teurs ne pour­ront être enga­gés en Grande-Bretagne que s’il existe une solu­tion pour les déchets les plus radio­ac­tifs (fut-elle cri­mi­nelle comme l’enfouissement !). Ce n’est plus le cas.

Le gou­ver­ne­ment Cameron hési­tait à offrir à EDF un prix garan­ti de l’électricité nucléaire sur une très longue période afin de faire payer par les ménages bri­tan­niques les défi­cits inévi­tables de la pro­duc­tion nucléaire. Le for­fait de Centrica et celui du com­té de Cumbrie vont assu­ré­ment clore le dos­sier et, à défaut d’enfouir les déchets radio­ac­tifs, enter­rer les espoirs d’EDF.

En Chine, diverses sources font savoir [2] que les élec­tri­ciens sont désor­mais prêts à expor­ter des réac­teurs « de 3ème géné­ra­tion ». Même si on ne voit pas bien à qui ces réac­teurs pour­raient être ven­dus (les der­niers ache­teurs sont jus­te­ment… les Chinois !), il est clair que EDF et Areva n’exporteront pro­ba­ble­ment plus de réac­teurs en Chine. Ni ailleurs. Le bilan va donc pro­ba­ble­ment s’arrêter à un EPR bra­dé à la Finlande (3 mil­liards au lieu de 9, les fran­çais payant la dif­fé­rence !) et deux EPR qua­si­ment offerts à la Chine (3,6 mil­liards… les deux !).

Après les Émirats arabes unis (fin 2009), les USA (août 2012), la Tchéquie (novembre 2012), la Grande-Bretagne est un nou­vel échec cui­sant pour les pro­jets nucléaires fran­çais et pour l’EPR qui, il est grand temps de le recon­naître, est reje­té de par­tout. Les diri­geants indus­triels et poli­tiques, et les édi­to­ria­listes, doivent arrê­ter d’entretenir le mythe absurde de « ce nucléaire que le monde entier nous envie » et recon­naître au contraire que l’atome hexa­go­nal est en échec total et condamné.

Chacun doit aus­si savoir que les inves­tis­se­ments insen­sés consen­tis en 2008 aux USA (achat de 50% de Constellation pour 5 mil­liards) et en Grande-Bretagne (achat de British ener­gy pour 15 mil­liards), pour construire des réac­teurs nucléaires qui ne ver­ront jamais le jour, vont tôt ou tard lais­ser place à des fac­tures gigan­tesques à la charge… des citoyens français.


[1http://www.guardian.co.uk/environme…

[2http://www.usinenouvelle.com/articl…