Observatoire du nucléaire

Organisme indépendant de surveillance de l’industrie nucléaire

Revue de presse n°35

31 janvier 2013 · ana duarte

Vendredi 25 janvier

**Le gouvernement est « pour/contre » la fermeture de Fessenheim !

Officiellement, le gou­ver­ne­ment et le Président Hollande veulent la fer­me­ture de la cen­trale nucléaire de Fessenheim.

Dans les faits, le pou­voir laisse EDF faire d’onéreux tra­vaux pour pou­voir ensuite dire « On ne va pas fer­mer la cen­trale juste après l’avoir réno­vée » (cf revue de presse de la semaine dernière).
Dans les faits, le pou­voir laisse en place le PDG d’EDF, le sar­ko­zyste Proglio, qui menace l’Etat de devoir payer de lourds dédom­ma­ge­ments en cas de fer­me­ture de la cen­trale. Dans les faits, le pou­voir laisse l’Autorité de sûre­té annon­cer que la cen­trale ne sera pas fer­mée d’ici 5 ans (c’est à dire après la fin du quinquennat).
Dans les faits, le minis­tère de l’écologie publie une note qui pré­tend que la cen­trale de Fessenheim est par­fai­te­ment sûre (ce qui est en soi une inep­tie… puisqu’il s’agit d’une cen­trale nucléaire !).

L’Observatoire du nucléaire main­tient son pro­nos­tic : Fessenheim ne sera pas fer­mée d’ici « fin 2016 », et sa fer­me­ture sera annu­lée par le pro­chain Président… même s’il s’agit à nou­veau de François Hollande ! Mais la fin de Fessenheim pour­rait néan­moins sur­ve­nir autre­ment que par une déci­sion poli­tique : l’accident nucléaire, ça n’arrive pas qu’aux autres…

Samedi 26 janvier

**Un fonds de soutien aux PME du nucléaire : l’atome coule…

Il s’agit là d’une pré-annonce à laquelle l’Observatoire du nucléaire a donc répon­du pré­ven­ti­ve­ment. Voir la suite à Mardi 29 janvier…

**L’Insee mobilisé pour faire de la propagande atomique !

L’Institut natio­nal de la sta­tis­tique et des études éco­no­miques (Insee) est offi­ciel­le­ment char­gé de la pro­duc­tion, de l’analyse et de la dif­fu­sion des sta­tis­tiques offi­cielles en France. Il consti­tue une direc­tion géné­rale du minis­tère de l’Économie, des Finances et de l’Industrie (MINEFI).

On com­prend donc vite que l’Insee est avant tout au ser­vice du pou­voir et pro­duit des « études orien­tées » (syno­nyme de pro­pa­gande) de façon à influer sur l’opinion publique. En l’occurrence, il s’agit de « démon­trer » à quel point il est impen­sable de se pas­ser de l’atome.

On aurait cepen­dant bien aimé que l’Insee fasse aus­si savoir, pour pou­voir com­pa­rer, com­bien de per­sonnes seraient employées (qui plus est sans être irra­diées) si la France avait inves­ti dans les alter­na­tives et non dans l’atome : 100 000 ? 200 000 ? Et com­bien de gens meurent du nucléaire, des mines d’uranium au gar­dien­nage des déchets radioactifs…

Dimanche 27 janvier

**Guerre au Mali : lettre ouverte à F. Hollande à propos de l’uranium appauvri

Thierry Lamireau, auteur du film « Uranium en Limousin » nous a fait par­ve­nir copie d’une lettre qu’il a écrite à François Hollande à pro­pos de l’intervention mili­taire fran­çaise au Mali. Il ne s’agit bien sûr pas de deman­der une guerre « propre » (de toute façon ‚ça n’existe pas) mais de faire connaître les consé­quences insen­sées de l’utilisation d’obus et autres armes à l’uranium appauvri.

Lundi 28 janvier

**Référendum sur le nucléaire en Bulgarie : Le Monde dégoupille !

Le réfé­ren­dum bul­gare s’est mal pas­sé pour les ato­mistes. Pour vali­der le pro­jet de cen­trale à Béléné, il fal­lait bien sûr une majo­ri­té de « pour » dans les suf­frages expri­més, mais il fal­lait sur­tout une par­ti­ci­pa­tion d’au moins 60%. En clair, quand on ne sou­te­nait pas ce pro­jet déli­rant (puisque nucléaire) et rui­neux (puisque nucléaire), on pou­vait soit voter contre, soit res­ter chez soi.

C’est cette der­nière option qui a été choi­sie par l’immense majo­ri­té des Bulgares : à peine 20% de par­ti­ci­pa­tion ! Pas de quoi en faire un yaourt pour Le Monde qui, tout comme World nuclear news (le lob­by nucléaire mon­dial), titre allè­gre­ment « Les Bulgares se pro­noncent pour la construc­tion d’une cen­trale nucléaire » !!! Or, 60% de « pour » avec une par­ti­ci­pa­tion de 20%, cela signi­fie qu’a peine 12% des Bulgares ont voté pour l’atome !

Le réfé­ren­dum a offi­ciel­le­ment été inva­li­dé, la ques­tion revien­dra dans les 3 mois à l’Assemblée natio­nale où la majo­ri­té s’est d’ores et déjà pro­non­cée contre le pro­jet. On nous dit que le pou­voir n’est pas par prin­cipe contre l’atome, mais il veut des cen­trales qui ne soient pas rui­neuses. Or, ça n’existe pas. CQFD.

**Japon : prudence du régulateur sur la présence d’une faille sous une centrale

Les polé­miques conti­nuent au Japon sur les carac­té­ris­tiques des failles sis­miques qui passent sous les cen­trales nucléaires. Les uns pré­tendent que ces failles ne sont pas actives, c’est exac­te­ment ce qu’ils disaient avant Fukushima. Les autres pensent que le risque est réel… comme l’a mon­tré Fukushima ! L’enjeu est for­cé­ment gigan­tesque : la fer­me­ture défi­ni­tive d’au moins 5 cen­trales dont la plus grande du monde (Kashiwasaki, 7 réac­teurs) , plus le Superphénix japo­nais, à Monju, tou­jours pas désac­ti­vé mal­gré d’innombrables pannes, inci­dents et acci­dents graves comme en décembre 1995. Affaire à suivre de près…

**Au moins 4 milliards pour le démantèlement d’une seule usine de La Hague !

Areva éva­lue le coût du déman­tè­le­ment d’une ancienne usine de retrai­te­ment de déchets nucléaires de La Hague à 4 mil­liards d’euros sur 25 ans. Attention, il s’agit bien d’une seule des dif­fé­rentes usines de ce com­plexe géant qui défi­gure cette si belle région.

En 2010, la fac­ture n’était offi­ciel­le­ment « que » de 2,5 mil­liards mais, sans scru­pule, Areva ose « Nous n’avons pas revu à la hausse notre éva­lua­tion ». De toute façon, 2 ou 4 mil­liards, c’est la même chose com­pa­ré… à la fac­ture réelle (qui ne sera connue que dans long­temps), sans par­ler du déman­tè­le­ment de tout le site !

Tels de véri­tables ter­ro­ristes, les nucléo­crates ont lâche­ment pié­gé l’avenir, avec des fac­tures incom­men­su­rables, des conta­mi­na­tions impos­sibles à conte­nir, des mala­dies inévi­tables. Explosion garan­tie… pour nos enfants.

Mardi 29 janvier

**Areva-La Hague : usine nucléaire ou maison de fous ?

L’usine nucléaire d’Areva, à La Hague, est mise en demeure par l’Autorité de sûre­té (ASN) pour la troi­sième fois en moins d’un an ! En avril 2012, il s’agissait de « lacunes sérieuses dans la prise en compte du risque d’incendie ». En sep­tembre, l’ASN poin­tait un « taux de fré­quence des sui­cides des sala­riés trois fois supé­rieur à la moyenne de la Manche, elle-même supé­rieure à la moyenne natio­nale » (La direc­tion va-t-elle pro­po­ser une liste d’attente ?)

Il faut main­te­nant y ajou­ter « soixante équi­pe­ments sous pres­sion nucléaire non conformes », qui « peuvent pré­sen­ter un risque impor­tant pour la sûre­té (.) Certains contri­buent en outre au confi­ne­ment de sub­stances radio­ac­tives et sont sus­cep­tibles, en cas de défaillance, d’entraîner des rejets radio­ac­tifs importants. »

La fameuse « exper­tise fran­çaise » dans l’atome a encore mar­qué des points. On note­ra d’ailleurs l’effort ridi­cule de Ouest-France qui pré­tend contre toute évi­dence que, à La Hague, « Les voyants sont au vert ». Le nucléaire veut nous tuer par tous les moyens… même en nous fai­sant nous étouf­fer de rire !

**Les « pieds-nucléaires » en délire : Marcoule aussi !

Les « pieds-nucléaires » sont les pieds-nickelés du nucléaire, néo­lo­gisme bre­ve­té par l’Observatoire du nucléaire. Après La Hague, voi­ci Marcoule ! Ce n’est bien sûr pas dans le nucléo-quotidien Midi-« Libre » que l’on appren­dra la véri­té sur ce qui se passe à Marcoule (cf same­di) mais l’AFP a fait le tra­vail. A condi­tion tou­te­fois de savoir tra­duire le titre : « Les entre­prises du site nucléaire de Marcoule vont inves­tir dans la sécu­ri­té » signi­fie en réa­li­té « Sûreté nucléaire très for­te­ment défaillante à Marcoule ».

Même chose chez Les Echos : « Marcoule inves­tit à marche for­cée dans la sûre­té » : ça ne se fait pas chez les gens bien éle­vés (et nour­ris aux publi­ci­tés d’Areva et d’EDF) de titrer sur la gra­vi­té du risque nucléaire, les défaillances et les incompétences.

Pourtant, il aura fal­lu l’accident de l’usine Centraco (12 sep­tembre 2011 à Marcoule), qui a fait un mort et quatre bles­sés, et la catas­trophe de Fukushima en mars 2011, pour que l’Autorité de sûre­té (ASN) se demande si, par hasard, il n’y aurait pas quelques pro­blèmes. Finalement, ils ne sont pas si bêtes à l’ASN : ils attendent les explo­sions pour don­ner des direc­tives de sûre­té. Comme ça, ils sont sûrs d’agir au bon endroit. (Pas au bon moment mais on ne peut pas tout avoir !)

**L’Observatoire du nucléaire craint pour sa survie avec le procès Areva

Excellente dépêche rédi­gée par une jour­na­liste qui fait bien son tra­vail même quand il s’agit de l’Observatoire du nucléaire. Dont acte. Par contre, la dépêche était rédi­gée à 11 heures du matin et elle n’a été dif­fu­sée qu’à 21h19, lorsque les médias ont bou­clé. Curieux, n’est-il pas ?

De mau­vaises langues estiment que quelqu’un, qui ne pou­vait quand même pas annu­ler la dépêche de sa col­lègue, a tou­te­fois déci­dé de retar­der sa publi­ca­tion jusqu’à ce qu’il soit trop tard. La véri­té est plus simple : c’est un mor­ceau d’uranium qui a coin­cé la dépêche (juste celle-là : pas de chance !)

**Montebourg et Batho tentent de réanimer le nucléaire français moribond

Le « Bien Public » et son clone « Le Journal de Saône et Loire » ne ménagent jamais leurs efforts pour pro­mou­voir les entre­prises du nucléaire, à com­men­cer par Areva… qui les remer­cie régu­liè­re­ment avec de lucra­tives pages de publi­ci­té. Les atomes sont bien gar­dés, le jour­na­lisme aus­si. Mais cette pépère entre­prise de pro­pa­gande est sor­tie de sa rou­tine avec le lan­ce­ment du Fonds de sou­tien aux PME du nucléaire et la venue des sal­tim­banques Batho et Montebourg.

Ce der­nier lar­ge­ment fait usage de son manuel de méthode Coué : « La filière nucléaire est un élé­ment essen­tiel de la com­pé­ti­ti­vi­té de notre pays (…) Grâce au nucléaire, l’électricité pro­duite en France demeure l’une des moins chères du monde. « Sans cela, nous aurions subi de nom­breuses délo­ca­li­sa­tions », a d’ailleurs esti­mé le ministre ». L’animateur télé­vi­sé (offi­ciel­le­ment ministre) ignore donc que la pré­sence de nom­breuses cen­trales nucléaires en France n’a pas empê­ché d’innombrables délo­ca­li­sa­tions (c’est pro­ba­ble­ment même le contraire !) .

Ne dou­tant de rien, il répète conscien­cieu­se­ment les bêtises qui lui ont été souf­flées par les repré­sen­tants du lob­by de l’atome : « C’est un sec­teur qui doit embau­cher près de 110 000 per­sonnes dans les années à venir ». Pourquoi pas 110 mil­lions de per­sonnes tant que nous y sommes ? Quant au mythe de l’électricité nucléaire peu chère, réponse un peu plus loin (cf mer­cre­di 30)

**Démantèlement : Proglio atomise Véolia environnement

Une jour­na­liste de Reuters a conscien­cieu­se­ment rendu-compte de l’opération de pro­pa­gande ani­mée par Montebourg et Batho, oubliant hélas de don­ner un point de vue alter­na­tif. Par contre, elle a rap­por­té une anec­dote crous­tillante. En effet, le sar­ko­zyste Proglio, PDG d’EDF, a ver­te­ment atta­qué son ancienne entre­prise, Véolia envi­ron­ne­ment, qui sou­haite sa part du « gâteau » du déman­tè­le­ment des cen­trales nucléaires.

Prolio a dénié toute com­pé­tence à Véolia pour cette acti­vi­té. Il est pour­tant pro­bable que cet objec­tif a été visé … du temps de la pré­si­dence de Proglio ! Mais voi­là, ce der­nier a depuis chan­gé de crè­me­rie. Qu’on se ras­sure : si demain il reve­nait au ber­cail, il ne man­que­rait pas de van­ter illi­co les com­pé­tences de Véolia pour déman­te­ler les cen­trales nucléaires…

Mercredi 30 janvier

**Les pronucléaires dénoncent l’électricité renouvelable… trop massive et pas assez chère !

Pendant long­temps, les pro­nu­cléaires ont raillé les éner­gies renou­ve­lables, pré­ten­dant que leur pro­duc­tion serait tou­jours « négli­geable par rap­port au nucléaire ». Aujourd’hui, les mêmes ato­mistes sont fous furieux… du fait d’une pro­duc­tion mas­sive et peu chère d’électricité renouvelable !

Venant prin­ci­pa­le­ment d’Allemagne, cette élec­tri­ci­té béné­fi­cie de méca­nismes euro­péens qui la rendent logi­que­ment prio­ri­taire sur les pro­duc­tions issues des cen­trales ther­miques et nucléaires. Les « élites » fran­çaises ont pro­ba­ble­ment signé ces textes en rica­nant, trop per­sua­dées de l’écrasante « supé­rio­ri­té » de l’atome.

« Les pre­mières uni­tés de pro­duc­tion appe­lées sont celles qui fabriquent de l’électricité dite « fatale », c’est à- dire per­due si elle n’est pas uti­li­sée à un ins­tant don­né (puisque l’électricité ne se stocke pas en grande quan­ti­té). Il s’agit d’électricité renou­ve­lable (hydrau­lique au fil de l’eau, éolienne et solaire) qui passe devant le nucléaire »

Résultat : de plus en plus sou­vent, EDF doit arrê­ter des cen­trales nucléaires pour se four­nir en élec­tri­ci­té renou­ve­lable. Et impos­sible de pro­tes­ter : cette élec­tri­ci­té est la plu­part du temps moins chère que l’électricité ato­mique ! Les nucléo­crates se gardent bien de faire connaître ces don­nées à nos amis Delphine (Batho) et Arnaud (Montebourg), et ces der­niers, pour res­ter ministres, évitent soi­gneu­se­ment de se renseigner.

C’est la « juris­pru­dence Canfin » : aupa­ra­vant membre de la Commission spé­ciale du Parlement euro­péen sur la cri­mi­na­li­té orga­ni­sée, la cor­rup­tion et le blan­chi­ment de capi­taux, ce cher Pascal, désor­mais ministre et dési­reux de le res­ter, ne voit désor­mais aucun incon­vé­nient à ce que Areva fasse de curieux ver­se­ments au pro­fit du Président du Niger…

**En Espagne, les éoliennes dépassent le nucléaire

En Espagne, huit réac­teurs ont été mis en chan­tier « à la bonne fran­quiste » dans les années 60 et 70 : nous l’avons vu sou­vent, les dic­ta­teurs ont une affec­tion toute par­ti­cu­lière pour l’atome. Aujourd’hui, ces réac­teurs sont déla­brés mais fonc­tionnent hélas encore pour la plu­part, impo­sant un risque d’accident plus éle­vé que jamais.
Pendant ce temps, mal­gré Don Quichotte, les mou­lins à vent (éoliennes) tournent et, illus­trant par­fai­te­ment les infor­ma­tions don­nées ci-dessus, leur pro­duc­tion dépasse désor­mais celle de l’atome. L’avenir est déjà là, mais le pas­sé va nous pour­suivre : l’atome nous lègue ses cen­trales à déman­te­ler et ses déchets, et ce n’est pas « Franco de port » !

**Chine : aucun redémarrage nucléaire en vue !

French-China-Org cite abon­dam­ment le China Economic Weekly qui, lui-même, ne s’aventurerait pas à par­ler en mal du nucléaire sans l’aval des auto­ri­tés (dic­ta­to­riales) chi­noises. On peut même dire qu’il s’agit là d’un aver­tis­se­ment offi­ciel : « L’Observatoire du nucléaire a rai­son, la Chine ne sera pas l’Eldorado de l’atome, le sau­veur du nucléaire mon­dial ». Le crash de l’industrie nucléaire est cer­tain, il est même com­men­cé… mais le plus vite sera le mieux !

Jeudi 31 janvier

**Mines d’uranium : « la France n’a pas intérêt à ce que le conflit malien s’étende au Niger »

Interview d’autant plus inté­res­sante que la jour­na­liste, dans son intro­duc­tion, cite… la posi­tion de l’Observatoire du nucléaire. Bravo à l’interviewé… et à la journaliste !

**Quelles seront les conséquences du procès d’Areva contre l’Observatoire du nucléaire ?

Très bonne ques­tion posée par Aqui ! La réponse pour­rait tou­te­fois ne pas être immé­dia­te­ment connue : il est pos­sible que l’audience du 1er février au Tribunal de Paris ne soit qu’une pre­mière escar­mouche et que le vif du débat soit pro­gram­mé à une autre date. Ce serait alors un sur­sis… pour Areva !