Observatoire du nucléaire

Organisme indépendant de surveillance de l’industrie nucléaire

Fermeture de Fessenheim : la solution passe par la révocation immédiate du PDG d’EDF

28 novembre 2012 · ana duarte

Des voix s’élèvent ces jours-ci pour pré­tendre que, pour des rai­sons juri­diques, la fer­me­ture de la cen­trale nucléaire de Fessenheim serait dif­fi­cile, voire impos­sible, à mettre en oeuvre . En réa­li­té, cette affaire peut être immé­dia­te­ment réglée par la révo­ca­tion du PDG d’EDF, Henri Proglio. A moins que M. Hollande n’ait fina­le­ment pas très envie de res­pec­ter sa propre promesse…

Les débats actuels sont sur­réa­listes : les uns tentent de mon­trer que le Président de la République n’a tout sim­ple­ment pas le droit de déci­der de la fer­me­ture d’une cen­trale, d’autres pré­tendent qu’il faut pour cela qu’une loi soit votée par les parlementaires.

Certains énu­mèrent les cas qui peuvent per­mettre au gou­ver­ne­ment de décré­ter une telle la fer­me­ture, par exemple du fait d’un risque immi­nent ou d’un chan­ge­ment offi­ciel de poli­tique énergétique.

André-Claude Lacoste, désor­mais ex-président de l’Autorité de sûre­té nucléaire (ASN), s’enhardissant à quelques jours de son départ à la retraite, s’est lui aus­si mêlé aux dis­cus­sions, met­tant en doute la pos­si­bi­li­té du gou­ver­ne­ment de pou­voir fer­mer la cen­trale avant 2017.

D’aucuns enfin estiment que la fer­me­ture de Fessenheim, si elle est impo­sée par le pou­voir poli­tique, obli­ge­ra l’État à ver­ser de lourds dédom­ma­ge­ments à EDF. D’ailleurs, on nous dit qu’une véri­table fronde est menée contre cette fer­me­ture, et que le lea­der des oppo­sants n’est autre que le PDG d’EDF, Henri Proglio.

Tout ceci est pro­pre­ment sur­réa­liste, la solu­tion à cette affaire étant d’une sim­pli­ci­té enfan­tine : il suf­fit que ce soit l’entreprise EDF elle-même qui décide de fer­mer la cen­trale de Fessenheim. Dès lors, plus besoin de loi, de dédom­ma­ge­ments, de cir­con­vo­lu­tions. Le PDG d’EDF n’est pas dis­po­sé à prendre lui-même cette déci­sion ? Et bien [*il doit illi­co être rem­pla­cé par une autre per­sonne*], choi­sie certes pour ses com­pé­tences mais aus­si parce qu’elle s’engage à déci­der dès sa nomi­na­tion de la fer­me­ture de la cen­trale en question.

Car, tout de même, la légi­ti­mi­té de M. Proglio pour être à la tête d’EDF est abso­lu­ment nulle : il a été pla­cé là par son ami M, Sarkozy lequel, cha­cun s’en sou­vient, a été congé­dié lors de l’élection présidentielle.

Et qu’on ne nous dise pas qu’il est impos­sible de mettre subi­te­ment un terme au man­dat du PDG d’EDF : inter­viewé par Reuters, le 18 novembre, M. Proglio a lui-même recon­nu que l’État pou­vait le remer­cier à tout moment, ajou­tant clai­re­ment : « Vous savez quand vous êtes action­naire à 85%… »

Il est évident que M. Hollande a tous les moyens, offi­ciels et offi­cieux pour débar­quer M. Proglio et faire en sorte que soient enga­gées immé­dia­te­ment un cer­tain nombre d’opérations de déman­tè­le­ment de la centrale.

Bien sûr, il fau­dra des années, voire des décen­nies avant de s’attaquer aux réac­teurs pro­pre­ment dits. Mais il est d’ores et déjà pos­sible, et a for­tio­ri d’ici fin 2016, de sup­pri­mer divers bâti­ments qui sont dits « annexes » mais sans les­quels l’exploitation de la cen­trale devient impossible.

Il nous faut aus­si évo­quer la « porte de sor­tie » qui pour­rait per­mettre à M. Hollande de voir sa pro­messe mise en œuvre… sans avoir à l’assumer poli­ti­que­ment, et à M. Proglio de s’y confor­mer… sans pour autant s’y plier : l’ASN exige, pour que la cen­trale de Fessenheim conti­nue à fonc­tion­ner, que cer­tains tra­vaux (lourds et chers) soient effec­tués avant juin 2013.

Il s’agit en par­ti­cu­lier du ren­for­ce­ment du radier, la dalle de béton sur laquelle est posée la cen­trale : sans jeu de mot, ce n’est pas une mince affaire. Si ces tra­vaux s’avéraient subi­te­ment – et oppor­tu­né­ment ! - trop dif­fi­ciles à réa­li­ser, ou trop chers pour une cen­trale devant théo­ri­que­ment fer­mer « fin 2016 » – la Cour des comptes est d’ailleurs sai­sie à ce sujet - alors la fer­me­ture de la cen­trale serait décré­tée par l’ASN. Ce ne serait poli­ti­que­ment pas glo­rieux pour M. Hollande, mais cela lui enlè­ve­rait une sacré épine du pied.

Cependant, à ce jour, EDF a déci­dé de faire ces fameux tra­vaux, com­pro­met­tant d’autant l’hypothèse d’une fer­me­ture pro­chaine de la cen­trale. Si M. Hollande ne prend pas au plus vite les déci­sion qui s’imposent, à com­men­cer par la révo­ca­tion de M. Proglio, et l’annulation des tra­vaux pré­vus, ce sera la confir­ma­tion de ce l’annonce de la fer­me­ture de Fessenheim n’est qu’un leurre.

En effet, « fin 2016 » se situe juste avant la pro­chaine élec­tion pré­si­den­tielle : il est clair qu’un chan­ge­ment de majo­ri­té en 2017 abou­ti­rait assu­ré­ment au « sau­ve­tage » de la cen­trale. Même M. Hollande, en cas de réélec­tion, pour­rait chan­ger d’avis : il lui suf­fi­rait d’arguer d’un contexte dif­fé­rent, rien de plus facile pour un poli­ti­cien professionnel.

C’est en ce moment que se joue l’avenir de la cen­trale nucléaire de Fessenheim, avec en toile de fond la pré­émi­nence du lob­by nucléaire sur le poli­tique. M. Hollande cèdera-t-il devant M. Proglio ?

Stéphane Lhomme
Le 28 novembre 2012