Observatoire du nucléaire

Organisme indépendant de surveillance de l’industrie nucléaire

Revue de presse n°23

8 novembre 2012 · ana duarte

Vendredi 2 novembre

**L’atome moqué en Iran : y’a plus de respect !

Étonnante his­toire racon­tée dans un blog du Monde. On en plain­drait presque ces pauvres diri­geants ira­niens qui se donnent tant de mal pour mettre sur pied un pro­gramme nucléaire digne de ce nom, et qui constatent que l’atome est ain­si raillé. Saluons le cou­rage du bla­gueur et du pho­to­graphe qui risquent tout sim­ple­ment leur vie dans ce pays où il est très for­te­ment décon­seillé de cri­ti­quer le pou­voir en place et par­ti­cu­liè­re­ment son pro­gramme nucléaire…

**Le 1er ministre Tchèque découvre l’incompétence d’Areva

Incroyable : il a fal­lu qu’Areva pos­tule pour un pro­jet nucléaire en Tchéquie pour que les diri­geants de ce pays découvrent l’incompétence pour­tant notoire de cette entre­prise, dont les lourds déboires (par exemple sur le chan­tier EPR de Finlande) sont pour­tant consul­tables avec une simple recherche sur Internet.

Ceci dit, ces infor­ma­tions cou­rantes n’ont pas encore été décou­vertes par de nom­breux jour­na­listes fran­çais qui conti­nuent à dési­gner Areva par des for­mules aus­si ridi­cules que « le géant du nucléaire » ou « le fleu­ron de l’industrie ato­mique ». Mais, fina­le­ment, peut-être est-ce ironique…

Samedi 3 novembre

**Acte de décès de l’EPR aux USA : aucun média français n’en parle !

Incroyable : il n’y a donc en France que DDMagazine pour évo­quer la fin des espoirs d’EDF de faire des EPR aux USA : l’électricien fran­çais, qui avait jusqu’au 1er novembre pour trou­ver un par­te­naire indus­triel amé­ri­cain, a fait chou blanc. Il s’agit donc d’une infor­ma­tion aus­si explo­sive que cru­ciale. DDMagazine s’étonne qu’aucun autre média fran­çais n’ait évo­qué cette nou­velle décon­ve­nue majeure pour l’atome hexa­go­nal. Nous, nous ne sommes pas du tout étonnés…

**Soupçon d’éventuelle possible tentative hypothétique d’intrusion à la centrale nucléaire de Nogent

Entrer sans auto­ri­sa­tion dans une cen­trale nucléaire fran­çaise est deve­nu une acti­vi­té tel­le­ment banale que les « res­pon­sables » ne savent plus où don­ner de la tête. Ainsi, trois indi­vi­dus ayant été aper­çus à proxi­mi­té de la cen­trale de Nogent, EDF se demande s’ils ne sont pas dans la cen­trale. On les cherche par­tout, dehors, dedans, en vain.

Peut-être s’agit-il sim­ple­ment de pro­me­neurs qui seraient ren­trés chez eux entre temps sans aver­tir l’Etat fran­çais ? Ou bien des squat­teurs en quête d’un toit ? Des déshé­ri­tés qui se sont invi­tés à la can­tine de la cen­trale ? EDF et la gen­dar­me­rie conti­nuent les recherches, en envi­sa­geant néan­moins la plus folle des hypo­thèses : peut-être que per­sonne n’est entré dans la cen­trale. C’est peu pro­bable, mais pas tota­le­ment exclu.

**Chine : un constructeur de centrales nucléaires veut s’introduire en Bourse

En France, n’importe qui peut s’introduire dans une ins­tal­la­tion nucléaire. En Chine, c’est l’inverse : le nucléaire veut s’introduire n’importe où, en l’occurrence en bourse. Alors que la catas­trophe de Fukushima a démon­tré toute la « confiance » que l’on peut avoir dans l’industrie de l’atome, voi­là bien une pro­po­si­tion courageuse !

Cela risque d’intéresser de nom­breux bour­si­co­teurs, comme les déten­teurs de titres de l’Emprunt Russe, d’Eurotunnel, de Lehman Brothers, d’EDF et d’Areva. Les « win­ners » quoi ! L’AFP pré­cise d’ailleurs qu’une pre­mière entre­prise nucléaire chi­noise a annon­cé en juin une intro­duc­tion en bourse… qui se fait tou­jours attendre. Quelle surprise.

Dimanche 4 novembre

**Japon : ces experts gouvernementaux qui étaient payés par l’industrie nucléaire

Seuls les naïfs seront éton­nés d’apprendre que « quatre membres de l’équipe gou­ver­ne­men­tale éta­blis­sant les normes de sécu­ri­té des réac­teurs nucléaires au Japon ont reçu des finan­ce­ments de com­pa­gnies éner­gé­tiques ou de fabri­cants nucléaires ». C’est bien cela la fameuse « indé­pen­dance » des experts en sûre­té nucléaire.

Toutefois, grâce à cette dépêche, nous pre­nons connais­sance d’une infor­ma­tion inouïe : ces finan­ce­ments ne concer­ne­raient que « quatre des six membres de l’équipe éta­blis­sant les normes de sécu­ri­té nucléaire ». Il se pour­rait que deux experts en « sûre­té nucléaire » ne soient pas cor­rom­pus ! Incroyable ! On n’en est pas du tout sûr, évi­dem­ment, mais le fait que cette hypo­thèse ne soit pas immé­dia­te­ment écar­tée est déjà un évènement…

Lundi 5 novembre

**Netanyahu est « prêt, s’il le faut » à bombarder les sites nucléaires iraniens

Le Premier ministre israé­lien Benjamin Netanyahu s’est décla­ré « prêt, s’il le faut », à déclen­cher une attaque contre les sites nucléaires ira­niens, dans une inter­view télé­vi­sée. Probablement pense-t-il que les ira­niens ne sont pas assez com­pé­tents en nucléaire et qu’ils risquent occa­sion­ner par mal­adresse une catas­trophe comme celle de Fukushima. L’objectif de M. Netanyahu serait donc seule­ment d’éviter à la région un tel drame.

Dans ce cas, il fau­drait pro­ba­ble­ment bom­bar­der aus­si les ins­tal­la­tions nucléaires israé­liennes, dont l’antique cen­trale de Dimona mise en chan­tier en 1958 avec l’aide de la France ! Cependant, bom­bar­der des sites nucléaires ris­que­rait jus­te­ment de cau­ser de graves conta­mi­na­tions dans dif­fé­rents pays dont Israël.

La situa­tion est donc bien com­pli­quée, mais nul doute qu’une solu­tion d’avenir sera bien­tôt trou­vée grâce à des hommes de bonne volon­té comme M. Netanyahu ou le pré­sident ira­nien M. Ahmadinejad, des gens qui en ont dans le pan­ta­lon contrai­re­ment au mal­heu­reux per­son­nage sta­tu­fié évo­qué en début de revue de presse…

Mardi 6 novembre

**Nucléaire coréen : faux certificats et vraies pénuries

Nouveaux rebon­dis­se­ments dans l’incroyable scan­dale des fal­si­fi­ca­tions dans les cen­trales nucléaires sud-coréennes. Environ 7700 pièces de la cen­trale de Yeonggwang auraient fait l’objet de fausses cer­ti­fi­ca­tions. Les deux réac­teurs concer­nés sont désor­mais arrê­tés alors que l’hiver est déjà là. Le gou­ver­ne­ment annonce de graves pénu­ries d’électricité, sans pou­voir accu­ser les anti­nu­cléaires d’en être res­pon­sables. Séoul exige désor­mais l’utilisation de pièces conformes : quelle audace !

Il semble très pro­bable que l’autorité de sûre­té coréenne ait été com­plice de ce tra­fic, la seule autre hypo­thèse n’étant guère plus relui­sante : cette « auto­ri­té » était inca­pable de décou­vrir le pot aux roses, ce qui donne une idée assez pré­cise de la com­pé­tence des gens char­gés de la « sûre­té nucléaire », sans oublier les contrôles inter­na­tio­naux de l’impayable AIEA. Notons une infor­ma­tion encore plus stu­pé­fiante : 4 des 12 orga­nismes de cer­ti­fi­ca­tion n’auraient pas pro­duit de faux. Du coup, il paraît que l’on peut trou­ver dans la cen­trale de Yeonggwang quelques pièces conformes. C’est inouï.

**Fissures dans le nucléaire belge : Le Monde perd la tête

On sait que les rédac­teurs en chef se sont attri­bué de longue date le droit de modi­fier ou même de réécrire les titres des articles écrits par d’autres. On peut donc sup­po­ser que c’est ce qui s’est pro­duit dans ce numé­ro du Monde : le valeu­reux jour­na­liste qui a décrit l’incroyable désa­gré­ga­tion des réac­teurs belges s’est retrou­vé avec un titre pour le moins absurde : « En Belgique, la sor­tie du nucléaire se fissure ».

Or, c’est bien le nucléaire qui se fis­sure, et non la sor­tie du nucléaire. Ce titre va en fin de compte exac­te­ment dans le sens inverse de ce qui est expli­qué dans l’article. Celui qui a impo­sé ce titre est donc très dis­trait, ou bête, ou mal­hon­nête. Il pour­rait, de toute évi­dence, être « expert » dans la « sûre­té » nucléaire…

**Fukushima : le club de la presse nippon écarte les journalistes free-lance

Le petit monde des jour­na­listes est assu­ré­ment aus­si impi­toyable que celui d’autres milieux. Ainsi, au Japon, les jour­na­listes « ins­tal­lés » empêchent les free-lance (indé­pen­dants) de tra­vailler, en par­ti­cu­lier de cou­vrir les consé­quences de Fukushima et les mobi­li­sa­tions anti­nu­cléaires. Le dénom­mé Toshiyuki Saga, direc­teur du Kisha club (club de la presse offi­ciel) de la diète, pour­rait lui aus­si, de toute évi­dence, être « expert » dans la « sûre­té » nucléaire…

Mercredi 7 novembre

**Fukushima : le coût pourrait doubler et arriver à 100 milliards d’euros

C’est pro­pre­ment inouï : l’industrie la plus dan­ge­reuse qui soit, celle du nucléaire, est auto­ri­sée à sévir alors qu’elle n’est pas cou­verte par les socié­tés d’assurance. On com­prend ces der­nières, au vu des consé­quences incom­men­su­rables d’un désastre ato­mique. L’entreprise japo­naise Tepco est, comme tout exploi­tant nucléaire, sur­tout com­pé­tente dans l’activité qui consiste à men­tir. Quelques temps après le début de la catas­trophe de Fukushima, Tepco esti­mait le coût du désastre à envi­ron 50 mil­liards d’euros, avant de recon­naître aujourd’hui que ce sera plu­tôt 100 milliards.

Connaissant le lob­by nucléaire, nous pou­vons esti­mer que la réa­li­té est bien pire, peut-être plus proche de 1000 mil­liards. Et encore, peut-on éva­luer finan­ciè­re­ment la souf­france des cen­taines de mil­liers de gens conta­mi­nés, des 100 000 per­sonnes éva­cuées, de celles qui auraient du l’être (mais où ?), des sala­riés réduits au chô­mage, des agri­cul­teurs et éle­veurs qui ont dû détruire leurs récoltes et tuer leurs bêtes, etc ? L’argent ne rachè­te­ra jamais toutes ces souf­frances. C’est pro­ba­ble­ment pour cela que Tepco sou­haite en ver­ser le moins possible…

**Quand l’Andra et le CEA se mélangent les colis…

Avec EDF et Areva, le Commissariat à l’énergie ato­mique (CEA) et l’Agence natio­nale des déchets nucléaires (Andra) repré­sentent la « com­pé­tence » fran­çaise dans l’atome. Les deux pre­miers étant pas­sa­ble­ment décon­si­dé­rés du fait des lourds déboires de leurs chan­tiers EPR res­pec­tifs, l’honneur de l’atome hexa­go­nal est défen­du par la CEA et l’Andra.

Patatras ! Voilà que ces deux là se mélangent les colis et entre­posent depuis des années des déchets à vie longue (FA-VL) dans un site pré­vu pour les déchets de faible et moyenne acti­vi­té à vie courte (FMA). Certes, ce n’est pas l’affaire du siècle (Fukushima est lar­ge­ment en tête), mais elle illustre bien la « com­pé­tence » des « pros » de l’atome…

Jeudi 8 novembre

**Les salariés du nucléaire préparent leur fuite !

Dès qu’il s’agit de nucléaire, le Journal de Saône et Loire oublie toute réfé­rence à l’éthique jour­na­lis­tique et se trans­forme en un vul­gaire tract à la solde de l’industrie ato­mique et du « PNB » : Pôle nucléaire de Bourgogne. Voici donc la pré­sen­ta­tion de deux « jeunes sala­riés de l’industrie nucléaire », mais un mes­sage sub­li­mi­nal s’est glis­sé dans ce publi-reportage : on ne peut s’empêcher de pen­ser que ces deux per­son­nages sont prêts à fuir, l’une à che­val, l’autre en voi­ture de course. L’effet Fukushima…

**L’EPR de Flamanville entrerait en service en 2016… selon EDF !

Ce qui sur­prend tout de suite dans « l’EPR de Flamanville entre­ra en ser­vice en 2016 », c’est « l’EPR de Flamanville entre­ra en ser­vice ». Cela vou­drait dire que EDF serait fina­le­ment par­ve­nu à construire ce réac­teur. Difficile d’y croire : l’EPR fran­çais est tel­le­ment archaïque, lourd et com­plexe qu’il est impro­bable que l’industrie nucléaire fran­çaise arrive à le construire toute seule. Les Chinois y par­vien­dront peut-être, mais les Français ?

Notons d’ailleurs ceci : « Nous avons chan­gé nos plans. Pour faire entrer la cuve du réac­teur de 400 tonnes et le dôme de 250 tonnes, nous fai­sons venir une grue capable de sou­le­ver 1 000 tonnes. » Ils sont tel­le­ment « sûrs » d’eux, à EDF, qu’ils font venir une grue pou­vant sou­le­ver 1000 tonnes pour dépla­cer une cuve… de seule­ment 400 tonnes. Parions que l’EPR ne sera pas plus en ser­vice en 2016 que la cen­trale de Fessenheim ne sera fermée…

**EPR de Flamanville : le bétonnage reprendra l’an prochain

Dans le nucléaire, il y a plus ridi­cules que les Coréens ou les Japonais : les Français et leur pauvre réac­teur EPR. Parfois, c’est Areva et son chan­tier de Finlande qui se dis­tinguent. Parfois, comme ici, c’est EDF et son chan­tier de Flamanville (Manche).

Voyez plu­tôt : alors qu’il y a déjà quatre an de retard, on apprend que « le béton­nage de l’enceinte de confi­ne­ment repren­dra « tout début 2013 », après près d’un an d’interruption en rai­son de défauts sur des pièces majeures ». A EDF, « on n’a pas com­pris la ou les rai­sons pour les­quelles les défauts n’ont pas été détec­tés en usine ».

A la ques­tion de savoir quelles seraient les réper­cus­sions du rem­pla­ce­ment des pièces défec­tueuses sur le coût final de l’EPR, le direc­teur du chan­tier a répon­du qu’il n’en avait « pas d’idée ». « Pas com­pris », « Pas d’idée » : encore une belle démons­tra­tion de la « maes­tria » fran­çaise dans le nucléaire.

**La France pourra se chauffer cet hiver… sauf s’il fait froid !

Le RTE (Réseau de trans­port de l’électricité), bien occu­pé à impo­ser par la vio­lence sa ligne THT Cotentin-Maine (cf http://bit.ly/TYGAri ), a tout de même pris le temps de com­mu­ni­quer à l’orée de l’hiver. Le dis­cours se veut ras­su­rant : « En cas de froid « intense et durable », ou si d’importantes capa­ci­tés de pro­duc­tion venaient à man­quer, les four­nis­seurs pour­raient devoir s’approvisionner à l’étranger ».

En résu­mé, la France devrait pou­voir se chauf­fer… sauf s’il fait froid. Encore une grande « réus­site » du lob­by nucléaire qui, avec l’option « nucléaire + chauf­fages élec­triques », devait assu­rer l’autonomie du pays. L’hiver der­nier, ce sont nos voi­sins, en par­ti­cu­lier l’Allemagne, qui ont ali­men­té pen­dant des semaines la France élec­trique. Tôt ou tard, il y aura un black-out. On nous dira alors pro­ba­ble­ment qu’il n’y a pas assez de cen­trales nucléaires. Plus on approche du mur, plus on accélère…