Observatoire du nucléaire

Organisme indépendant de surveillance de l’industrie nucléaire

Revue de presse n°21

25 octobre 2012 · ana duarte

Vendredi 19 octobre

**Areva ne veut plus mesurer la radioactivité !

Article des Echos : « Areva en négo­cia­tions exclu­sives avec Astorg pour lui céder Canberra »

Camberra n’est pas seule­ment la capi­tale de l’Australie, c’est aus­si le nom d’une entre­prise spé­cia­li­sée dans la mesure de la radio­ac­ti­vi­té, en fait une filiale d’Areva… qui cherche à s’en débar­ras­ser. On com­prend que les diri­geants d’Areva soient dépri­més à l’idée de mesu­rer toutes les conta­mi­na­tions dont ils sont coupables.

A com­men­cer par les consé­quences de Fukushima : le réac­teur 1 conte­nait du com­bus­tible MOX ven­du par Areva. Alors ils pré­fèrent lais­ser les autres mesu­rer et vendent donc Camberra, his­toire aus­si de réduire de quelques 300 petits mil­lions le trou abys­sal des finances d’Areva. Vendre le ther­mo­mètre ne sau­ve­ra pour­tant pas le « géant du nucléaire » de la ban­que­route finale…

Samedi 20 octobre

**A la centrale de Brennilis, une simulation… de démantèlement !

Probablement débous­so­lées depuis Fukushima, les auto­ri­tés fran­çaises ont orga­ni­sé une simu­la­tion d’accident nucléaire à la cen­trale de Brennilis… qui est arrê­tée depuis 1985 ! Du coup, mal­gré le titre volon­ta­riste de Ouest-France (simu­la­tion « de grande ampleur » !), pas grand chose à simu­ler : un conte­neur qui s’ouvre, trois ouvriers fic­ti­ve­ment blessés.

Serait-ce pour essayer de faire oublier que Brennilis est le siège de la plus grande simu­la­tion jamais orga­ni­sée au pays de l’atome : la simu­la­tion du déman­tè­le­ment d’un réac­teur nucléaire ! Près de 30 ans après l’arrêt de la cen­trale, l’essentiel du pro­blème reste posé. Toutefois, les pre­mières opé­ra­tions de déman­tè­le­ment ont eu lieu : les bureaux et la can­tine ont été démon­tés. Pour de vrai. Bravo.

**Nucléaire - Coût du démantèlement : l’heure de vérité approche…

A pro­pos de déman­tè­le­ment, et sur­tout de son coût réel, on sent bien que l’heure de véri­té approche, len­te­ment mais sûre­ment. Alors que EDF se contente d’annoncer un coût de 18 mil­liards ( qui ne sont même pas bud­gé­tés !), le JJD se pose à juste titre la ques­tion de la véri­té des prix : « Ramené au même nombre de réac­teurs qu’en France, le coût [du déman­tè­le­ment] est ain­si de 38,9 mil­liards au Japon, 46 mil­liards en Grande-Bretagne et jusqu’à 62 mil­liards en Allemagne. »

Comme les lob­bies nucléaires de ces pays mentent aus­si, il est évident que la fac­ture finale sera encore pire. Sans oublier qu’il ne faut pas seule­ment déman­te­ler les réac­teurs de pro­duc­tion d’électricité, mais aus­si une mul­ti­tude d’usines, centres et sites nucléaires divers et (a)variés qui jonchent le ter­ri­toire français…

Dimanche 21 octobre

**De Tchernobyl à Fukushima, vivez heureux en zone contaminée !

Plus ils ont tort, plus les pro­nu­cléaires pré­tendent avoir rai­son. Ainsi, lorsque se pro­duit une catas­trophe nucléaire, ils ne disent pas « Mais qu’avons nous fait ? » , ils disent « Génial, nous allons tirer des ensei­gne­ments de cet évé­ne­ment ». C’est ain­si que, après Tchernobyl, les pro­nu­cléaires – en par­ti­cu­lier fran­çais ! - se sont jetés avec avi­di­té sur les popu­la­tions conta­mi­nées pour les étu­dier et démon­trer com­ment vivre heu­reux en zone conta­mi­née. Un docu­ment remar­quable ( écrit par l’auteur de la pré­sente revue de presse 😉 ), datant de 2005 mais d’une actua­li­té brû­lante, décrit les pro­grammes Ethos, Core, Farming, Sage, etc. C’est à lire ici.

La pre­mière phrase est hélas pré­mo­ni­toire : « Il y a eu Tchernobyl. Et il y aura peut-être bien­tôt un nou­veau désastre nucléaire, que ce soit aux Usa, au Japon, en Europe ». Comme pré­vu, les pro­nu­cléaires se féli­citent de ce que « Fukushima va béné­fi­cier de l’expérience de Tchernobyl ». Merci, c’est vrai­ment gen­til. Quelle chance, les vic­times de la pro­chaine catas­trophe nucléaire pour­ront béné­fi­cier des ensei­gne­ments de Tchernobyl et de Fukushima…

**Nucléaire : qui sont les « collabos » ?

Creusot-infos est un vil site web, bar­dé de publi­ci­tés, et qui fait chaque fois que pos­sible l’apologie de l’atome. Il est vrai qu’on trouve au Creusot des forges déte­nues par Areva, ce qui n’empêche pas EDF de com­man­der beau­coup de géné­ra­teurs de vapeur aux concur­rents d’Areva (à lire par exemple sur site d’Enerzine). L’activiste qui anime ce mau­vais site se pré­tend jour­na­liste, mais ses « inves­ti­ga­tions » laissent pan­tois : décou­vrant un tag qui accuse Montebourg d’être « col­la­bo du nucléaire », il décrète que les res­pon­sables (cou­pables !) sont « des antinucléaires ».

Mais les anti­nu­cléaires savent bien que Montebourg fait par­tie du lob­by nucléaire, et qu’il ne sau­rait donc être un « col­la­bo ». Pour cela, il aurait fal­lu qu’il soit au départ un éco­lo­giste et qu’il ait tra­hi son enga­ge­ment ou, au moins, « oublié » des convic­tions anti­nu­cléaires au pro­fit de sa car­rière poli­tique. Finalement, s’il y a des « col­la­bos du nucléaire » dans cette affaire, il s’agit de Creusot-infos et son ani­ma­teur qui bafouent leur mis­sion d’information au pro­fit d’une gros­sière pro­pa­gande pronucléaire.

Lundi 22 octobre

**Nucléaire : ce sont les les pollueurs qui vont gagner le gros lot !

Qui sont les mieux pla­cés pour déman­te­ler les ins­tal­la­tions nucléaires ? Ceux qui les ont construites, bien sûr ! On ne va quand même pas confier le déman­tè­le­ment aux anti­nu­cléaires, d’ailleurs ils ne sont pas candidats…
C’est donc en toute « logique » que les irres­pon­sables qui ont gagné beau­coup d’argent pour construire des ins­tal­la­tions nucléaires vont à nou­veau en gagner beau­coup pour… déman­te­ler ce qu’ils avaient construit ! Et puis l’argent public doit bien ser­vir à quelque chose, non ?

**Passage en force du lobby nucléaire en Grande-Bretagne ?

Nous avons déjà évo­qué (revues de presse n°14 et 18) l’incapacité d’EDF à finan­cer de nou­veaux réac­teurs nucléaires en Grande-Bretagne : c’est trop cher et, de plus, le gou­ver­ne­ment a pro­mis qu’il ne ver­se­rait pas de sub­ven­tions publiques (le nucléaire est sup­po­sé être ren­table non ?) Or, jus­te­ment, le gou­ver­ne­ment envi­sage sérieu­se­ment de bafouer ses enga­ge­ments en trou­vant les moyens de finan­cer sur fonds publics la construc­tion de réacteurs.

Ce n’est pas simple car Bruxelles est cen­sé veiller à l’application de la « concur­rence libre et non faus­sée », qui serait donc faus­sée en faveur de l’atome. Mais les pro­nu­cléaires et leurs amis poli­ti­ciens ne manquent pas d’imagination pour contour­ner les règles et les pro­messes. EDF retrouve l’espoir. A suivre…

Mardi 23 octobre

**Pourquoi l’EPR d’Areva est-il éliminé de l’appel d’offres tchèque ?

La com­pa­gnie Tchèque CEZ pré­tend construire deux réac­teurs nucléaires. Nous ver­rons bien si ce pro­jet pro­gresse réel­le­ment où s’il s’enlise et est fina­le­ment annu­lé comme la plu­part des autres pro­jets dans d’autres pays. Mais, pour le moment, la sélec­tion du modèle de réac­teur a lieu et, sans sur­prise, Areva et son pauvre EPR ont été recalés.

L’article tente de com­prendre pour­quoi cet échec et, diplo­ma­ti­que­ment, les Tchèques avancent des consi­dé­ra­tions floues : « Les Français n’ont pas répon­du à un grand nombre de ques­tions et ont même deman­dé avec éton­ne­ment pour­quoi CEZ les pose ». La réa­li­té est toute autre : l’EPR a été reca­lé (comme à Abou Dabi, aux USA, en Finlande, etc) parce qu’il est nul. Et que ni Areva (en Finlande) ni EDF (à Flamanville) n’arrivent à le construire (cf http://reacteur.epr.free.fr ). Est-il besoin de cher­cher l’explication ailleurs ?

**Areva perd une licence d’exploitation d’uranium en Jordanie

Le « fes­ti­val » du nucléaire fran­çais conti­nue, viré de par­tout ! C’est au tour de la Jordanie de sanc­tion­ner ver­te­ment Areva qui s’est mon­tré inca­pable d’évaluer cor­rec­te­ment les quan­ti­tés d’uranium pro­ve­nant d’un gise­ment décou­vert en juin dernier.

Mieux : ce nou­vel « exploit » d’Areva aura assu­ré­ment des réper­cu­tions sur le choix de la socié­té pres­sen­tie pour construire un réac­teur nucléaire en Jordanie. C’est à coup sûr l’anéantissement des der­nières chances de l’EPR et d’Areva, qui se conso­le­ra en se disant que la construc­tion de ce réac­teur n’aura pro­ba­ble­ment jamais lieu (cf revue de presse n°1)

Mercredi 24 octobre

**L’arrêt du nucléaire ne cause pas la consommation d’énergies carbonées !

Article de Sia-Conseil : « Le char­bon, l’alternative au nucléaire : début de la tran­si­tion énergétique ? »

Le tra­vers prin­ci­pal - et grave - de cet article est de lais­ser croire que l’abandon du nucléaire va conduire à « se tour­ner vers des éner­gies car­bo­nées ». En réa­li­té, la trio car­bo­né (pétrole-gaz-charbon) couvre 85% de la consom­ma­tion mon­diale d’énergie, les renou­ve­lables 13,5% et le nucléaire à peine 1,5%

Il est donc tota­le­ment ABSURDE de dire ou, pire de lais­ser habi­le­ment croire, que l’arrêt du nucléaire va conduire à uti­li­ser des éner­gies car­bo­nées. La véri­té est que le nucléaire est une éner­gie de niche, à la part infime au niveau mon­dial (alors que son dan­ger est au contraire maxi­mal !). De fait, l’arrêt total du nucléaire n’aurait fina­le­ment que peu d’impact sur les émis­sions de co2, mais par contre cela stop­pe­rait enfin la pro­duc­tion de déchets radio­ac­tifs et ferait ces­ser le risque de nou­velle catas­trophe comme Fukushima…

**EON quitte la Finlande et un projet de centrale nucléaire

Encore un flop de l’industrie nucléaire qui n’en finit plus de s’effondrer. Le groupe éner­gé­tique alle­mand EON a déci­dé de vendre ses 34% dans Fennovoima, struc­ture mon­tée pour construire un nou­veau réac­teur. Les 66% res­tants sont déte­nus par un consor­tium d’entreprises et inves­tis­seurs fin­lan­dais qui se retrouvent le bas dans l’eau. S’ils veulent vrai­ment un réac­teur, ils vont devoir prendre… un EPR d’Areva. Les pauvres.

**Bourrage des crânes de collégiens par EDF avec la collaboration de l’Education nationale

Pas grand chose à rajou­ter : dans cette enclave, même l’Education natio­nale est sou­mise à la cen­trale nucléaire locale, celle de Chooz en l’occurrence, et les élèves sont vic­times d’une insup­por­table désinformation.

**Bulgarie : référendum sur un projet nucléaire avant la fin janvier

Nous pro­fi­tons de cette infor­ma­tion pour rap­pe­ler quelques don­nées concer­nant les réfé­ren­dums sur le nucléaire. Lorsqu’il s’agit de créer une ou plu­sieurs cen­trales nucléaires dans un pays qui n’en compte aucune, la réponse popu­laire est sys­té­ma­ti­que­ment néga­tive, et très lar­ge­ment. On a pu voir der­niè­re­ment l’exemple Italien : 95% de non ! Lorsqu’il s’agit de rajou­ter des cen­trales dans un pays qui en a déjà une ou plu­sieurs, la réponse est assez lar­ge­ment néga­tive, de même que pour rem­pla­cer une cen­trale arri­vée en fin de vie. Voir par exemple la Lituanie à la mi-octobre : 63% de non au rem­pla­ce­ment des réac­teurs arrê­tés depuis 2010.

C’est seule­ment lorsqu’il s’agit de fer­mer un parc nucléaire en fonc­tion­ne­ment que la situa­tion se gâte : non que les gens se mettent subi­te­ment à aimer le nucléaire, mais le lob­by de l’atome sait dra­ma­ti­ser la situa­tion et bran­dir la menace de la pénu­rie, de l’augmentation expo­nen­tielle du prix de l’électricité, du recours à la bou­gie et du retour dans les cavernes. C’est de cette façon qu’un réfé­ren­dum sur la sor­tie du nucléaire a été per­du en Suisse en 2003… alors même que la majo­ri­té des citoyens se décla­raient oppo­sés à l’atome !

Aucun parc nucléaire n’a été construit avec l’aval des citoyens, il n’y a donc aucune rai­son de faire un réfé­ren­dum pour arrê­ter un parc qui a été impo­sé sans réfé­ren­dum. Comme en Allemagne, en Belgique, en Suisse, la Loi est là pour décré­ter l’arrêt du nucléaire (bien que les délais soient hélas trop longs). En atten­dant, voyons en Bulgarie ce qui va se pas­ser, sûre­ment début 2013…

Jeudi 25 octobre

**Chine : 50 réacteurs nucléaires en moins !

Nous évo­quions la semaine der­nière la pro­bable inquié­tude des diri­geants chi­nois - pour leurs places au pou­voir - en cas d’accident nucléaire. On apprend aujourd’hui que le pro­gramme nucléaire chi­nois, gelé après Fukushima, va reprendre mais lar­ge­ment ampu­té. L’objectif de 86 Gw ins­tal­lés, l’équivalent d’une cin­quan­taine d’EPR, est rame­né à 40Gw. C’est l’équivalent de 30 EPR, ou de 50 réac­teurs comme ceux de Fessenheim, qui sont annu­lés d’un coup !

Curieusement, les seuls pro­jets encore auto­ri­sés devront être dans les régions côtières… et donc à la mer­ci des tsu­na­mis : c’est à se deman­der si les « res­pon­sables » chi­nois ont bien com­pris ce qui s’est pas­sé le 11 mars 2011. Il n’y a quand même pas à se réjouir de ces annonces car l’hypothèse d’un Fukushima chi­nois reste hélas forte. Mais c’est néan­moins un nou­veau désastre pour les entre­prises comme Areva qui s’imaginaient pou­voir vendre aux Chinois des mil­liers de com­po­sants pour des réac­teurs… qui ne ver­ront donc pas le jour.