Observatoire du nucléaire

Organisme indépendant de surveillance de l’industrie nucléaire

Revue de presse n°16

20 septembre 2012 · ana duarte

Avertissement : nous débu­tons avec deux infor­ma­tions « tom­bées » trop tard jeu­di der­nier pour être inté­grées dans la revue de presse n°15

Jeudi 13 septembre

**Ligne THT de l’EPR : le RTE et ses milices stoppés par la Justice !

Nous avons vu depuis plu­sieurs semaines (revues de presse 4, 7 et 12) que le Réseau de trans­port de l’électricité (RTE), filiale d’EDF, appuyé par de véri­tables milices (en fait des esca­drons de gen­darmes mobiles !), agis­sait de façon par­fai­te­ment tota­li­taire pour construire illé­ga­le­ment une ligne Très haute ten­sion (THT) cen­sée éva­cuer le cou­rant qui sor­ti­ra du réac­teur EPR de Flamanville… si EDF par­vient à finir de le construire.

Et bien nous pou­vons dire aujourd’hui que, même si elle est sous la pres­sion de forces poli­tiques, finan­cières, indus­trielles, et si elle rend par­fois des déci­sions contes­tables, la Justice fran­çaise reste encore en par­tie indépendante.

En effet, mal­gré le carac­tère ultra-sensible pour l’Etat de cette ligne THT, la Justice vient de condam­ner le RTE-EDF pour avoir péné­tré en force chez un agri­cul­teur qui avait cou­ra­geu­se­ment refu­sé de se lais­ser ache­ter et qui refu­sait que les infâmes pylônes soient éri­gés sur son terrain.

Le juge a ordon­né l’arrêt des tra­vaux, mais la contre-attaque de RTE est en cours : l’Etat va pro­ba­ble­ment lui accor­der, avec la plus grande célé­ri­té, les auto­ri­sa­tions qui lui manquent. Les milices du RTE-EDF (aima­ble­ment mises à dis­po­si­tion par le pré­fet de la Manche) pré­parent à nou­veau leurs matraques…

**Tilder-LCI-OpinionWay : un sondage bidon et pronucléaire relayé par l’AFP

Bel exer­cice de dés­in­for­ma­tion : un son­dage Tilder-LCI-OpinionWay a posé comme ques­tion « Seriez vous prêt à accep­ter une aug­men­ta­tion du prix de l’électricité pour que la France arrête de pro­duire de l’électricité à par­tir de cen­trales nucléaires ? ». Pourtant, il est avé­ré que la conti­nua­tion du nucléaire a déjà entrai­né de fortes aug­men­ta­tions du prix de l’électricité et que celles-ci vont se mul­ti­plier dans les années à venir.

Or, curieu­se­ment, la ques­tion « Seriez vous prêt à accep­ter une aug­men­ta­tion du prix de l’électricité pour que la France conti­nue de pro­duire de l’électricité à par­tir de cen­trales nucléaires ? » n’a pas été posée !

Il s’agit bien d’une opé­ra­tion de dés­in­for­ma­tion dont l’objet est de décré­di­bi­li­ser l’option de sor­tie du nucléaire. Le spé­cia­liste de l’économie de LCI a com­plai­sam­ment per­mis au repré­sen­tant de Tilder de dérou­ler sa pro­pa­gande pronucléaire.

De son côté, l’AFP a hélas repris telle quelle cette « infor­ma­tion » bidon, sans le moindre esprit cri­tique et sans pré­ci­ser que la conti­nua­tion du nucléaire entrai­nait une aug­men­ta­tion du prix de l’électricité. Désinformation, incom­pé­tence, je-m’en-foutisme ? Toujours est-il que le résul­tat est là : cette opé­ra­tion de dés­in­for­ma­tion a fait son effet dans la plu­part des médias…

Cf. le com­mu­ni­qué de l’Observatoire.

Vendredi 14 septembre

**Conférence environnementale… et pronucléaire

Cette confé­rence dite « envi­ron­ne­men­tale » a été l’occasion pour M. Hollande de décré­ter, en plus de la mise en ser­vice de l’EPR de Flamanville (déjà actée), « la pour­suite de la moder­ni­sa­tion de l’industrie nucléaire ». Cela signi­fie des mil­liards à nou­veau inves­tis (gas­pillés) dans le parc nucléaire.

Par contre, la fer­me­ture de la cen­trale de Fessenheim a été annon­cée pour « fin 2016 », c’est à dire juste avant la pro­chaine élec­tion pré­si­den­tielle : le nou­veau chef de l’État pour­ra immé­dia­te­ment annu­ler cette fer­me­ture… même s’il s’agit à nou­veau de M Hollande.

Ce pro­gramme pro-atomes n’a pas empê­ché Mme Duflot, sup­po­sée être éco­lo­giste, de se pâmer d’aise et même de pré­tendre qu’elle ne connais­sait pas de diri­geant poli­tique au monde ayant fait de si belles annonces. M Hollande ne lui deman­dait pour­tant pas de faire allé­geance à ce point, dépas­sant allè­gre­ment les bornes du ridicule…

**Nucléaire : encore une excellente tribune dans Le Monde

Après un texte déjà édi­fiant la semaine der­nière, Le Monde réci­dive avec ce fort utile rap­pel de l’imbrication des pro­grammes nucléaires mili­taires et pré­ten­du­ment « civils », qui expliquent la situa­tion catas­tro­phique dans laquelle nous nous trou­vons… et de laquelle nous devons nous extir­per au plus vite…

Samedi 15 septembre

**Nucléaire : Thibault (CGT) se convertit subitement à la concertation !

Depuis 40 ans, la CGT s’est par­fai­te­ment accom­mo­dée de la poli­tique du fait accom­pli qui a per­mis au lob­by nucléaire d’imposer, sans consul­ter la popu­la­tion, la construc­tion puis le fonc­tion­ne­ment de 58 réac­teurs nucléaires en France.

On n’a ain­si jamais enten­du la CGT pro­tes­ter – bien au contraire ! - contre la répres­sion vio­lente qui s’est abat­tue sur les mani­fes­ta­tions popu­laires qui s’opposaient, dans toutes les régions, aux chan­tiers de cen­trales. Mais, main­te­nant qu’il est ques­tion de modes­te­ment fer­mer deux de ces réac­teurs, alors voi­là la CGT qui réclame de la concertation !

Par ailleurs, M, Thibault ne semble pas connaître le grand syn­di­cat alle­mand IG-METALL qui, après avoir été pro­nu­cléaire comme la CGT, a chan­gé de posi­tion au nom de l’emploi, après avoir consta­té que, à inves­tis­se­ment égal, les alter­na­tives créaient 10 fois plus d’emplois que le nucléaire.

Voir aus­si dpêche AFP du 09.11.08.

**La fin du nucléaire au Québec aussi !

Le Québec a des res­sources gigan­tesques en hydro­élec­tri­ci­té. Pourtant, les diri­geants poli­tiques des années 60 et 70 ont cru bon de faire construire un réac­teur nucléaire, Gentily-1, à Bécancour. Mis en ser­vice en 1970, il connut d’incessants pro­blèmes et fut défi­ni­ti­ve­ment déclas­sé en 1980.

Mais, entre temps, un second réac­teur, Gentily-2, était construit et mis en ser­vice en 1983. Près de 30 ans plus tard, ce réac­teur est dans un état déplo­rable (il est donc encore plus dan­ge­reux qu’un réac­teur récent, c’est dire).

Mais, au lieu d’en res­ter là, et d’en finir enfin avec cette triste aven­ture, les « élites » qué­bé­coise vou­draient dépen­ser des for­tunes pour réno­ver Gentily-2. Cependant, le nou­veau gou­ver­ne­ment du Parti qué­bé­cois, en place depuis le 4 sep­tembre 2012, à annon­cé son inten­tion de fer­mer la cen­trale à l’expiration de son per­mis d’exploitation, le 31 décembre 2012. A suivre…

Dimanche 16 septembre

**Fermeture de Fessenheim : EDF demanderait 2 milliards à l’Etat

Selon le JDD, EDF exi­ge­rait 2 mil­liards de l’Etat en com­pen­sa­tion de la fer­me­ture de la cen­trale de Fessenheim. Cette affir­ma­tion, immé­dia­te­ment contes­tée par EDF (ce qui ne prouve rien), est de toute façon assez risible. D’abord, il fau­drait déjà que cette fer­me­ture ait lieu, ce qui reste à prou­ver (cf Revue de presse pré­cé­dente). Ensuite, il ne fau­drait pas oublier que l’actionnaire ultra-majoritaire d’EDF, à 85%, est l’Etat lui-même.

Pour que EDF réclame de l’argent à l’Etat, il fau­drait d’abord que ce der­nier donne à ses repré­sen­tants, majo­ri­taires dans le Conseil d’administration d’EDF, la consigne de voter pour une telle demande. En théo­rie, cela ne devrait pas se pro­duire, mais on a déjà vu des affaires curieuses, comme lorsque le gou­ver­ne­ment fran­çais a manœu­vré illé­ga­le­ment pour que l’affairiste Tapie touche des mil­lions pris sur l’argent public…

Lundi 17 septembre

**La possible sortie du nucléaire au Japon trouble les projets nucléaires

L’Algérie, qui pos­sède déjà d’immenses réserves de gaz, a aus­si toutes les cartes en main pour déve­lop­per les éner­gies renou­ve­lables et par là même ren­for­cer son auto­no­mie. Pourtant, les « élites » algé­riennes ne rêvent que d’une chose : ache­ter une cen­trale nucléaire. Cependant, comme le sou­ligne avec per­ti­nence El Watan, ce pro­jet semble encore plus sur­réa­liste au moment où diverses grandes puis­sances (Allemagne et Japon en tête) veulent, au contraire, se pas­ser de l’atome.

En France, c’est le PDG d’Areva, M. Oursel, qui panique. Il tente de se ras­su­rer en pré­ten­dant que la fin de l’atome au Japon aurait pour effet… de « ren­for­cer la com­pé­ti­ti­vi­té du nucléaire ». Le navire ato­mique coule mais le capi­taine fait encore des pro­jets de croisières…

**La catastrophe nucléaire est possible… mais il ne faut pas en parler !

Au départ, cet article sem­blait par­fai­te­ment ano­din : la pro­pa­gande pro­nu­cléaire de rou­tine. Ainsi, il est pré­ten­du que la sûre­té de la cen­trale de Belleville est excel­lente, et qu’elle va être « encore ren­for­cée » par les mesures post-Fukushima. Comme la les­sive qui lave plus blanc que blanc.

Et puis sou­dain, un miracle : en fin d’article, on apprend que la Commission locale d’information (CLI) sou­lève « la ques­tion du dépla­ce­ment des popu­la­tions en cas de catas­trophe (…) avec le sou­hait de créer un volet expli­quant aux popu­la­tions ce qui advien­drait d’elles en cas de catas­trophe nucléaire. »

Certains auraient-ils oublié que les CLI ont été créées pour accré­di­ter la « sûre­té » nucléaire et occu­per l’espace pour mar­gi­na­li­ser les oppo­sants à l’atome ? Sans sur­prise, on apprend que la Préfecture a don­né une réponse néga­tive à la demande de la CLI.

En France, la catas­trophe nucléaire est offi­ciel­le­ment pos­sible (selon la fameuse for­mule trom­peuse « le risque zéro n’existe pas »), mais il ne faut pas évo­quer ce qui se pas­se­rait en cas de drame. Des fois que la popu­la­tion finisse par trou­ver tout ça bien trop risqué…

Mardi 18 septembre

**Tuerie de Chevaline : l’étau se resserre… sur l’Observatoire du nucléaire !

Article du Dailymail évo­qué par l’Essentiel
Article de Sud-Ouest.fr

Vous avez sûre­ment enten­du par­ler de ces bri­tan­niques d’origine ira­kienne retrou­vés morts dans leur voi­ture dans un vil­lage curieu­se­ment nom­mé Chevaline (comme la bou­che­rie). Mais, quel rap­port avec le nucléaire ?

Et bien voi­là : le jour­nal bri­tan­nique Dailymail estime que la vraie cible de la tue­rie était peut-être le cycliste retrou­vé mort par balles à côté de la voi­ture : ce mal­heu­reux tra­vaillait en effet pour Cezus, une entre­prise du nucléaire. Or cette filiale d’Areva serait impli­quée dans une pos­sible vio­la­tion des sanc­tions visant le pro­gramme nucléaire de l’Iran…

Mais, dans le même temps, le quo­ti­dien Sud-Ouest révèle que le père de famille assas­si­né pos­sé­dait une mai­son à Saint-Macaire, un petit vil­lage de Gironde. Saint-Macaire ? Mais bigre, c’est pré­ci­sé­ment là que l’on trouve… le siège de l’Observatoire du nucléaire ! Le mys­tère s’épaissit, à moins que l’étau ne soit en train de se resserrer…

**Fessenheim-Bécancour, même combat (d’arrière garde) !

A Bécancour comme à Fessenheim, les pré­textes sont les mêmes pour contes­ter la fer­me­ture de la cen­trale nucléaire. L’emploi, les com­merces, les retom­bées (finan­cières, on se moque des retom­bées radio­ac­tives !), etc. Mais, avec de tels argu­ments, on ne fer­me­ra jamais le moindre réac­teur ! Car, si on pro­lon­geait de 20 ans la durée de vie d’une cen­trale, dans 20 ans les mêmes argu­ments seraient tout aus­si « valables ». Et dans 50 ans aus­si, etc !

La véri­té, c’est que les vil­lages qui ont reçu une cen­trale nucléaire en « cadeau » ont pro­fi­té pen­dant 30 ou 40 ans d’une manne (véri­table « cor­rup­tion légale ») payée par tous les usa­gers. Aujourd’hui, au lieu de dire « On en a bien pro­fi­té, ça ne pou­vait pas durer tou­jours », voi­là que ces « cor­rom­pus » réclament la conti­nua­tion de ce sys­tème indé­cent. Comme des toxi­co­manes en manque, il leur faut « leur » manne, payée par tous les autres…

Mercredi 19 septembre

**Le Japon se tourne vers le gaz suite à l’arrêt du nucléaire : c’est la faute du nucléaire !

Une nou­velle fois, il faut dire et redire que tous les pro­blèmes qui accom­pagnent la fer­me­ture d’une cen­trale ou, mieux, la sor­tie de l’atome, tous ces pro­blèmes sont bien de la faute de l’industrie nucléaire.
Si les cen­trales n’avaient pas été construites, il n’y aurait pas besoin aujourd’hui de les fer­mer ! Le Japon n’aurait pas besoin aujourd’hui d’importer en catas­trophe de grandes quan­ti­tés de gaz, car le Japon aurait inves­ti depuis 40 ans dans les alter­na­tives (éco­no­mies d’énergie, éner­gies renouvelables).
Alors oui, une bonne fois pour toutes : fer­mer une cen­trale ou sor­tir du nucléaire, c’est dif­fi­cile et cou­teux, mais tous ces pro­blèmes sont de la faute du nucléaire, pas de celle des antinucléaires !

Jeudi 20 septembre

**Pourquoi pas une carrière dans le nucléaire ?

Hé bien oui, bonne ques­tion ! Pourquoi pas en effet ? Seul pro­blème, il appa­raît que les can­di­dats ne reçoivent pas toute l’information à laquelle ils ont droit. Il n’est en effet pas ques­tion de conta­mi­na­tions et d’irradiations, de can­cers et de leu­cé­mies, d’incidents « ordi­naires » ou d’accidents majeurs dans les cen­trales. Il est vrai que, en France, le nucléaire est « sûr . Au moins autant qu’au japon, c’est dire…

**Les patrons des centrales solidaires des employés de Fessenheim !

Nous vivons déci­dé­ment une époque for­mi­dable. Déjà, chez les anti­nu­cléaires, on a vu de « cou­ra­geux » sala­riés sou­te­nir leur patron pour licen­cier un autre sala­rié (cf https://reseau.democratie.free.fr).

Et bien, du côté du nucléaire, c’est l’inverse : ce sont les patrons qui viennent en aide aux sala­riés. Ce sont pré­ci­sé­ment les direc­teurs des 19 cen­trales nucléaires fran­çaises qui ont écrit aux sala­riés de Fessenheim : « Restons ensemble mobi­li­sés », concluent-ils ! Pour mémoire, les direc­teurs de cen­trales nucléaires sont très gras­se­ment rému­né­rés pour envoyer les inté­ri­maires pré­caires faire la main­te­nance dans les zones radio­ac­tives des centrales.

On trouve même un direc­teur de cen­trale qui a le temps d’arbitrer - là aus­si contre grasses rému­né­ra­tions - les matchs de foot­ball de pre­mière divi­sion, matchs que le sala­riés pré­caires peuvent encore écou­ter à la radio puisqu’il faut payer (cher) pour les voir à la télé ou au stade… Mais ne soyons pas grin­cheux : c’est tel­le­ment beau la soli­da­ri­té dans l’industrie de l’atome !

**Hollande envisage-t-il de s’abonner à Libération ?

Anne Lauvergeon est la grande prê­tresse des déchets radio­ac­tifs, mais aus­si – cumu­larde ! - pré­si­dente du Conseil de sur­veillance de Libération, jour­nal ancien­ne­ment rebelle mais désor­mais bien surveillé.

Et bien « Atomic Anne » a été reçue à l’Elysée par le Président de la République lui-même. M Hollande sou­hai­tait pro­ba­ble­ment s’abonner à Libération. A moins qu’il n’ait été ques­tion de l’affaire Uramin ou de la façon curieuse dont des sala­riés d’Areva ont été enle­vés il y a deux ans au Niger…