Observatoire du nucléaire

Organisme indépendant de surveillance de l’industrie nucléaire

Revue de presse n°10

9 août 2012 · ana duarte

Vendredi 3 août

**Fukushima : le point sur la situation et les conséquences

L’excellent Blog de Fukushima fait un point sur la situa­tion. L’introduction est lim­pide : « Avec le temps, puisqu’on n’en parle presque plus, on pour­rait pen­ser que la crise nucléaire est ter­mi­née. Oui, la crise spec­ta­cu­laire, avec ses explo­sions, ses éma­na­tions gigan­tesques, ses dépla­ce­ments de popu­la­tion, est ter­mi­née. Mais la crise nucléaire est main­te­nant per­ma­nente au Japon. »…

**Manifestations au Japon : « quelques » approximations de l’AFP

Les mobi­li­sa­tions anti­nu­cléaires conti­nuent inlas­sa­ble­ment au Japon. Forcément, dans un tel com­bat de longue haleine, il y a des moments plus forts et d’autres plus modestes. Dix jours après avoir réuni près de 200 000 mani­fes­tants, les anti­nu­cléaires ont orga­ni­sé un ras­sem­ble­ment devant la rési­dence du pre­mier ministre.

Pour l’AFP, il y avait « quelques mil­liers de per­sonnes ». Le voca­bu­laire uti­li­sé pour les titres des dépêches est hau­te­ment stra­té­gique : le choix d’un seul mot peut chan­ger tota­le­ment la per­cep­tion d’une infor­ma­tion par le public. Théoriquement, l’AFP est neutre et se doit d’utiliser un voca­bu­laire objec­tif et non conno­té. Le titre qui s’imposait pour cette dépêche était donc « Plusieurs mil­liers de per­sonnes mani­festent contre le nucléaire à Tokyo ».

Le titre « Quelques mil­liers de per­sonnes mani­festent contre le nucléaire à Tokyo » ne montre pas seule­ment du mépris pour les gens qui ont pris de leur temps pour expri­mer col­lec­ti­ve­ment leur opi­nion, ce titre tend aus­si à faire croire que la mobi­li­sa­tion anti­nu­cléaire s’essouffle. A suivre…

**De Plogoff à Fessenheim, ils roulent contre le nucléaire

Initiative louable et cou­ra­geuse mais les reven­di­ca­tions por­tées semblent un peu naïves : le « débat sur l’énergie » annon­cé par l’actuel gou­ver­ne­ment sera aus­si « bidon » que celui de 2003, qui était à juste titre dénon­cé par les orga­ni­sa­tions anti­nu­cléaires, dont on se demande bien ce qu’elles vont faire cette fois face à un nucléaire « de gauche ».

Pour mémoire, le pseu­do « débat sur l’énergie » de 2003 avait per­mis à divers médias, en par­ti­cu­lier Le Monde, de gagner beau­coup d’argent en relayant la pro­pa­gande gou­ver­ne­men­tale (cf http://bit.ly/P72QzE ).

Quant à « exi­ger une date de fer­me­ture de la cen­trale de Fessenheim », il est un peu curieux de la deman­der… au gou­ver­ne­ment. Ce der­nier a d’ailleurs déjà annon­cé que ce serait « en 2017 », c’est à dire juste avant la pro­chaine pré­si­den­tielle (autant dire que ce sera une déci­sion virtuelle).

Dimanche 5 août

**Un jeûne contre les armes nucléaires

L’occasion de rendre hom­mage aux regret­tés Solange Fernex et Théodore Monod, mili­tants paci­fistes et, de fait, anti­nu­cléaires convaincus.

**Accident nucléaire et journalistique au Huffington Post

Cet article est affu­blé d’un titre sidé­rant qui n’est pro­ba­ble­ment pas de l’ancienne ministre (les rédac­teurs en chef se sont attri­bué de longue date le droit de chan­ger les titres des articles). En effet, le thème trai­té est la res­pon­sa­bi­li­té finan­cière en cas de catas­trophe nucléaire, et le titre attri­bué est… « L’Inde est la plus grande démo­cra­tie du monde », ce qui n’a pas grand chose à voir ! Comprenne qui pourra…

Sur le fond, cette tri­bune pointe les mani­gances en cou­lisse entre pays ache­teurs et pays ven­deurs de réac­teurs nucléaires, le tout arbi­tré par les entre­prises de l’atome, pour savoir qui paie­ra en cas d’accident nucléaire. En l’occurrence, l’entreprise publique fran­çaise Areva pour­rait bien avoir à cou­vrir les consé­quences d’une catas­trophe en Inde si elle par­vient à y construire son réac­teur EPR (dont les « qua­li­tés » rendent d’ailleurs très pro­bable un tel drame !)

La réponse finale est de toute façon connue : les catas­trophes nucléaires (indus­trielles, sani­taires, finan­cières) sont tou­jours cou­vertes par les citoyens et l’argent public, comme c’est actuel­le­ment le cas au Japon (cf revue de presse de la semaine dernière).

**Présidence de l’Autorité de sûreté nucléaire : du théâtre en perspective

L’inamovible Président de l’Autorité de sûre­té nucléaire, André-Claude Lacoste, prend enfin sa retraite, en novembre pro­chain. Du coup, ce sont les grandes manoeuvres dans les cou­lisses du pou­voir, et des élus EELV pré­tendent qu’il va y avoir « du bas­ton avec les socia­listes ». Cette passe d’arme, si elle a lieu, ne sera en réa­li­té qu’une pièce de théâtre car allé­geance totale a été faite aux socialistes.

En effet, pen­dant la cam­pagne pré­si­den­tielle, Mme Duflot avait juré qu’il n’y aurait aucun accord avec le PS, et encore moins de ministres EELV, sans déci­sion de sor­tie du nucléaire. Le main­tien du nucléaire a été déci­dé et… Mme Duflot a signé avec le PS et est entré au gou­ver­ne­ment ! Et les deux groupes EELV (à l’Assemblée natio­nale et au Sénat) ont voté la confiance à ce gou­ver­ne­ment pronucléaire.

De toute façon, il est risible de lais­ser croire que l’Autorité de sûre­té nucléaire pour­rait être pré­si­dée par quelqu’un pou­vant gêner les inté­rêts de l’industrie nucléaire. Il est d’ailleurs déjà risible de pré­tendre que l’Autorité de sûre­té nucléaire pour­rait garan­tir une quel­conque… « sûre­té nucléaire ».

Lundi 6 août

**Annie Thébaud-Mony, spécialiste des cancers professionnels, refuse la légion d’honneur

Les médias viennent de décou­vrir Annie Thébaud-Mony à l’occasion de son refus de rece­voir la légion d’honneur. Mais ceux qui s’intéressent à la san­té des tra­vailleurs, et plus par­ti­cu­liè­re­ment de ceux qui sont confron­tés à l’amiante ou au nucléaire, connaissent cette dame depuis longtemps.

Concernant le nucléaire, Mme Thébaud-Mony a publié en 2001 une remar­quable enquête titrée « L’industrie nucléaire, sous-traitance et ser­vi­tude ». Il y est démon­tré de façon impla­cable com­ment les diri­geants d’EDF se sont orga­ni­sés pour que la quasi-totalité des irra­dia­tions et conta­mi­na­tions cau­sées par le parc nucléaire fran­çais soient reçues par des sous-traitants à sta­tut pré­caire et dont le sui­vi sani­taire dans le temps est inexistant.

Mme Thébaud-Mony a aus­si de la classe puisqu’elle a expri­mé très poli­ment son refus à la ministre Cécile Duflot, mais la cher­cheuse est très claire dans ses inter­views : « Plutôt que de dis­tri­buer des médailles, le gou­ver­ne­ment devrait aider la recherche publique dans ce domaine ain­si que le recru­te­ment de jeunes cher­cheurs. ». Voilà qui est dit.

**Japon : Hiroshima-Fukushima, même combat

Où l’on constate avec inté­rêt la conver­gence au Japon de la contes­ta­tion des armes ato­miques et de celle des cen­trales nucléaires pré­ten­dues « civiles »…

**Le « zéro nucléaire » n’est plus un tabou pour le Premier ministre japonais

On apprend avec inté­rêt que « une série de consul­ta­tions réa­li­sée dans 11 ville japo­naise a fait res­sor­tir que près de 70 % de la popu­la­tion serait favo­rable à l’option du zéro nucléaire ». Par contre, on se deman­de­ra comme dans la conclu­sion de l’article « si les décla­ra­tions du Premier ministre japo­nais seront sui­vies d’effets ou ne consti­tuent qu’une phrase de cir­cons­tance à l’occasion d’une com­mé­mo­ra­tion his­to­rique sen­sible au Japon »…

**La Corée du Sud veut son Fukushima

La riva­li­té his­to­rique entre le Japon et la Corée du Sud est telle que cette der­nière semble vou­loir aus­si son Fukushima. C’est en effet à se deman­der si le désastre n’est pas pro­gram­mé à Busan ou l’on trouve les 4 plus vieux réac­teurs du pays. Le réac­teur Kori-1 a été mis en ser­vice en 1977 pour 30 ans mais a obte­nu une pro­lon­ga­tion de 10 ans. Dernièrement, il a connu d’inquiétants dys­fonc­tion­ne­ment qui ont d’abord été cachés par les « res­pon­sables » du nucléaire. Et mal­gré tout cela, ce réac­teur est remis en marche…

Mardi 7 août

**Des sites d’énergie alternative dans la zone de sécurité de Tchernobyl !

Les catas­trophes nucléaires n’en finissent plus de cau­ser des situa­tions sur­réa­listes (en plus d’être dra­ma­tiques). Ainsi, que pen­ser de ce pro­jet de « construire des cen­trales solaire et éoliennes, des cen­trales de cogé­né­ra­tion pour inci­né­rer du bois irra­dié dans la zone de sécurité » ?

D’un côté, on peut voir cela comme la recon­nais­sance de ce que le nucléaire est inac­cep­table et qu’il faut faire autre chose. Mais, d’un autre côté, c’est une façon de faire croire que la page de Tchernobyl est tour­née et que la vie a repris son cours comme si rien ne s’était passé.

D’autre part, les tra­vailleurs qui vont construire puis exploi­ter ces ins­tal­la­tions ne vont-ils pas être en dan­ger du fait des graves conta­mi­na­tions qui per­durent 26 ans après le drame ? A suivre, sachant que, comme tou­jours, les belles décla­ra­tions ne sont pas tou­jours sui­vies d’effets…

**Les Echos en flagrant délit de propagande pronucléaire

Pour les Echos, il n’y a pas de doute : si la balance com­mer­ciale du Japon est défi­ci­taire, ce n’est pas à cause du nucléaire mais bien à cause de l’arrêt du nucléaire.

Pourtant, c’est bien à cause de l’option nucléaire, impo­sée au Japon (tout comme en France) depuis 50 ans, que l’archipel se retrouve aujourd’hui dans une situa­tion dra­ma­tique, tant du point de vue sani­taire que bud­gé­taire. C’est bien à cause du nucléaire que les éner­gies renou­ve­lables et les éco­no­mies d’énergie n’ont pas été déve­lop­pées. C’est bien à cause du nucléaire et de sa catas­trophe à Fukushima que le Japon doit impor­ter au pied levé plus de gaz et de pétrole.

Certes, l’article est bien obli­gé de citer la cause de cette situa­tion, mais il le fait de façon curieuse : les réac­teurs sont arrê­tés « soit à cause d’un séisme anté­rieur soit en rai­son des nou­velles mesures de sécu­ri­té exi­gées par les auto­ri­tés après l’accident de Fukushima ». On pour­rait croire à un « caprice » de ces auto­ri­tés alors que, au contraire, elles font leur maxi­mum pour que les réac­teurs soient remis en service.

Mais sur­tout, c’est bien connu, le choix du titre est déci­sif pour la per­cep­tion de l’information par le public : « L’arrêt du nucléaire pèse lourd sur les comptes exté­rieurs », Les Echos ne font pas dans la dentelle…

**L’UNESCO sacrifie la nature au profit de l’extraction de l’uranium

Impossible de savoir si cette péti­tion a une quel­conque chance de peser sur le cours des évè­ne­ments, nous vous invi­tons néan­moins, au cas où, à la signer. Pour une fois, ce n’est pas Areva qui sou­haite détruire un site remar­quable mais une socié­té aus­tra­lienne, tout aus­si « char­mante ». On constate que les diri­geants de l’UNESCO ne sont pas insen­sibles aux argu­ments (son­nants et tré­bu­chants ?) de l’industrie de l’atome…

**Le nucléaire se fissure en Belgique… et ailleurs dans le monde

C’est un nou­veau séisme qui frappe l’industrie nucléaire mon­diale, confirme la grave mise en dan­ger de cen­taines de mil­lions de per­sonnes, et vient à nou­veau don­ner rai­son aux anti­nu­cléaires. Depuis des décen­nies, ces der­niers sont accu­sés de « jouer avec la peur » et de por­ter contre l’industrie nucléaire des accu­sa­tions « infon­dées ». Or, alors que la catas­trophe de Fukushima a mis à bas le mythe du nucléaire pré­ten­du « sûr », il appa­raît que les cuves d’une bonne ving­taine de réac­teurs, en Europe, aux USA et en Argentine, pré­sentent pro­ba­ble­ment de graves défauts.
Pour mémoire, le coeur d’un réac­teur nucléaire se trouve dans la cuve dont la rup­ture aurait des consé­quences dra­ma­tiques. Il a fal­lu 30 ans (!) aux « res­pon­sables » de l’atome pour détec­ter les défauts de cer­taines cuves : les pro­nu­cléaires ne man­que­ront pas de valo­ri­ser le fait qu’il n’y a pas eu de rup­ture de cuves pen­dant toutes ces années, mais la réa­li­té est que seule la chance a per­mis d’éviter le drame.

Aux der­nières nou­velles, une réunion des auto­ri­tés de sûre­té des pays euro­péens concer­nés (Belgique, Allemagne, Espagne, Suède, Suisse et Pays Bas) serait pré­vue en urgence pour le 16 août. A suivre de près…