Observatoire du nucléaire

Organisme indépendant de surveillance de l’industrie nucléaire

Revue de presse n°3

21 juin 2012 · julienschwartz

Vous pou­vez aider l’Observatoire du nucléaire

NOTE : Exceptionnellement, nous com­men­çons cette revue de presse avec un article qui aurait dû être évo­qué la semaine der­nière mais qui n’était pas dis­po­nible. Or il est de la plus grande importance…

Mercredi 13 juin

**Enfouissement des déchets nucléaires : le crime dévoilé

Dossier de l’Est répu­bli­cain

Il faut avant tout féli­ci­ter Michel Guéritte (ani­ma­teur dehttp://www.villesurterre.com) qui a orga­ni­sé un évé­ne­ment excep­tion­nel puis mis en ligne le dos­sier de l’Est répu­bli­cain (publié dans tout le grand-est et pas seule­ment dans la Meuse).

Notons aus­si que, tra­his­sant une fois de plus leur mis­sion (et leurs dona­teurs), les diri­geants actuels du Réseau Sortir du nucléaire ont boy­cot­té cette ini­tia­tive pour­tant fon­da­men­tale et ses remar­quables retom­bées média­tiques. (Pour qui roulent-ils ? Nous y revien­drons mais, en atten­dant, nous vous pro­po­sons de médi­ter sur la pre­mière phrase de cet article du Point)

Enfin, pour appro­fon­dir (!) cette ques­tion de l’enfouissement, reportez-vous au tra­vail de vul­ga­ri­sa­tion de Ville-sur-Terre et son incroyable ini­tia­tive, le PiPI de Bure

Vendredi 15 juin

**Déchets nucléaires : la Suisse veut aussi son crime

Article de Zone bourse

Notons d’abord que c’est un site spé­cia­li­sé sur la Bourse qui rend compte de ce dos­sier : c’est pro­ba­ble­ment pour s’assurer que les pro­fits des entre­prises de l’énergie ne seront pas anéan­tis par la fac­ture des déchets nucléaires, fac­ture qui a voca­tion à être prise en charge par l’argent public… pen­dant que les action­naires se par­tagent les béné­fices de la vente de l’électricité correspondante.

Sur le fond (!), la for­mule « Dépôts en couches géo­lo­giques pro­fondes » signi­fie clai­re­ment que l’objectif des « élites » Suisse est de faire comme celles de France : mettre les déchets nucléaires en pro­fon­deur, rebou­cher, et dire « Ne vous inquié­tez pas, ça va tenir 100 000 ans ! »

**Un publi-reportage pronucléaire en guise d’article dans La Croix

A voir sur La Croix

Le titre « A Chinon, les tra­vailleurs de l’atome vivent au rythme des réac­teurs » lais­sait craindre le pire, le résul­tat est en réa­li­té… pire que pire : cet « article » dans La Croix est un véri­table publi-reportage, le ser­vice de com­mu­ni­ca­tion d’EDF n’aurait pas fait mieux.

On « apprend » ain­si que les mesures de sécu­ri­té sont excel­lentes, qu’une saine cama­ra­de­rie lie les tra­vailleurs de l’atome, que les chefs « savent délé­guer », que le per­son­nel ne boit pas d’alcool mais qu’il entre­tient par­fai­te­ment la cen­trale et détecte « la moindre trace de pous­sière », que les salaires sont très bons, que « le site est truf­fé de cap­teurs élec­tro­niques » mais que « des hommes doublent ces systèmes ».

Ha, tout de même, il existe un risque, à cause… des ter­ro­ristes et des anti­nu­cléaires, mis dans le même sac !

Verdict : La Croix a pas­sé sans pro­blème son test : EDF conti­nue­ra à ache­ter d’onéreux encarts publi­ci­taires dans ce quo­ti­dien « par­fai­te­ment indé­pen­dant ». La vie est belle.

**Espagne : incendie dans une centrale nucléaire mais « tout va bien »

Dépêche AFP

Un incen­die s’est décla­ré dans une cen­trale nucléaire et l’AFP rend compte du com­mu­ni­qué du Conseil de sécu­ri­té nucléaire (CSN) espa­gnol. Morceaux choi­sis : « un trans­for­ma­teur situé hors de son enceinte », « pas de dan­ger de radia­tion », « à aucun moment il n’a été expo­sé à des radia­tions », « l’incident a eu lieu hors de la double clô­ture de la cen­trale, hors de la zone de sécu­ri­té », « les pom­piers ont éteint l’incendie » (ouf !), « L’événement n’a pas pro­vo­qué de risque pour la popu­la­tion ou l’environnement ».

Ils en font tel­le­ment, au CSN, qu’on finit par se dire que la situa­tion a pro­ba­ble­ment été cri­tique ! Heureusement, il semble que le Fukushima ibé­rique atten­dra encore un peu…

Samedi 16 juin

**Les centrales chinoises sont sûres… d’après les Chinois

Dépêche de Radio Chine Internationale

C’est l’Administration natio­nale de sécu­ri­té nucléaire de Chine (ANSN) qui le cer­ti­fie, donc le doute n’est pas per­mis : les cen­trales chi­noise sont sûres. De même que l’Autorité de sûre­té nip­pone pré­ten­dait avant Fukushima que les cen­trales japo­naises pou­vaient résis­ter à tout.

En France, c’est l’ex-ministre de l’industrie Eric Besson qui a cer­ti­fié qu’il n’y avait aucun risque d’accident nucléaire, ce même Besson qui, en dépla­ce­ment à Fukushima, s’était décla­ré « ras­su­ré par l’état de la cen­trale ». On attend avec impa­tience le point de vue de notre nou­velle ministre de l’Écologie, du déve­lop­pe­ment durable et de l’énergie, mais on peut déjà craindre de sa part… des « chinoiseries ».

**Japon : les bouddhistes boudent (enfin) l’atome

Article sur Citizenside

Les plus grands jour­naux japo­nais, à com­men­cer par l’Asahi Shimbun, relaient cette infor­ma­tion qui peut paraître ano­dine vue de chez nous, mais qui va comp­ter dans un pays dont plus de 70% de la popu­la­tion sont bouddhistes.

A noter, et c’est un des prin­ci­paux ensei­gne­ments de l’affaire, qu’un bonze a com­men­cé seul : par tous les temps, il psal­mo­diait inlas­sa­ble­ment des prières anti­nu­cléaires au pied du Ministère de l’Industrie du Japon (le fameux METI), avant d’être enfin rejoint par ses collègues.

Comme quoi un des­tin à la David Vincent ( http://bit.ly/k7TCNM ) ne se ter­mine pas for­cé­ment mal, ce qui est un réel motif d’espoir si vous êtes seul dans votre région à agir contre les nucléo-envahisseurs…

Dimanche 17 juin

**Voiture électrique : l’aveu radioactif

Article du Républicain Lorrain

Généralement, les pro­mo­teurs de la voi­ture élec­trique se défendent d’être pro­nu­cléaires, et pré­tendent par­fois même que leur objec­tif est que les bat­te­ries soient rechar­gées avec une élec­tri­ci­té renou­ve­lable (ce qui ne serait que « moins pire » car une voi­ture, élec­trique ou ther­mique, est tou­jours une cala­mi­té environnementale).

Mais cette fois, pas de chi­noi­se­ries : c’est car­ré­ment sur le par­king de la cen­trale nucléaire de Cattenom que vous pou­vez essayer 50 de ces véhi­cules élec­tri­sants. Ça a le mérite d’être clair, la voi­ture élec­trique est une voi­ture nucléaire. Cela nous ramène aux publi­ci­tés « his­to­riques » d’EDF qui fai­saient de nos appa­reils élec­triques des appa­reils « nucléaires », comme par exemple « La Perceuse » (http://www.culturepub.fr/videos/edf…)

Lundi 18 juin

**L’usine nucléaire qui ne voulait pas entrer en service

Dépêche AFP

On peut rire d’EDF et Areva qui n’arrivent pas à ter­mi­ner leurs EPR, dont les chan­tiers res­pec­tifs pré­sentent plus de 4 ans de retard et des mil­liards d’euros de sur­coût. Mais les japo­nais sont aus­si dans la course au nucléo-ridicule avec leur usine de retrai­te­ment des déchets nucléaires, située à Rokkasho : elle devait entrer en ser­vice… en 2000 !

Il faut tou­te­fois recon­naître que le japo­nais Japan Nuclear Fuel a construit cette usine… avec Areva : le retard gigan­tesque pris par cette ins­tal­la­tion s’explique donc !

Une énième date de mise en ser­vice est annon­cée pour octobre pro­chain : ce n’est quand même pas à cause de Fukushima qu’il fau­drait renon­cer défi­ni­ti­ve­ment à cette usine…

Mardi 19 juin

**Grande-Bretagne : une dernière « chance » de catastrophe nucléaire à Thorp

Article de Enerpresse à lire sur le site de dis­si­dent­me­dia

A ce jour, bien qu’ayant mis les meilleure « chances » de son côté, le lob­by nucléaire bri­tan­nique n’a pas réus­si à cau­ser drame nucléaire dans son usine de Thorp. Celle-ci est pour­tant située dans le com­plexe de Sellafield, autre­fois appe­lé Windscale et renom­mé après une vraie catas­trophe en 1957.

Mais l’usine Thorp elle-même, consa­crée au retrai­te­ment des com­bus­tibles usées (comme La Hague en France) n’a connu « que » des inci­dents graves, pas de vraie catas­trophe. Alors l’usine va une der­nière fois être remise en service.

Pourtant, en juin 2007, le redé­mar­rage de Thorp sem­blait impro­bable, l’usine étant tota­le­ment obso­lète et devant de toute façon fer­mer défi­ni­ti­ve­ment en 2010. Et bien, mal­gré tout, alors que 2010 est pas­sé, elle va sous peu redé­mar­rer, his­toire de retrai­ter des com­bus­tibles lais­sés en attente. Il est vrai qu’il n’est pas pos­sible de les envoyer à l’usine japo­naise de Rokkasho…

**Areva avec les Chinois pour envahir la Grande-Bretagne

EDF ayant réus­si à se rui­ner en inves­tis­sant en dépit du bon sens en Grande-Bretagne, Areva a déci­dé d’en faire autant en rache­tant la socié­té Horizon. Celle-ci a pour­tant été délais­sée par les alle­mands EON et RWE qui ont renon­cé à faire du nucléaire outre-manche, du fait de la qua­si impos­si­bi­li­té de ren­ta­bi­li­ser ce projet.

Ce ne sont pas ces immenses risques de pertes finan­cières qui vont effrayer Areva, qui en a déjà accu­mu­lé beau­coup : de toute façon, les contri­buables fran­çais seront tou­jours là pour épon­ger les ardoises.

Ceci dit, Areva s’est allié pour l’occasion avec China Guangdong Nuclear Power Holding (CGNPC). La dépêche nous informe d’ailleurs que cela « don­ne­ra à la Chine une place de chi­nois » (sic !) en Grande-Bretagne.

Cela doit vou­loir dire que les Chinois seront les patrons, ce qui est récon­for­tant puisque, nous dit-on, les cen­trales chi­noise sont sûres. Mais s’il s’agit de faire des EPR en Grande-Bretagne, alors là…

**L’Europe et le risque nucléaire : ne jamais dire Jamet

Dépêche AFP

La Commission euro­péenne a ren­voyé à l’automne la pré­sen­ta­tion d’un rap­port sur la sûre­té nucléaire, ini­tia­le­ment pré­vue en juin. C’est que, subi­te­ment, les élites euro­péennes découvrent que les indus­triels de l’atome ne sau­raient abso­lu­ment pas quoi faire en cas de catas­trophe. Le grand chef de la sûre­té nucléaire en Europe est un fran­çais, Philippe Jamet, dont l’Observatoire du nucléaire a déjà démon­tré l’incompétence sidérante.

En effet, en juillet 2007, un fort séisme avait endom­ma­gé au Japon la plus grande cen­trale nucléaire du monde, à Kashiwasaki. Pendant que votre ser­vi­teur aler­tait sur l’imminence d’une catas­trophe nucléaire nip­pone (voir Une vidéo édi­fiante : la catas­trophe nucléaire au Japon annon­cée à l’avance), qui a donc eu lieu à Fukushima, Philippe Jamet, au nom de l’Agence inter­na­tio­nale de l’énergie ato­mique (AIEA) pré­co­ni­sait quelques mesu­rettes et pré­ten­dait que les cen­trales japo­naises résis­te­raient sans pro­blème aux séismes (cf. Rapport post-Fukushima : sou­mise au pou­voir poli­tique, l’Autorité de sûre­té est inca­pable de prendre ses res­pon­sa­bi­li­tés).

Mais cette fois-ci, M. Jamet a des choses sérieuses à annon­cer : dans un cer­tain temps, il y aura « un bâti­ment sécu­ri­sé dans cha­cune des ins­tal­la­tions pour abri­ter les opé­ra­teurs et leur per­mettre (…) de faire face à des situa­tions de des­truc­tion totale d’une ins­tal­la­tion ou à une série d’accidents sur­ve­nus en paral­lèle dans plu­sieurs centrales. »

En clair, s’il y a un nou­veau Fukushima, les opé­ra­teurs seront pro­té­gés dans un bun­ker. Nous sommes contents pour eux.

**Les autorités japonaises ont « oublié » d’informer correctement la population fuyant Fukushima

Article de News envi­ron­ne­ment

De nom­breux japo­nais de la région de Fukushima ont fuit la catas­trophe… dans la même direc­tion que les rejets de radio­ac­ti­vi­té. Terrible mal­chance, certes, mais pas seule­ment : les auto­ri­tés japo­naises étaient par­fai­te­ment au cou­rant de cette situa­tion et ont omis d’en infor­mer les fuyards. « Je n’ai pas de mots pour m’excuser, sur­tout auprès des vic­times de la catas­trophe » a décla­ré le Ministre de l’Industrie, Yukio Edano, porte-parole du gou­ver­ne­ment pen­dant la crise. Il n’avait pas de mots non plus pour par­ler au moment de la catas­trophe. Yukio Edano doit vou­loir dire Eric Besson en japonais.

Mercredi 20 juin

**Inde : quand AREVA et son EPR deviennent synonymes de répression et d’expropriations

Article sur Agoravox

L’article en ques­tion se suf­fit à lui-même, nul besoin de com­men­taires super­flus. Par contre, nous revien­drons dès que pos­sible sur la façon insup­por­table dont les pré­si­dents Bush (USA) et Sarkozy (France) ont agi, juste avant la fin du « règne » du pre­mier nom­mé, pour faire obte­nir à l’Inde des déro­ga­tions bafouant les règles mon­diales de non-prolifération nucléaire.

En effet, l’Inde n’étant pas signa­taire du Traité de non pro­li­fé­ra­tion (TNP), elle ne doit rece­voir aucune tech­no­lo­gie nucléaire, même « civile » (si cela existe). Mais Bush et sar­ko­zy sont pas­sés par là…

**EDF veut imposer la centrale de Fessenheim

Article de l’Usine nou­velle

Loin d’être anti­nu­cléaire, le Président Hollande a annon­cé pour la fin de son man­dat 2012-2017 la fer­me­ture de la cen­trale alsa­cienne de Fessenheim (et encore : elle sera com­pen­sée par la mise en ser­vice de l’EPR de Flamanville). Une seule fer­me­ture, c’est pour­tant trop pour EDF qui va essayer de sau­ver sa cen­trale avec la poli­tique du fait accompli.

En effet, en annon­çant déjà 20 mil­lions d’investissements à Fessenheim, dont 15 pour ren­for­cer le seul radier (la dalle de béton sur laquelle sont posés les réac­teurs), EDF joue clai­re­ment sur le thème « On ne va pas fer­mer cette cen­trale juste après y avoir inves­ti tant d’argent ». Le tout étant pré­sen­té comme des mesures de sûreté.

On peut déjà devi­ner qu’en 2017, année d’élection pré­si­den­tielle, M. Hollande ne se hasar­de­ra pas à prendre la seule mesure un peu cou­ra­geuse de son pro­gramme environnemental…

Notons par ailleurs que, comme à son habi­tude (cf revue de presse de la semaine der­nière), l’Usine nou­velle n’interroge que des pro­nu­cléaires. Usine nou­velle et vieille cen­trale, même combat…

**Hollande conforte les armes nucléaires sans parler à Matagne

Dépêche AFP

Il y a quelques jours, l’ancien pre­mier ministre Michel Rocard a pro­po­sé que, pour éco­no­mi­ser « 16 mil­liards par an qui ne servent à rien », la France aban­donne sa « force de dis­sua­sion », à savoir ses armes nucléaires.

Depuis, c’est la curée : de nom­breux articles ont fleu­ri pour contes­ter la posi­tion de Rocard et sur­tout pour rec­ti­fier son esti­ma­tion finan­cière (Le Figaro ; Le JDD )

Curieusement, c’est sur le site Atlantico, clas­sé à droite, qu’on peut lire des choses inté­res­santes par rap­port à un éven­tuel aban­don de l’arme nucléaire.

Mais, alors que le nucléaire mili­taire est au cœur de l’actualité, aucun média natio­nal pour le moment ne trouve un ins­tant pour évo­quer la grève de la faim menée depuis 40 jours par un homme : Jean-Marie Matagne ne s’alimente plus pour obte­nir un rendez-vous avec le Président de la République, celui qui a le pou­voir d’appuyer sur le bou­ton de la guerre atomique.

Il se trouve que François Hollande a répon­du… à Rocard : hors de ques­tion d’abandonner l’arme nucléaire. Et ce sans le moindre débat natio­nal. Et sans répondre à Jean-Marie Matagne. (cf. http://www.acdn.net)

A la semaine prochaine