Observatoire du nucléaire

Organisme indépendant de surveillance de l’industrie nucléaire

A propos de la prolongation de la durée de vie des centrales nucléaires en Allemagne

28 octobre 2010 · ana duarte

Illustration non retrou­vée dans les archives

Le pou­voir alle­mand vient de déci­der de pro­lon­ger la vie des cen­trales nucléaires : entre 8 et 14 ans sup­plé­men­taires selon l’ancienneté de cha­cun des 17 réac­teurs encore en ser­vice à ce jour. Cette déci­sion appelle quelques remarques :

1- La question démocratique

**a) La volonté populaire n’est pas respectée

Alors que l’opinion publique alle­mande reste radi­ca­le­ment anti­nu­cléaire, les dif­fé­rents gou­ver­ne­ments n’arrivent pas ou ne sou­haitent pas res­pec­ter la volon­té popu­laire. La coa­li­tion Sociaux-démocrates/Verts a bien voté en 2000 un plan de sor­tie du nucléaire, mais avec un tem­po si lent que la droite a eu le temps de reve­nir au pou­voir pour tout remettre en cause.

**b) L’inertie du nucléaire

La trop grande len­teur du plan alle­mand de sor­tie du nucléaire est assu­ré­ment due à un manque d’ambition poli­tique, mais le fait est qu’il n’est pas facile de fer­mer un parc nucléaire :

**c) Deux poids, deux mesures

En France, la construc­tion des cen­trales nucléaires a été déci­dée par un gou­ver­ne­ment de droite dans les années 70 mais, une fois arri­vés au pou­voir en 1981, les socia­listes n’ont pas remis en cause cette déci­sion mal­gré leurs pro­messes et alors que la majo­ri­té des cen­trales en pro­jet ou en chan­tier pou­vait encore être annulée.
On constate donc qu’une alter­nance poli­tique ne contra­rie pas les pro­jets de l’industrie nucléaire alors qu’une autre alter­nance remet en cause un plan de sor­tie du nucléaire…

2 - la question environnementale

**a) Les risques d’accidents

Une cen­trale nucléaire est tou­jours dan­ge­reuse, même neuve, mais l’éventualité d’un acci­dent grave devient de plus en plus impor­tante avec le vieillis­se­ment de l’installation.
Or, c’est quand une cen­trale nucléaire est vieillis­sante qu’elle devient enfin ren­table : il faut 25 ou 30 ans de fonc­tion­ne­ment pour qu’une cen­trale nucléaire soit amor­tie finan­ciè­re­ment. Faire fonc­tion­ner le plus long­temps pos­sible les cen­trales nucléaires repré­sente donc un vrai « jack­pot » pour les exploi­tants nucléaires comme EDF.
Du coup, alors que la plu­part des réac­teurs sont pré­vus pour durer 30 ans, les exploi­tants perdent tout sens de res­pon­sa­bi­li­té en deman­dant la pro­lon­ga­tion de la durée de vie des cen­trales jusqu’à 60 ans, voire plus. Et ces demandes sont sou­vent satis­faites par les poli­tiques et les auto­ri­tés de « sûre­té » qui s’avèrent inca­pables de résis­ter à la pres­sion des grands groupes.
Il est plus que pro­bable que cette fuite en avant se ter­mine par une nou­velle catas­trophe nucléaire com­pa­rable à celle de Tchernobyl (1986). Il ne s’agit presque plus de savoir si cette catas­trophe aura lieu mais de savoir où et quand…

**b) Les déchets radioactifs

Même si elle n’est pas vic­time d’un acci­dent grave, une cen­trale nucléaire dont la durée de vie est pro­lon­gé pose un grave pro­blème envi­ron­ne­men­tal : chaque année, chaque mois, chaque semaine de pro­lon­ga­tion du fonc­tion­ne­ment signi­fie la pro­duc­tion sup­plé­men­taire de déchets radio­ac­tifs pour les­quels n’existe aucune solution.
Il est d’ailleurs édi­fiant de consta­ter que Mme Merkel décide de la pro­lon­ga­tion de la durée de vie des cen­trales alle­mandes alors qu’elle est confron­tée à un incroyable scan­dale concer­nant les déchets radio­ac­tifs (Cf. La Croix ).

**c) Les autres problèmes environnementaux

Prolonger la durée de vie d’un réac­teur nucléaire revient logi­que­ment à per­pé­tuer les pro­blèmes envi­ron­ne­men­taux cau­sés par ce réac­teur même en fonc­tion­ne­ment « ordi­naire », c’est-à-dire sans même qu’il ne soit l’objet d’un acci­dent ou d’un inci­dent. Citons par exemple :