Observatoire du nucléaire

Organisme indépendant de surveillance de l’industrie nucléaire

Areva / Niger : questions sur un enlèvement un peu trop facile…

21 septembre 2010 · Stéphane Lhomme

L’intervention mili­taire au Niger per­met à la France de pro­té­ger les inté­rêts de son indus­trie nucléaire

Il n’a fal­lu que trois jours, après que sept sala­riés d’Areva et Vinci ait été enle­vés, pour que l’armée fran­çaise prenne posi­tion au Niger où elle a d’ores et déjà lan­cé des opé­ra­tions sur le ter­rain. Il est légi­time de rele­ver des élé­ments très curieux dans cette affaire :

Bien sûr, per­sonne ne peut pen­ser que les auto­ri­tés fran­çaises soient elles-mêmes à l’origine de la prise d’otage. PAR CONTRE, les faits poussent à se deman­der si tout n’a pas été fait pour que cette prise d’otage si pré­vi­sible puisse se dérou­ler sans encombre, offrant de fait une oppor­tu­ni­té en or aux auto­ri­tés fran­çaises pour inter­ve­nir mili­tai­re­ment.

Areva et les auto­ri­tés fran­çaises ont en effet été aver­ties par dif­fé­rents biais que des menaces pesaient sur les sala­riés des mines d’uranium au Niger. Or, non seule­ment les mesures néces­saires de pro­tec­tion n’ont pas été mises en oeuvre mais, au contraire, Areva semble avoir refu­sé l’aide des auto­ri­tés du Niger.

On ne peut dès lors que noter que cet enlè­ve­ment per­met à la France d’intervenir mili­tai­re­ment dans cette zone stra­té­gique et de pro­té­ger ain­si son accès aux mines d’uranium. Il faut rap­pe­ler que la majo­ri­té des réac­teurs nucléaires fran­çais sont ali­men­tés par l’uranium du Niger. Or la Chine, elle aus­si avide d’uranium, a inten­si­fié sa pré­sence au Niger et concur­rence la France pour l’accès aux réserves d’uranium.

En par­ti­cu­lier, le pro­jet d’Areva de mine géante à Imouraren est d’une impor­tance majeure pour l’avenir de l’industrie nucléaire fran­çaise. Qui plus est, un putsch a eu lieu début 2010 au Niger et les nou­veaux diri­geants du pays semblent moins sou­mis à l’ancien pays colo­ni­sa­teur qu’est la France.

Ce sont aujourd’hui 80% de la pro­duc­tion fran­çaise d’électricité qui sont mena­cés à rapide échéance si l’accès à l’uranium est cou­pé. Au lieu d’investir mas­si­ve­ment dans les éner­gies renou­ve­lables, les seules à être garantes d’une véri­table indé­pen­dance éner­gé­tique, les auto­ri­tés fran­çaises se sont enfon­cées depuis 50 ans dans l’impasse nucléaire et se retrouvent aujourd’hui à lan­cer une véri­table guerre coloniale.

Toutes pro­por­tions gar­dées, cette « Guerre du Niger » pour l’uranium est le pen­dant de la Guerre du Golfe menée par les USA pour le pétrole. Il est une nou­velle fois démon­tré que, outre les risques d’accident et la pro­duc­tion de déchets radio­ac­tifs, le nucléaire a aus­si des consé­quences très néfastes sur la démocratie.