Observatoire du nucléaire

Organisme indépendant de surveillance de l’industrie nucléaire

L’Observatoire du nucléaire appelle Georges Charpak à aller plus loin

10 août 2010 · ana duarte

Le pro­jet de réac­teur « de 4ème géné­ra­tion » est aus­si absurde que celui d’Iter

Illustration non retrou­vée dans les archives — G. Charpak

L’Observatoire du nucléaire prend bonne note de la posi­tion du prix Nobel de phy­sique (1992) Georges Charpak qui, avec cer­tains de ses col­lègues, se pro­nonce contre la construc­tion du réac­teur ITER (fusion nucléaire). M Charpak rejoint enfin sur cette posi­tion le regret­té Pierre-Gilles de Gennes, lui-même prix Nobel de Physique un an plus tôt (1991).

Pour autant, M Charpak fait une lourde erreur en pro­mou­vant, à la place d’ITER, la mise au point d’un réac­teur nucléaire dit « de 4ème géné­ra­tion ». Cette appel­la­tion est d’ailleurs une pure inven­tion publi­ci­taire de l’industrie nucléaire : il s’agit en réa­li­té d’une nou­velle ten­ta­tive de mettre au point un sur­gé­né­ra­teur.

Divers modèles de réac­teurs sont mis en avant dans le pro­jet inter­na­tio­nal dit « Forum géné­ra­tion 4 », pour don­ner une impres­sion de diver­si­té des recherches mais, fina­le­ment, c’est tou­jours le modèle « sur­gé­né­ra­teur à calo­por­teur sodium » qui reste en course, c’est-à-dire une réédi­tion des pro­jets qui déjà ont échoué comme celui de Superphénix en France.

Il faut en effet se sou­ve­nir de l’échec cui­sant du sur­gé­né­ra­teur Superphénix, arrê­té défi­ni­ti­ve­ment en 1998, ain­si que des expé­riences simi­laires menées dans d’autres pays (USA, Russie, Japon, Inde) qui n’ont jamais rien don­né. Le sur­gé­né­ra­teur japo­nais de Monju (lui-même à calo­por­teur sodium) a d’ailleurs été l’objet d’un très grave acci­dent en décembre 1995, un an seule­ment après sa mise en ser­vice, et est res­té arrê­té pen­dant… près de 15 ans. Il vivote depuis, sans réa­li­ser aucun des « miracles » annoncés.

Les indus­triels du nucléaire pré­tendent en effet que les sur­gé­né­ra­teurs pour­raient « pro­duire plus de matières fis­siles qu’ils n’en consomment » mais aus­si « inci­né­rer les déchets radio­ac­tifs ». Il ne s’agit là que de pro­messes qui n’ont aucune chance de se réa­li­ser, ce qui est d’ailleurs recon­nu invo­lon­tai­re­ment par l’industrie nucléaire car, autrement :

Et même si des sur­gé­né­ra­teurs étaient fina­le­ment mis au point, il faut savoir que leur fonc­tion­ne­ment néces­si­te­rait des usines comme celle de La Hague, qui est ter­ri­ble­ment pol­luante, et une pro­duc­tion mas­sive de plu­to­nium, lequel sert aus­si à fabri­quer des armes ato­miques. Il est donc avé­ré que M Charpak et ses col­lègues com­mettent une grave erreur en pré­ten­dant que les sur­gé­né­ra­teurs pour­raient four­nir « une éner­gie propre ».

Tout comme Iter, le pro­jet de réac­teur dit « de 4ème géné­ra­tion » est une usine à gaz inter­na­tio­nale, condam­née à l’échec, rui­neuse, et por­teuse de graves dan­gers pour l’environnement et les popu­la­tions. Georges Charpak et ses amis devraient médi­ter cette décla­ra­tion de Pierre Gilles de Gennes : « Quoique grand défen­seur des grosses machines com­mu­nau­taires il y a trente ans, et ancien ingé­nieur du Commissariat à l’énergie ato­mique (CEA), je n’y crois mal­heu­reu­se­ment plus » (Les Echos, jeu­di 12 jan­vier 2006).

La conclu­sion est simple : le pro­jet de « réac­teur de 4ème géné­ra­tion » doit être aban­don­né à l’instar du pro­jet Iter.