Observatoire du nucléaire

Organisme indépendant de surveillance de l’industrie nucléaire

Le projet d’un nouvel EPR en France avive la concurrence entre EDF et Suez (AFP - 03.07.08)

3 juillet 2008 · ana duarte

AFP - 03.07.08 - L’annonce jeu­di par Nicolas Sarkozy d’un deuxième pro­jet de réac­teur nucléaire de 3è géné­ra­tion EPR en France va avi­ver la concur­rence entre EDF, prin­ci­pal exploi­tant des cen­trales fran­çaises, et le nou­veau groupe GDF Suez, qui veut aus­si déve­lop­per des cen­trales de ce type. Le pré­sident de la République a annon­cé jeu­di la construc­tion en France d’un deuxième réac­teur nucléaire de troi­sième géné­ra­tion EPR, conçu par le groupe nucléaire fran­çais Areva. Mais il n’a pas pré­ci­sé où ce réac­teur, des­ti­né à équi­per une cen­trale de pro­duc­tion d’électricité, sera construit, ni par qui il sera exploi­té. Il a seule­ment sou­hai­té qu’une déci­sion d’implantation soit prise « d’ici à 2009 », et que la « pre­mière pierre soit posée en 2011 ».

Ce réac­teur à eau sous pres­sion (European Pressurised water Reactor) est issu d’une tech­no­lo­gie franco-allemande déve­lop­pée par Areva. EDF s’est dit aus­si­tôt prêt jeu­di à « s’engager dans ce pro­jet », en fai­sant valoir qu’il construi­sait actuel­le­ment l’autre EPR en chan­tier en France, à Flamanville (Manche, nord-ouest). Cette cen­trale, dont la construc­tion a débu­té en décembre, doit entrer en ser­vice en 2012 et sera exploi­tée par EDF et le groupe d’énergie ita­lien Enel. Le groupe fran­çais d’électricité jus­ti­fie la construc­tion d’un deuxième EPR par « un contexte d’augmentation de la demande d’électricité » et les « contraintes liées au réchauf­fe­ment cli­ma­tique ». L’électricité nucléaire émet beau­coup moins de CO2 que celle fabri­quée avec du char­bon ou du gaz.

Mais EDF, qui exploite les 58 réac­teurs de deuxième géné­ra­tion actuel­le­ment en fonc­tion­ne­ment en France, devra comp­ter à par­tir de la mi-juillet sur un concur­rent de taille, le nou­veau groupe GDF Suez. GDF Suez, issu de la fusion entre le groupe d’énergie, d’eau et de déchets Suez et Gaz de France, entend exploi­ter une cen­trale nucléaire de nou­velle géné­ra­tion en Europe et déci­de­ra en 2009 du lieu d’implantation. Suez fait valoir qu’il a déjà conclu en jan­vier un par­te­na­riat avec Areva et le groupe pétro­lier fran­çais Total pour pro­po­ser deux EPR aux Emirats arabes unis, qu’il a embau­ché 700 ingé­nieurs du sec­teur en 2007 et pré­voit d’en embau­cher 700 autres. Suez exploite déjà sept réac­teurs nucléaires de deuxième géné­ra­tion en Belgique, ain­si que des tranches nucléaires en France. Pourtant, selon Colette Lewiner du cabi­net Cap Gemini, EDF « n’est pas très allant » pour construire un deuxième EPR car il « doit d’abord amé­lio­rer la dis­po­ni­bi­li­té de ses réac­teurs » actuels, dont le taux d’utilisation a chu­té à 80,2% en 2007, contre 90% pour Suez.

En outre, EDF « consi­dère que la France a sur­tout besoin de cen­trales de pointe », comme les cen­trales à gaz ou à char­bon, plus faci­le­ment mobi­li­sables qu’une cen­trale nucléaire pour répondre aux fortes demandes, selon elle. Mme Lewiner sou­tient pour sa part qu’un nou­vel EPR per­met­tra à la France d’« expor­ter davan­tage » d’électricité vers ses voi­sins, d’autant que cette élec­tri­ci­té, selon M. Sarkozy, est 30 à 50% moins chère que l’électricité d’une cen­trale à gaz ou au char­bon. Mais cela néces­si­te­ra de « ren­for­cer les inter­con­nexions », ces lignes élec­triques per­met­tant l’échange d’électricité entre deux pays, pré­cise Mme Lewiner. Pour l’analyste du CM-CIC, Patrice Lambert de Diesbach, « le mieux pla­cé pour ce 2ème EPR est GDF-Suez » qui consti­tue­rait « l’alternative nucléaire fran­çaise à EDF ».