Observatoire du nucléaire

Organisme indépendant de surveillance de l’industrie nucléaire

Areva nous mène de Charybde en (Fodé) Sylla

9 octobre 2007 · ana duarte

Mme Lauvergeon, PDG de la mul­ti­na­tio­nale radio­ac­tive Areva, vient d’être confir­mée par le gou­ver­ne­ment à son poste pour un nou­veau man­dat de cinq ans. Par ailleurs, Areva s’apprête à lan­cer à Pierrelatte (Drôme) le chan­tier d’une nou­velle usine d’enrichissement de l’uranium (usine Georges Besse II).

Enfin, Mme Lauvergeon vient d’embaucher Fodé Sylla, ancien Président de SOS racisme, pour prou­ver les visées « huma­nistes » d’Areva : « En signant la « Charte de la diver­si­té dans l’entreprise » pro­mue par le Plan natio­nal de cohé­sion sociale, Areva s’engage à favo­ri­ser l’insertion des jeunes issus des quar­tiers sensibles ».

Tout irait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes pos­sibles ? Non, bien sûr. Des mani­fes­ta­tions popu­laires ont eu lieu ces der­nières semaines à Arlit (Niger), comme en atteste le jour­nal « Aïr-infos » qui titrait le 15 mai 2006 « Manifestation à Arlit contre Cogéma et Areva : les rai­sons de la colère ». C’est en effet au Niger qu’est extraite une bonne part de l’uranium qui nour­rit les cen­trales nucléaires françaises.

La riposte d’Areva se concentre actuel­le­ment sur le Président de l’ONG nigé­rienne Aghirin’man, M. Almoustapha Alhacen. Ce der­nier fait par­tie des mil­liers de per­sonnes qui tra­vaillent pour la Cogéma-Areva et vivent à Arlit, ville construite de toute pièce par l’industrie nucléaire fran­çaise pour y par­quer les Nigériens qu’elle fait tra­vailler dans ses mines. C’est une des illus­tra­tions de la conti­nua­tion du colo­nia­lisme fran­çais en Afrique.

M. Alhacen, dans Aïr actua­li­tés du 15 mai 2006, a por­té de fortes accu­sa­tions contre la Cogéma-Areva et ses filiales (Somaïr et Cominak) spé­cia­li­sées dans l’extraction de l’uranium du Niger. Quelques jours plus tard, Almoustapha Alhacen rece­vait de la part de la Somaïr une lettre de « demande d’explication ».

Cette lettre est une véri­table ten­ta­tive d’intimidation. En effet, la Somaïr, la Cogéma et Areva connaissent très bien les condi­tions into­lé­rables dans les­quelles elles orga­nisent l’extraction de l’uranium du Niger, comme cela a été mon­tré par un rap­port cir­cons­tan­cié de la Criirad, publié le 18 décembre 2003.

Le 16 novembre 2004, à la télé­vi­sion fran­çaise (émis­sion France europe express), nopus avions por­té, déjà concer­nant l’extraction de l’uranium du Niger, de graves accu­sa­tions contre Areva. L’invitée prin­ci­pale de l’émission, Mme Lauvergeon, avait feint d’être offus­quée, mais sans pour autant enga­ger un pro­cès en dif­fa­ma­tion : de toute évi­dence, elle l’aurait perdu !

Alors, aujourd’hui, Mme Lauvergeon pré­fère s’en prendre aux tra­vailleurs afri­cains : il est vrai que c’est Areva qui détient le pou­voir éco­no­mique au Niger, pays qu’elle pille conscien­cieu­se­ment de ses res­sources en ura­nium, tout en conta­mi­nant l’environnement et en met­tant en cause la san­té des Nigériens. Quelle infor­ma­tion a été don­née aux popu­la­tions locales sur les dan­gers de la mani­pu­la­tion de maté­riaux contaminés ?

Mais, à quoi sert donc Fodé Sylla ? Les chèques consé­quents qu’il reçoit d’Areva l’empêchent-ils d’entendre la souf­france des jeunes « issus des quar­tier sen­sibles »… d’Arlit ?

En fin de compte, il est logique que l’Etat fran­çais pro­nu­cléaire ait renou­ve­lé sa confiance à Mme Lauvergeon, digne repré­sen­tante du lob­by nucléaire et de ses injus­ti­fiables méthodes.

Stéphane Lhomme