Observatoire du nucléaire

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Paks : le nucléaire français frappe en Hongrie

12 avril 2006 · julienschwartz

Le 10 avril 2003, un grave inci­dent s’est pro­duit en Hongrie, à la cen­trale nucléaire de Paks, située à une cen­taine de kilo­mètres au sud de Budapest. Une fuite radio­ac­tive a vrai­sem­bla­ble­ment mis en dan­ger la popu­la­tion envi­ron­nante mais, comme tou­jours, les auto­ri­tés ont annon­cé qu’il n’y avait pas eu de consé­quence. Elles n’ont cepen­dant pas caché la gra­vi­té de l’évènement, d’autant plus faci­le­ment que… ce n’étaient pas les Hongrois qui en étaient la cause.

En effet, le cou­pable n’est autre que l’entreprise Framatome ANP, filiale du trust nucléaire fran­çais Areva. Le direc­teur de la cen­trale, Istvan Kocsis, a expli­qué que « la cause évi­dente de ce grave inci­dent, qui a eu lieu pen­dant le net­toyage des piles de com­bus­tion, est une faute de pla­ni­fi­ca­tion du sys­tème de contrôle et de refroi­dis­se­ment pro­duit et opé­ré par Framatome ANP » (Dépèche AFP du 12 mai 2003).

L’Agence inter­na­tio­nale de l’énergie ato­mique (AIEA), qui a mené une ins­pec­tion quelques semaines plus tard pour éta­blir les faits et res­pon­sa­bi­li­tés, a ten­té de pro­té­ger les fran­çais, sup­po­sés être les plus com­pé­tents au monde en matière de nucléaire. Ainsi, l’AIEA a attri­bué une part de la res­pon­sa­bi­li­té aux Hongrois en annon­çant dans un com­mu­ni­qué publié le mer­cre­di 25 juin 2003 : « Les auto­ri­tés hon­groises et le sous-traitant Framatome ANP sont res­pon­sables d’une fuite de gaz radio­ac­tif en avril der­nier à la cen­trale nucléaire de Paks ».

Mais, en se ren­sei­gnant un peu plus, on com­prend que ce qui est repro­ché aux Hongrois est… d’avoir trop fait confiance aux Français ! Une dépêche AFP du 25 juin 2003 rend compte des pro­pos tenus par Ken Brockmann, direc­teur du dépar­te­ment de sécu­ri­té de l’AIEA, au cours d’une confé­rence de presse à Budapest : « Les experts de l’Agence nucléaire hon­groise et de la cen­trale de Paks n’ont pas été assez sévères en accor­dant les licences néces­saires pour l’opération du réser­voir. Ils n’ont pas posé toutes les ques­tions néces­saires avant l’utilisation d’une nou­velle tech­no­lo­gie comme celle-ci ».

Inutile de dire que ces conclu­sions sont par­ti­cu­liè­re­ment redou­tables pour Framatome ANP et tombent donc fort mal pour Areva qui tente de relan­cer le nucléaire en France, mais aus­si d’exporter ses « com­pé­tences ». Mais l’évènement de Paks, bien que grave, est pour ain­si dire pas­sé tota­le­ment inaper­çu dans les médias. Autre bonne nou­velle pour Areva, les auto­ri­tés hon­groises sont subi­te­ment deve­nues com­pré­hen­sive : c’est par une dépêche AFP, datée du 16 jan­vier 2004, que l’on apprend que « La cen­trale nucléaire de Paks a trou­vé un arran­ge­ment à l’amiable avec Framatome, por­tant sur des com­pen­sa­tions pour l’incident de l’année der­nière ». Hélas, « le mon­tant des com­pen­sa­tions n’a pas été précisé ».

Mais l’étouffement de l’affaire a cer­tai­ne­ment coû­té cher à Framatome et Areva car « le réac­teur reste hors ser­vice neuf mois après l’incident. » Cependant, mal­gré cet accord, il faut croire que les Hongrois ont per­du confiance dans le nucléaire fran­çais car, pour répa­rer le réac­teur endom­ma­gé, la socié­té russe TVEL a été pré­fé­rée à Framatome ANP.

Une coa­li­tion regrou­pant quinze asso­cia­tions envi­ron­ne­men­tales hon­groise a mis en lumière les fai­blesses de la com­mis­sion par­le­men­taire orga­ni­sée après l’accident, Framatome ayant refu­sé aux dépu­tés l’accès aux docu­ments qui auraient per­mis d’en savoir plus. Enfin, les asso­cia­tions ont dénon­cé l’augmentation du prix de l’électricité, consé­cu­tive à l’incident de Paks, et ont remis en cause l’investissement de la Hongrie dans l’atome. Déjà fort cher par nature, le nucléaire se révèle encore plus rui­neux lorsqu’il connaît des acci­dents. C’est-à-dire souvent.