Observatoire du nucléaire

Organisme indépendant de surveillance de l’industrie nucléaire

Nouvelle baisse historique de la part du nucléaire dans l’électricité mondiale

23 avril 2026 · Stéphane Lhomme

Les chiffres de 2025 sont publiés : après que la part du nucléaire soit tom­bée en 2021 sous les 10%, elle est pas­sée en 2025 sous les 9%, exac­te­ment à 8,85%. Une part désor­mais proche de la marginalité.

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Pendant ce temps, la majo­ri­té des médias fran­çais conti­nuent d’évoquer un fan­to­ma­tique « retour en grâce du nucléaire »…

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Contrairement à ce qui se dit habi­tuel­le­ment, les catas­trophes nucléaires de Tchernobyl (Ukraine) et de Fukushima (Japon) n’ont pas eu lieu le 26 avril 1986 et le 11 mars 2011 : elles ont com­men­cé à ces dates, et se pour­suivent encore : des cen­taines de mil­liers d’enfants nés 10, 20, 30 ou 35 ans après l’explosion du réac­teur n°4 de Tchernobyl sont aujourd’hui malades ou nés mal-formés. Le même pro­ces­sus est hélas en cours au Japon.

Pourtant, ce ne sont pas ces ter­ribles évè­ne­ments qui entrainent la chute irré­ver­sible de l’industrie nucléaire mon­diale, ce sont les réa­li­tés indus­trielles et finan­cières : trop cher, trop lent, archaïque, le nucléaire est sub­mer­gé par les éner­gies renou­ve­lables par­tout sur Terre, et il voit sa part dans l’électricité mon­diale se réduire à la por­tion congrue.

Regardez bien le gra­phique ci-dessus, vous ne le trou­ve­rez nulle part ailleurs que chez l’Observatoire du nucléaire. Les don­nées de chaque année sont pour­tant publiques, connues et recon­nues, mais il semble lit­té­ra­le­ment inter­dit de les agglo­mé­rer pour en faire un gra­phique… assu­ré­ment trop édi­fiant pour être dif­fu­sé en France, royaume de l’atome.

En effet, en par­ti­cu­lier en France, le dis­cours des diri­geants indus­triels et poli­tiques, relayé tel quel par trop de médias, est que le nucléaire serait « une éner­gie mas­sive et en plein essor ». Et, du coup, que la France aurait rai­son de pré­voir la construc­tion de nou­veaux réac­teurs. D’innombrables repor­tages et articles portent d’ailleurs le même titre, évo­quant un pré­ten­du « retour en grâce du nucléaire », en France et dans le monde.

Or notre gra­phique montre que, depuis un quart de siècle et sin­gu­liè­re­ment ces der­nières années, la part du nucléaire dans la pro­duc­tion mon­diale d’électricité n’a fait que décroitre (à part un léger et fugace rebond en 2019). Les chiffres de 2025, publiés ce 21 avril dans son très atten­du rap­port annuel par le think-tank Amber, montrent même que le nucléaire vient de fran­chir une nou­velle étape déci­sive… vers sa disparition.
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La part du nucléaire tombe sous les 9%, 4 fois moins que celle des renouvelables

En effet, après que la part du nucléaire soit tom­bée en 2021 sous les 10%, elle est pas­sée en 2025 sous les 9%, exac­te­ment à 8,848% (arron­di à 8,9% par Ember dans son docu­ment). Mettons 8,85%. Une part désor­mais proche de la marginalité.

A titre de com­pa­rai­son, il est notable que, en 2025, les éner­gies renou­ve­lables ont pro­duit 33,8% de l’électricité mon­diale, qua­si­ment 4 fois plus que le nucléaire. Qui plus est, alors que la part du nucléaire ne cesse de bais­ser, celle des renou­ve­lables est en aug­men­ta­tion exponentielle.

D’ailleurs, annon­cés res­pec­ti­ve­ment à 8,7% et 8,5% de l’électricité mon­diale fin 2025, le solaire et l’éolien ont assu­ré­ment d’ores et déjà cha­cun dépas­sé le nucléaire, lequel pour­suit son effon­dre­ment : pro­chaines étapes, pas­ser sous 8%, puis sous 7%, etc
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Non, ce n’est pas « juste un contre temps à cause de Fukushima »

De nos jour, sur de nom­breux pla­teaux de télé­vi­sion ou de radio, la ques­tion du nucléaire n’est trai­tée qu’avec des invi­tés favo­rables à l’atome, sans la moindre contra­dic­tion. C’est même le cas sur le ser­vice public - dont on se demande bien à quoi il sert puisqu’il dés­in­forme sur cette ques­tion autant que les chaines déte­nues par les indus­triels - par exemple sur Franceinfo.tv ou même au Téléphone sonne de France inter, avec des jour­na­listes qui se contentent de relayer les élé­ments de lan­gage de l’industrie nucléaire et de dérou­ler le tapis radio­ac­tif à leurs invités.

Mais si vous arri­vez à coin­cer un ato­miste et le ques­tion­ner sur la baisse du nucléaire, il vous répon­dra que c’est juste « un contre-temps pro­vi­soire cau­sé par Fukushima ». C’est faux : comme le montre notre gra­phique, le nucléaire a bais­sé en conti­nu pen­dant 10 ans avant la catas­trophe japo­naise et, fait notable, il a même bais­sé plus rapi­de­ment avant qu’après ! Mais, depuis 2021, la baisse a repris un rythme rapide…
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Non, la Chine n’est pas l’ « eldorado » qui va sauver le nucléaire

De même, les ado­ra­teurs du dieu atome pré­tendent que la Chine montre la voie vers un rayon­nant « âge du nucléaire ». C’est encore faux. Certes, et hélas, l’Empire du Milieu construit quelques dizaines de réac­teurs nucléaires, ce qui peut paraitre énorme vu de chez nous. Mais, en réa­li­té, la part du nucléaire dans l’électricité chi­noise reste mar­gi­nale (4,47% en 2024) et sur­tout elle est EN BAISSE depuis 4 ans.

En effet, après avoir atteint son apo­gée à 5,02% en 2021, elle est pas­sée depuis à 4,98% en 2022, à 4,86% en 2023, et donc à 4,47% en 2024 (on attend les chiffres 2025). Ces don­nées sont dif­fi­ci­le­ment contes­tables car pro­ve­nant car­ré­ment de l’Agence inter­na­tio­nale de l’énergie ato­mique (AIEA), et elles sont faci­le­ment consul­tables en ligne. A titre de com­pa­rai­son, les éner­gies renou­ve­lables pro­duisent déjà plus de 35% de l’électricité chi­noise, une part en aug­men­ta­tion exponentielle…
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Non, le « retour en grâce du nucléaire » ne va pas se produire à l’avenir

Jamais déses­pé­rés mal­gré les évi­dences, les pro­mo­teurs de l’atome pré­tendent que le fameux « retour en grâce » va pro­duire ses effets dans quelques années, le temps que soient construits les innom­brables nou­veaux réac­teurs effec­ti­ve­ment annon­cés ces der­niers temps par divers chefs d’Etat ou de gou­ver­ne­ment. Mais l’expérience montre que l’immense majo­ri­té des pro­jets nucléaires annon­cés (avec tam­bours et trom­pettes) sont fina­le­ment annu­lés (… beau­coup plus discrètement).

Un engoue­ment com­pa­rable à celui que l’on vit actuel­le­ment s’est ain­si pro­duit au début des années 2000, sous la hou­lette de madame Lauvergeon (*), encen­sée par la majo­ri­té des médias, à deux dif­fé­rences près : il ne s’agissait alors pas du « retour en grâce » mais du « grand retour » du nucléaire. Et il fal­lait « oublier Tchernobyl » quand, aujourd’hui, nous voi­là som­més d’ « oublier Fukushima ».

Les cen­taines de réac­teurs qui devaient pous­ser par­tout sur Terre comme des cham­pi­gnons ont pra­ti­que­ment tous été annu­lés, à part les chan­tiers catas­tro­phiques des EPR fran­çais (Finlande, Flamanville, Grande-Bretagne) et des AP1000 amé­ri­cains (désastres des chan­tiers en Géorgie et Caroline du Sud). Seule la Chine construit cor­rec­te­ment des cen­trales nucléaires mais, nous l’avons vu, cela reste pour elle une éner­gie de niche, sub­mer­gée par le renouvelables.

Quant aux Petits réac­teurs modu­laires (SMR) annon­cés eux aus­si avec fra­cas, leur fias­co est en cours, la plu­part des acteurs ayant déjà dépo­sé le bilan ou étant en passe de le faire, comme annon­cé par nous même depuis plu­sieurs années.

(*) 20 ans plus tard, les pro­cé­dures judi­ciaires concer­nant les graves délits com­mis par Mme Lauvergeon n’aboutissent pas, par contre France inter lui offre son antenne sans la moindre contra­dic­tion et sans rap­pe­ler son incom­pé­tence (elle a mené Areva à la faillite) ni sa malhonnêteté…
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Nucléaire : une désinformation massive en France…

Divers médias ont cou­vert la publi­ca­tion du rap­port d’Amber et, le moins que l’on puisse dire, c’est que les men­songes des diri­geants indus­triels et poli­tiques fran­çais en faveur du nucléaire ne risquent pas d’être contre­car­rés.

En effet, la plu­part de ces médias se sont conten­tés de titrer sur deux don­nées (par ailleurs inté­res­sante) : en 2025, le solaire et l’éolien ont pour la pre­mière fois pro­duit plus d’électricité que les éner­gies fos­siles (prin­ci­pa­le­ment le char­bon et le gaz) dans l’Union euro­péenne. Et les renou­ve­lables ont pro­duit plus d’électricité que le char­bon au niveau mondial.

Mais rien sur le fias­co du nucléaire. Seul le quo­ti­dien éco­no­mique Les Echos, pour­tant clai­re­ment favo­rable à l’atome, a publié le 21 avril un article titré : « Électricité : le solaire et l’éolien dépas­se­ront le nucléaire cette année »… sans tou­te­fois aller jusqu’à évo­quer la baisse conti­nue de l’atome depuis 25 ans ou son pas­sage sous les 9% en 2025.
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… pour gaspiller des dizaines de milliards dans la voie de garage atomique

La réa­li­té est impla­cable : alors que l’essor des renou­ve­lables s’accélère encore, l’industrie nucléaire mon­diale est confron­tée à la fer­me­ture iné­luc­table dans les années à venir de cen­taines de réac­teurs très anciens. La part du nucléaire va donc conti­nuer à se réduire inexo­ra­ble­ment sur Terre. 

L’incapacité de la majo­ri­té des médias fran­çais à dire la véri­té sur le nucléaire a bien de quoi conten­ter EDF et MM Macron et Lecornu qui, en dépit de tout bon sens, ont annon­cé der­niè­re­ment des dépenses insen­sées en faveur de l’atome. Il s’agit de pro­fi­ter de ce que la popu­la­tion fran­çaise ignore que le nucléaire est une voie de garage et que les cen­taines de mil­liards pré­vues pour construire de nou­veaux réac­teurs - à condi­tion bien sûr qu’EDF retrouve la notice de fabri­ca­tion - seront irré­mé­dia­ble­ment gas­pillées.

Si par extra­or­di­naire EDF par­vient à construire et mettre en ser­vice un pre­mier EPR2 - offi­ciel­le­ment vers 2038, dans la réa­li­té au mieux entre 2040 et 2045 - les renou­ve­lables pro­dui­ront alors la grande majo­ri­té de l’électricité mon­diale, et ce à des coûts encore plus bas qu’aujourd’hui. Personne ne vou­dra de la pro­duc­tion nucléaire d’EDF, rui­neuse, dan­ge­reuse, archaïque.

Il est bien sûr encore temps d’annu­ler les pro­jets nucléaires d’EDF mais, pour y arri­ver, il serait bon que la popu­la­tion fran­çaise soit infor­mée de la réa­li­té du nucléaire, à savoir qu’il s’agit d’une indus­trie sans ave­nir et dont la part dans la pro­duc­tion mon­diale d’électricité est désor­mais mar­gi­nale et va conti­nuer à se réduire…