{"id":588,"date":"2006-05-05T17:09:00","date_gmt":"2006-05-05T15:09:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.observatoire-du-nucleaire.org\/?p=588"},"modified":"2026-09-05T09:45:59","modified_gmt":"2026-09-05T07:45:59","slug":"grande-bretagne-1957-drame-a-windscale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.observatoire-du-nucleaire.org\/?p=588","title":{"rendered":"Grande Bretagne\u00a0: 1957, drame \u00e0 Windscale"},"content":{"rendered":"<p class=\"wp-block-paragraph\">Pendant 6 jours, du 7 au 12 octobre 1957, le centre nucl\u00e9aire de Windscale, situ\u00e9 sur la c\u00f4te nord-ouest de l\u2019Angleterre, est le lieu d\u2019un tr\u00e8s grave accident nucl\u00e9aire qui sera class\u00e9 au niveau 5 sur l\u2019\u00e9chelle (dite INES) internationale des \u00e9v\u00e9nements nucl\u00e9aires. Sachant que Tchernobyl correspond au niveau 7, il est clair que l\u2019accident de Windscale est un des plus graves de l\u2019Histoire. Un incendie, qui dure plusieurs jours, endommage fortement un des r\u00e9acteurs du site et d\u2019importants rejets radioactifs ont lieu dans l\u2019environnement. Aucune mesure d\u2019\u00e9vacuation n\u2019a \u00e9t\u00e9 prise, alors que l\u2019accident \u00e9tait en cours et pouvait tourner \u00e0 une catastrophe encore pire. Les riverains ne seront avertis qu\u2019apr\u00e8s coup. Des millions de litres de lait seront alors rejet\u00e9s en mer d\u2019Irlande, et la consommation de certains produits restera interdite pendant plusieurs semaines. Comme pour Tchernobyl trente ans plus tard, le nuage radioactif ne reste bien s\u00fbr pas sur place, port\u00e9 par les vents. Il parcourt l\u2019Angleterre, puis touche le continent sans que la population ne soit inform\u00e9e. Des travaux estiment de fa\u00e7ons variables le nombre de victimes\u00a0: de quelques salari\u00e9s irradi\u00e9s \u00e0 plusieurs milliers de cancers induits. Difficile de savoir la v\u00e9rit\u00e9\u2026 d\u2019autant qu\u2019elle reste cach\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019ancien premier ministre conservateur britannique, Harold Macmillan, avait ordonn\u00e9, il y a trente ans, d\u2019\u00e9touffer un rapport d\u00e9taill\u00e9 sur les causes d\u2019un grave incendie qui s\u2019\u00e9tait produit \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019usine de retraitement des d\u00e9chets nucl\u00e9aires de Windscale.\u00a0\u00bb<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a class=\"spip_note\" href=\"#nb1\" id=\"nh1\" rel=\"appendix\" title=\"Le Monde, 2 janvier 1988\">1<\/a>]<\/span><\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Windscale devient Sellafield pour \u00ab\u00a0effacer\u00a0\u00bb le pass\u00e9<\/strong><\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme souvent dans le nucl\u00e9aire, la v\u00e9rit\u00e9 est cach\u00e9e et le pass\u00e9 effac\u00e9\u00a0: Windscale est d\u00e9baptis\u00e9 et devient Sellafield. Ce site nucl\u00e9aire s\u2019est \u00e9toff\u00e9 au fil des d\u00e9cennies et comprend aujourd\u2019hui quatre cents b\u00e2timents r\u00e9partis sur 10 km2. C\u2019est l\u2019\u00e9quivalent de La Hague en France. Outre le r\u00e9acteur accident\u00e9 en 1957 et son fr\u00e8re jumeau, ainsi que quatre r\u00e9acteurs eux aussi d\u00e9finitivement arr\u00eat\u00e9s, on trouve en particulier trois grosses installations\u00a0:<\/p>\n<ul class=\"wp-block-list\"><li> <strong>Magnox<\/strong>, une premi\u00e8re usine de retraitement ouverte en 1964. Elle est responsable de nombreux rejets radioactifs dans l\u2019air et dans la mer. Elle devrait fermer en 2010.<\/li>\n<\/ul>\n<ul class=\"wp-block-list\"><li> <strong>Thorp <\/strong> (Thermal oxide reprocessing Plant), seconde usine de retraitement des combustibles et d\u2019entreposage des d\u00e9chets hautement radioactifs, ouverte en 1985. Elle est \u00e9galement responsable de tr\u00e8s importants rejets occasionn\u00e9s durant le processus de s\u00e9paration des diff\u00e9rents composants des d\u00e9chets nucl\u00e9aires. Gravement accident\u00e9e en 2005 (voir plus loin)<\/li>\n<\/ul>\n<ul class=\"wp-block-list\"><li> <strong>Sellafield Mox Plan<\/strong>t (SMP) est ouverte en 1997 pour produire du combustible \u00ab\u00a0mox\u00a0\u00bb (qui contient du plutonium). En 1999, une premi\u00e8re livraison de cinq tonnes de Mox est refus\u00e9e par le Japon et renvoy\u00e9e, apr\u00e8s la d\u00e9couverte de documents falsifi\u00e9s par BNFL, l\u2019exploitant anglais. Les usines de Mox sont r\u00e9put\u00e9es pour rejeter dans l\u2019environnement de grandes quantit\u00e9s de produits radioactifs.<\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Col\u00e8re irlandaise<\/strong><\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Depuis longtemps, les riverains s\u2019inqui\u00e8tent des cons\u00e9quences sur leur sant\u00e9 de la pr\u00e9sence du site nucl\u00e9aire de Windscale\/Sellafield. En 1983, un documentaire de la t\u00e9l\u00e9vision britannique r\u00e9v\u00e9lait que dans le village de Seascale, situ\u00e9 non loin de Sellafield, le taux d\u2019enfants atteints de cancer \u00e9tait dix fois plus \u00e9lev\u00e9 que la moyenne nationale.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il se trouve que les Irlandais sont eux aussi fortement menac\u00e9s\u00a0: moins de 200 km s\u00e9parent la centrale et Dublin. Par ailleurs, de m\u00eame que le nuage de Tchernobyl n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 par les fronti\u00e8res, la radioactivit\u00e9 ne reste pas dans les eaux territoriales britanniques. Au contraire\u00a0: les courant poussent les rejets vers l\u2019Irlande. L\u2019ouverture de l\u2019usine SMP n\u2019a fait qu\u2019attiser la col\u00e8re irlandaise. Le 24 novembre 2001, le principal parti, le Fianna Fail, ach\u00e8te une pleine page de publicit\u00e9 dans le Times de Londres, titrant \u00ab\u00a0Fermez Sellafield\u00a0\u00bb, demande sign\u00e9e par 110 d\u00e9put\u00e9s \u00ab\u00a0Sellafield impose un risque inacceptable et non n\u00e9cessaire\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019environnement irlandais. Le premier ministre irlandais a clairement pris position\u00a0: \u00ab\u00a0Nous souhaitons indiquer clairement et directement au peuple britannique combien nous sommes pr\u00e9occup\u00e9s par les dangers auxquels sont expos\u00e9es les populations de ces \u00eeles par les activit\u00e9s \u00e0 Sellafield et, en particulier, par les nouvelles propositions concernant le Mox\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tout comme le site fran\u00e7ais de La Hague, Sellafield est une des installations les plus polluantes et les plus dangereuses du monde.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Accident de l\u2019usine Thorp en 2005<\/strong><\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le 20 avril 2005, une fuite est d\u00e9tect\u00e9e \u00e0 l\u2019usine Thorp de Sellafield. Ce n\u2019est pas une mince affaire\u00a0: 83 000 litres de combustible liqu\u00e9fi\u00e9 fortement radioactif, contenant pas moins de 19 tonnes d\u2019uranium et 200 kg de plutonium, se sont \u00e9coul\u00e9s. Incroyable\u00a0: l\u2019enqu\u00eate a montr\u00e9 que cela faisait\u2026 neuf mois que la fuite avait commenc\u00e9. Et plus de trois mois que la tuyauterie d\u00e9faillante \u00e9tait totalement rompue\u00a0! Heureusement, le liquide est rest\u00e9 contenu dans l\u2019installation. Mais il y avait un risque r\u00e9el d\u2019emballement nucl\u00e9aire par r\u00e9action de criticit\u00e9.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les experts fran\u00e7ais de l\u2019IRSN, qui ont men\u00e9 \u00e0 Thorp une inspection d\u2019\u00e9valuation, expliquent\u00a0: \u00ab\u00a0la d\u00e9tection tardive de l\u2019incident est li\u00e9e \u00e0 une s\u00e9rie de d\u00e9faillances humaines et organisationnelles\u00a0: erreur lors d\u2019une op\u00e9ration de contr\u00f4le du bon fonctionnement du syst\u00e8me de d\u00e9tection de fuite implant\u00e9 dans un des puisards de la cellule qui a abouti \u00e0 un dysfonctionnement partiel de ce syst\u00e8me, absence de prise en compte de nombreux signaux pr\u00e9curseurs pouvant laisser supposer l\u2019existence d\u2019une fuite (alarmes de niveau fugaces dans un des puisards, pr\u00e9sence d\u2019uranium dans les \u00e9chantillons pr\u00e9lev\u00e9s, augmentation de temp\u00e9rature dans le puisard de la cellule, \u00e9carts de bilan mati\u00e8res anormaux)\u00a0; il semble qu\u2019un \u00ab\u00a0exc\u00e8s de confiance\u00a0\u00bb dans la conception de l\u2019usine et qu\u2019une culture de s\u00fbret\u00e9 insuffisante soient \u00e0 l\u2019origine de ces d\u00e9faillances.\u00a0\u00bb<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a class=\"spip_note\" href=\"#nb2\" id=\"nh2\" rel=\"appendix\">2<\/a>]<\/span><\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pas tr\u00e8s rassurant. Et dire que l\u2019on nous vante si souvent le nucl\u00e9aire occidental, tellement plus \u00ab\u00a0s\u00fbr\u00a0\u00bb que le nucl\u00e9aire sovi\u00e9tique responsable de Tchernobyl\u2026<\/p>\n<hr>\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" href=\"#nh1\" rev=\"appendix\" title=\"Notes 1\">1<\/a>]\u00a0<\/span>Le Monde, 2 janvier 1988<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" href=\"#nh2\" rev=\"appendix\" title=\"Notes 2\">2<\/a>]\u00a0<\/span><a class=\"spip_url spip_out auto\" href=\"http:\/\/www.irsn.org\/vf\/05_inf\/05_inf_1dossiers\/05_inf_46_thorp\/05_inf_46_thorp.shtm\" rel=\"nofollow external\">www.irsn.org\/vf\/05_inf\/05_inf_1dossiers\/05_inf_46_thorp\/05_inf_46_thorp.shtm<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pendant 6 jours, du 7 au 12 octobre 1957, le centre nucl\u00e9aire de Windscale, situ\u00e9 sur la c\u00f4te nord-ouest de l\u2019Angleterre, est le lieu d\u2019un tr\u00e8s grave accident nucl\u00e9aire qui sera class\u00e9 au niveau 5 sur l\u2019\u00e9chelle (dite INES) internationale des \u00e9v\u00e9nements nucl\u00e9aires. 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