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Rejets délibérés de plutonium : la justice enquête suite à la plainte de l’Observatoire du nucléaire

vendredi 10 juillet 2015, par julienschwartz

A la suite des révélations faites par le documentaire "Spécial investigation" diffusé par Canal + lundi 4 mai 2015, l’Observatoire du nucléaire a déposé une plainte en justice contre EDF et son PDG de l’époque Marcel Boiteux, et contre les dirigeants politiques éventuellement complices.

Mme la Procureure de la République de Blois vient de faire savoir que, à la réception de la plainte de l’Observatoire du nucléaire, elle avait ouvert une enquête et saisi à cette effet l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et la santé publique (OCLAESP) ainsi que l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN).

L’Observatoire du nucléaire salue cette décision et attend de cette enquête la mise au jour précise et détaillée des actes gravissimes commis par EDF.

Titré "Nucléaire : la politique du mensonge", le documentaire de Canal + revient sur l’accident nucléaire survenu le 13 mars 1980 à la centrale nucléaire de Saint-Laurent-les-Eaux (Loir-et-Cher). Bien que quasiment occulté à l’époque, l’existence de cet accident était connu, évoqué par exemple dans l’ouvrage "L’Insécurité nucléaire" (2006, Éd. Yves Michel, cf http://tchernobyl.en.france.free.fr).

Mais ce que révèle le documentaire de Canal plus, et qui est d’une incroyable gravité, c’est que les rejets radioactifs qui ont eu lieu (et qui se sont poursuivis pendant des années) n’ont pas eu lieu de façon accidentelle mais de façon délibérée : EDF a décidé de se débarrasser discrètement, dans l’environnement, des matières radioactives concernées par l’accident, à commencer par le plus toxique des éléments, le plutonium.

Le caractère délibéré de ces actes criminels est reconnu par le PDG d’EDF de l’époque, Marcel Boiteux, d’ailleurs toujours Président d’honneur d’EDF à ce jour. Il est très probable que des riverains de la centrale ont développé des cancers sans jamais savoir qu’ils ont été causés par ces rejets volontaires.

Il est important de noter que, même si l’accident a eu lieu en 1980, les rejets opérés par EDF ne sont pas nécessairement prescrits car ils ont eu lieu pendant des années : l’enquête pourra probablement déterminer pendant combien d’années ces rejets ont été opérés, sachant que la prescription court à partir du dernier jour de l’acte délictuel.

De façon plus générale, alors que le parc nucléaire d’EDF s’approche de sa fin de vie, que les révélations se succèdent concernant graves fautes industrielles et financières d’EDF et d’Areva, et dans le contexte de la catastrophe de Fukushima, cette affaire démontre qu’il faut au plus vite mettre un terme à la regrettable aventure nucléaire dans laquelle les dirigeants politiques ont plongé la France.