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Nucléaire : les contrats signés avec la Chine sont-ils vraiment profitables ?

vendredi 5 novembre 2010, par ana duarte

Areva brade littéralement à la Chine des réacteurs EPR et de l’uranium enrichi

Les Chinois peuvent sourire : ils imposent leurs conditions à Mme Lauvergeon (Areva) et M. Sarkozy

A l’occasion de la visite en France du Président chinois Hu Jintao, M. Sarkozy et les dirigeants des multinationales françaises oublient consciencieusement la question des droits de l’Homme au profit des intérêts commerciaux.

Pour autant, il n’est pas inutile de se poser cette question : les contrats signés avec la Chine sont-ils véritablement profitables à l’économie française  ? Cette question est en particulier cruciale concernant l’industrie nucléaire. Commençons par revenir sur le contrat précédent.

En novembre 2007, M. Sarkozy s’est rendu à Pékin et, à cette occasion, a été conclu en "contrat géant" de 8 milliards d’euros, présenté comme une grande réussite pour la France... et son Président. La réalité est bien différente : c’est à perte que deux réacteurs EPR ont été vendus à la Chine, pour 3,6 milliards d’euros les deux alors qu’un seul EPR (comme le montrent les chantiers de Finlande et de Flamanville) coûte au moins 5 milliards !

De plus, pour alimenter ces deux réacteurs, Areva s’est engagé à livrer à CGNPC de l’uranium enrichi jusqu’en 2026, et ce à bas prix : sachant que l’uranium est en train de devenir une ressource de plus en plus recherchée, son prix va monter en flèche dans les années à venir, mais le prix de vente aux Chinois restera le même.

Il est donc avéré que le "contrat du siècle " de novembre 2007 était en réalité une très mauvaise affaire pour la France. Il va inévitablement en être de même pour les contrats signés trois ans plus tard en novembre 2010 :

Un nouveau contrat de fourniture d’uranium enrichi par Areva à la Chine va remplacer celui de 2007 : il s’agit de 20 000 tonnes à fournir sur dix ans. A nouveau, ce contrat est présenté par les autorités françaises comme un succès, mais on ne voit pas pourquoi les Chinois auraient renoncé aux conditions financières extrèmement avantageuses imposées par eux en 2007. [1]

La construction en Chine par Areva d’une usine de retraitement des combustibles nucléaires est aussi évoquée, pour un montant de 15 à 20 milliards d’euros. A nouveau, le passé montre que ce sont les Chinois qui seront gagnant financièrement (les réacteurs EPR et l’uranium enrichi ont été vendus à pertes en 2007) et les français qui assumeront les surcoûts (les déboires du chantier EPR mené par Areva en Finalnde vont se solder par des milliards de surcoût... pour la France et non pour la Finlande.)

Finalement, la seule bonne nouvelle lors de l’actuelle visite de M. Hu Jintao est que le projet de vente de deux autres EPR à la Chine semble enterré. Il est vrai que les Chinois ont eu le temps de constater les lourdes déconvenues des chantiers EPR de Finlande et de Flamanville, et éventuellement du chantier de Taïshan (qui n’a pu être visité par aucun observateur indépendant).

[*En conclusion, il faut se méfier des déclarations triomphales des autorités françaises : les contrats signés lors de la visite de M. Hu Jintao sont assurément profitables, mais pour la Chine et non pour la France...*]


[1Par ailleurs, sachant que l’uranium devient un minerai de plus en plus recherché, et que son exploitation devient très compliquée voire dangereuse (cf l’enlèvement de 7 salariés d’Areva au Niger), il est curieux de voir Areva s’engager à fournir de telles quantités d’uranium enrichi à la Chine. En cas de pénurie d’uranium, il est probable que les Chinois seront prioritaires... et que les réacteurs nucléaires d’EDF resteront à l’arrêt. Ce sera en soi une bonne nouvelle, mais la pénurie d’électricité frappera la France qui a commis l’erreur historique de privilégier le nucléaire à la place de filière assurant l’indépendance énergétique, comme les énergies renouvelables.