Observatoire du nucléaire

— Organisme indépendant de surveillance de l’industrie nucléaire —

Accueil > Revue de Presse > Revue de presse n°8

Publié le 26 juillet 2012

Revue de presse n°8

Semaine du vendredi 20 au jeudi 26 juillet 2012

Vendredi 20 juillet

Émirats : quand « écologie » rime avec esclavage, pétrole, et nucléaire

Méfions nous de ne pas faire d’ethnocentrisme : l’homme occidental n’est pas le seul à avoir le « droit » de polluer, contaminer, irradier, exploiter. Il se trouve que les Émirats arabes unis ont énormément d’argent disponible (ils font partie des principaux vendeurs mondiaux de pétrole et de gaz) et l’ambition d’épater la planète par des réalisations spectaculaires.

A cet effet, des millions de travailleurs immigrés (près de 90% de la population !) sont exploités, maintenus en état de quasi-esclavage. Vous avez peut-être entendu parler de la construction délirante d’iles artificielles pour milliardaires comme les Palmesou The World. Ce dernier projet est à l’abandon, mais les Émirs sont déjà passés à autre chose : quoi de mieux pour le prestige d’un régime féodal qu’une centrale nucléaire ?

Affinant leur vengeance contre l’homme occidental, ancien colonisateur, les Émirats ont choisi la Corée du Sud (en particulier au détriment du français Areva) pour construire 4 réacteurs : s’ils sont réellement édifiés, cela fera près d’un réacteur par million d’habitants, c’est à dire le même ratio que la France.

Bien sûr, l’écologie est convoquée pour « justifier » ce projet : « L’énergie nucléaire constitue l’une des façons dont Abu Dhabi veut démontrer son engagement envers l’environnement, étant donné que les centrales nucléaires émettent quasiment pas d’émissions de CO2 au cours de leur exploitation. » (sic)

Comble de l’hypocrisie, c’est au Emirats que se trouve le siège de l’Agence internationale pour les énergies renouvelables, institution crée grâce au regretté Hermann Scheer (cf. Hommage à Hermann Scheer) qui se retourne assurément dans sa tombe : les promoteurs des énergies polluantes ont réussi à paralyser cette Agence et à fixer son siège aux Emirats arabes unis, royaume de l’esclavage, du pétrole et, peut-être bientôt, du nucléaire.

Samedi 21 juillet

Les ouvriers de Fukushima poussés à sous-déclarer leurs irradiations

L’industrie nucléaire ne sait que contaminer, tricher et mentir. Rien d’étonnant donc à ce que les malheureux qui perdent leur vie à Fukushima soient poussés à minimiser leurs irradiations. Bien sûr, seuls des cadres subalternes seront punis, les grands dirigeants vont jurer qu’ils n’étaient pas au courant, et tout va continuer...

Quand le Sénat rétablit quelques vérités sur l’atome...

Cet article résume bien les points les plus importants mis en lumière par un récent rapport d’une commission du Sénat, rapport dirigé par l’expérimenté sénateur EELV Jean Desessard qui a fait là un excellent travail.

Dimanche 22 juillet

Le Républicain lorrain enfouis les déchets nucléaires... et le journalisme

  • Articles (ou plutôt « publi-reportages ») du Républicain lorrain : 1 et 2

Même en cherchant bien, impossible de trouver la moindre circonstance atténuante pour ces deux « articles » qu’on croirait écrits sous la dictée d’Areva. D’abord, il est affirmé, comme une certitude, que les déchets nucléaire ultimes seront enfouis (à Bure, Meuse), faisant fi des mobilisations citoyennes et de divers autres facteurs (financier, scientifique, etc).

Autre exemple : il est prétendu que 96% des déchets radioactifs sont recyclés, ce qui est une énorme tromperie puisque ce sont à peine 2% qui le sont réellement (cf. Alternatives économiques). L’ensemble est parsemé d’expressions laudatrices (« le géant du nucléaire », « cet immense site ultra-sécurisé », etc), et d’interviews de gens d’Areva sans aucun point de vue alternatif.

Le second « article » fait sans état d’âme la promotion de la véritable corruption légale qui a permis au lobby nucléaire, à coups de milliards, de s’acheter silence et collaboration. Enfin, la résistance associative courageuse et opiniâtre (cf http://www.crilan.fr) est littéralement niée : ce n’est pas le moindre des mensonges de ces deux « publi-reportages » qui enfouissent le journalisme aussi sûrement que les déchets radioactifs.

Lundi 23 juillet

Fukushima : un nouveau rapport accable les responsables... pour mieux réhabiliter l’atome ?

Après le parlement, c’est le gouvernement japonais qui publie son rapport sur Fukushima. Et lui aussi n’a pas de mots assez durs pour les dirigeants de Tepco et les politiques... qui étaient au gouvernement lors du drame :

"Le problème principal provient du fait que les compagnies d’électricité, dont Tepco, et le gouvernement n’ont pas perçu la réalité du danger, car ils croyaient au mythe de la sécurité nucléaire au nom duquel un accident grave ne peut se produire dans notre pays"

Il n’est pas très difficile de lire entre les lignes que, avec de nouveaux dirigeants de Tepco (compétents cette fois) et surtout avec le nouveau gouvernement, tout ira pour le mieux et le nucléaire sera « sûr »...

Mardi 24 juillet

De Tchernobyl à Fukushima : écouter Michel Fernex...

Bravo à l’Alsace qui donne la parole à un homme droit et courageux qui, de longue date, tente de faire connaître la vérité sur les conséquences sanitaires des catastrophes nucléaires, à commencer par celle de Tchernobyl. Alors que la population est trompée par la mise en exergue massive d’imposteurs comme le regrettable Arthus-Bertrand, il serait tellement plus justifié de laisser parler des gens comme le Pr Michel Fernex. Bravo encore à l’Alsace pour cette contribution à l’émergence de la vérité...

Après Fukushima, le Japon mise sur le renouvelable (?)

Le développement des énergies renouvelables (couplé aux économies d’énergie) n’a de sens qu’avec l’abandon du nucléaire : à quoi bon avoir des éoliennes entre les réacteurs atomiques ? Alors, on veut bien croire aux belles perspectives évoquées dans cet article, mais il va falloir que la population (très majoritairement antinucléaire) trouve un moyen d’imposer ses vues à ses « élites »...

Nucléaire : une élection test au Japon

Selon un vieil adage, « si les élection pouvaient changer les choses, elles seraient interdites ». Cette sentence va être mise à l’épreuve dimanche au Japon, lors du vote pour le gouverneur de la préfecture de Yamaguchi, un bastion conservateur.
Si le candidat antinucléaire gagne, ou même se contente d’un bon score, cela pourrait sonner le glas du « retour du nucléaire » voulu par les partis dominants. A suivre...

Mercredi 25 juillet

Uranium olympique : l’évènement littéraire de l’été

Voici probablement un des meilleurs romans de l’été, du moins parmi ceux publiés le 25 juillet vers 10 heures. Aux dernières nouvelles, l’auteur serait favori pour l’attribution du Prix Goncourt de circonstances et du Prix Nobel centrales...

Nucléaire : courage fuyons !

Olivier Cabanel fait un nouveau (et excellent) point de la situation à Fukushima et ailleurs sur la « planète atomique ».

Des centrales nucléaires au Cambodge... dans un siècle ?

Vous l’attendiez, le voici : chaque semaine, un homme « important » (ministre, PDG, etc) annonce avec fracas que son pays « va construire des centrales nucléaires ». Aujourd’hui, c’est le tour du Cambodge, ou du moins de son ministre de l’Industrie, des Mines et de l’Energie.

La « justification » première du projet est saisissante : la Thaïlande et le Vietnam veulent aussi leurs centrales (probablement elles-mêmes « justifiées » par... le projet nucléaire du Cambodge, etc). Une fois n’est pas coutume, on note que les représentants du secteur privé ne sont pas très chauds pour ce projet qu’ils trouvent à raison... « très dangereux ».

Enfin, l’article nous signale qu’il faut « au moins un siècle pour faire aboutir un projet nucléaire », délais certainement calculé... sur le rythme de construction des EPR français. Espérons pour la population locale que ses « élites » ont prévu autre chose pour produire de l’électricité...

L’histoire du train nucléaire fantôme

Le groupe de bureaucrates bunkérisé au siège du Réseau Sortir du nucléaire (à ne pas confondre avec les groupes et collectifs locaux, adhérents ou non de ce Réseau, et qui militent réellement contre le nucléaire) s’est ridiculisé en annonçant des horaires faux pour un train de déchets nucléaires italiens se rendant à La Hague.

Dans le reportage de France-info, on entendra avec affliction un « administrateur » de ce Réseau se plaindre de ce qu’il n’a jamais pu se déclarer mis en danger par ce train... car il ne l’a jamais trouvé. Il est vrai que ce triste individu s’est montré plus « compétent » pour participer à l’éviction de vrais militants (cf http://reseau.democratie.free.fr), mais il pourra néanmoins apprendre à trouver les trains nucléaires en regardant ici : Blocage d’un train de déchets radioactifs en gare Saint-Jean au coeur de Bordeaux

On lira avec intérêt un bon communiqué sur ce train de déchets nucléaires italiens sur le site du Crilan .

Nucléaire : "Tous les emplois de la filière seront maintenus"

S’il fallait une preuve supplémentaire de ce que l’actuel gouvernement est aussi pronucléaire que le précédent, la voici : des cohortes entières de salariés du nucléaire vont partir à la retraite dans les années à venir, c’est donc une excellente « fenêtre de tir » pour réduire le nombre d’emplois dans le nucléaire sans licencier personne.

Le prétexte des emplois maintenus « pour le démantèlement des centrales » est d’autant plus ridicule que ce même gouvernement assure ne fermer que deux réacteurs (sur 58) d’ici 2017 et n’a annoncé aucune autre fermeture pour un éventuel quinquennat 2017-2022.

La prétendue « transition énergétique » promue par le gouvernement actuel risque bien de ressembler à une transition... du nucléaire à l’atome, à moins que ce ne soit l’inverse.

Le réacteur 2 du Bugey autorisé à fonctionner 10 ans de plus !

Voici une information qui tombe (hélas) à pic pour confirmer les commentaires du paragraphe précédent. Notons pour commencer que ce réacteur a déjà redémarré depuis près de deux ans ! En effet, sa troisième sa visite décennale, laquelle avait déjà deux ans de retard, s’est terminée en décembre 2010 : mis en service en 1978, ce réacteur a déjà 34 ans, et il en aura 42 à la fin de cette nouvelle autorisation.

D’autre part, il faut savoir que la centrale du Bugey est pratiquement identique à celle de Fessenheim, elles ont en particulier un radier (la dalle de béton sur laquelle est posée la centrale) moins épais que ceux des autres centrales. Alors, pourquoi arrêter Fessenheim en 2017 et pas Bugey (qui n’a qu’un an de moins) ?

Autre point crucial, l’Autorité de sûreté reconnaît elle-même que « le retour d’expérience approfondi de l’accident de Fukushima Daiichi pourra prendre une dizaine d’années ». En clair, le temps que nos « spécialistes » du nucléaire comprennent ce qui s’est passé à Fukushima, le Bugey aura déjà atteint la fin de sa nouvelle autorisation. Nul doute qu’EDF déposera alors une nouvelle demande... si la centrale n’a pas explosé d’ici là.

Il déclenche un incendie dans un sous-marin nucléaire pour partir plus tôt de son travail

Un seul enseignement de cet article, qui n’est qu’un rappel : l’être humain est bien trop faillible pour exploiter des installations nucléaires, qu’elles soient "civiles" ou militaires. Il y a toujours un moment où quelque chose déraille...

Graves infractions dans les centrales nucléaires EDF

L’Autorité de sûreté (ASN) a pointé "des dépassements parfois importants du temps de travail et des durées de repos insuffisantes" et "l’absence de système de contrôle fiable des horaires de travail et du temps de repos chez EDF" !!! Les inspecteurs ont verbalisé plusieurs dépassements et dissimulations d’horaires et des "falsifications"...

On pourra toujours trouver « rassurant » que l’ASN s’aperçoive de ces graves dérapages, mais en réalité il est gravissime que ces pratiques aient pu s’installer. Cela démontre en réalité la faillite de l’ASN (et bien sûr l’irresponsabilité totale des dirigeants d’EDF en France, comme ceux de Tepco au Japon, etc).

L’ASN fait l’analogie avec l’explosion de la navette Challenger en 1986 : c’est gentil de nous prévenir, mais il serait plus utile de faire acte de courage et de fermer les centrales avant qu’il ne soit trop tard.

Jeudi 26 juillet

Réécriture de l’Histoire par Le Progrès

Cet article ridicule reprend la thématique sarkozyste (et absurde) de la France « championne du monde du nucléaire » (elle est aussi « championne » de l’amiante, des pesticides, etc).

Mais le plus grave est l’ « oubli » sidérant de la principale explication de l’installation massive du nucléaire en France : la répression par les compagnies de CRS et de gendarmes mobiles ! Partout en France des manifestations populaires massives ont été réprimées à grands renforts de matraques et de gaz lacrymogènes.

L’article accrédite au passage les mensonges habituels du lobby de l’atome (énergie « peu chère », qui n’émet « pas de gaz à effet de serre », qui crée des emplois « nombreux », etc). Affligeant.

Propagande et méthode Coué au service de l’atome

Nous terminons cette semaine en beauté avec un magnifique exemple de méthode Coué et de désinformation pronucléaire, par l’intermédiaire d’un rapport conjoint sur le marché de l’uranium rédigé par l’Agence de l’OCDE pour l’énergie nucléaire (AEN) et l’Agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA).

Tout en prenant soin de reconnaître que ces deux organismes « ont pour objet de promouvoir l’usage du nucléaire », mais en rajoutant néanmoins « à des fins pacifiques » (ce qui relève de la propagande), l’AFP reprend telles quelles les thèses de ces lobbyistes de l’atome.

Ainsi, il paraît que le parc nucléaire mondial va augmenter d’ici 2035, et dans des proportions gigantesques allant de +44% à +99% (on remarque sans peine la vieille tactique boutiquière qui consiste à vendre un objet à 9 euros 99 pour faire croire que ça ne coûte pas 10 euros).

Cela signifie de 200 à 400 nouveaux réacteurs construits en 23 ans, il n’y a que l’AFP pour croire à de telles sornettes. La dépêche oublie de rappeler que la part du nucléaire dans l’électricité mondiale est passée de 17% en 2001 à 11% de nos jours, et que la production nucléaire nette est en déclin depuis 2006.

Si le lobby nucléaire parvient seulement à remplacer les très nombreux réacteurs qui vont fermer dans les 20 ans, il pourra s’estimer très heureux (et la planète très malheureuse). Il est plus probable que la production nucléaire continue à diminuer de façon inéluctable, tandis que la propagande pro-atome reste d’une grande stabilité à un niveau très élevé !

A la semaine prochaine...

Soutenez l'Observatoire du Nucléaire