Observatoire du nucléaire

Organisme indépendant de surveillance de l’industrie nucléaire

Revue de presse n°48

2 mai 2013 · ana duarte

Vendredi 26 avril 2013

**Tchernobyl + 27 ans : la catastrophe continue…

Nous voi­là donc 27 ans après le début de ce désastre, lequel va conti­nuer pen­dant des siècles et pré­fi­gure le même drame sans fin au Japon avec Fukushima. Le plus hor­rible est que des enfants, nés dix, quinze ou vingt ans après le 26 avril 1986, rejoignent aujourd’hui l’innombrable cohorte des vic­times, recon­nues ou, plus sou­vent, niées par les auto­ri­tés poli­tiques et le lob­by nucléaire.

Samedi 27 avril

**Des travailleurs « low-cost » sur le chantier de l’EPR

Sur le chan­tier de l’EPR de Flamanville (Manche), Bouygues exploite des tra­vailleurs polo­nais recru­tés par une agence d’intérim irlan­daise basée à Chypre ! Ce sujet a déjà été trai­té en 2011 par l’excellent Bastamag, mais aus­si par France-Soir, mais cette piqure de rap­pel est la bien­ve­nue pour illus­trer ce qu’est le nucléaire hexa­go­nal dans toute sa splendeur.

Dimanche 28 avril

**Rejets radioactifs accidentels et opacité dans une centrale aux USA

La cen­trale nucléaire de La Salle (Illinois) a été tou­chée par la foudre, évé­ne­ment qui est théo­ri­que­ment pré­vu par la « sûre­té nucléaire ». Mais, comme par hasard, rien ne s’est pas­sé comme envi­sa­gé, une situa­tion dan­ge­reuse a eu lieu avec des rejets radio­ac­tifs. L’opérateur Exelon a bien enten­du essayé de cacher dans un pre­mier temps cet évé­ne­ment, avant d’en mini­mi­ser le dérou­le­ment et les consé­quences. L’autorité de sûre­té des USA, la NRC, annonce une enquête « spé­ciale ». D’expérience, en espé­rant tou­te­fois nous trom­per, cette qua­li­fi­ca­tion de « spé­ciale » nous fait craindre le pire… pour la véri­té. A suivre…

Lundi 29 avril

**Avec le nucléaire, on l’a dans… le cou !

Loin de nous l’idée de mini­mi­ser la situa­tion de ce sala­rié qui s’est retrou­vé avec une pous­sière radio­ac­tive dans le cou. Mais c’est l’occasion de rap­pe­ler que, dans les mines d’uranium, dans les cen­trales et autres ins­tal­la­tions nucléaires, d’innombrables tra­vailleurs de l’atome sont contaminés.

Et, bien pire que dans le cou, ils se retrouvent sou­vent avec des pous­sières radio­ac­tives dans les pou­mons (après inha­la­tion), ce qui les mène tout droit à un can­cer cinq, dix, quinze ou vingt ans plus tard. Et ils s’entendent dire : « vous pré­ten­dez que vous avez ce can­cer à cause du nucléaire ? Eh bien prouvez-le ! ». L’industrie nucléaire est bien une orga­ni­sa­tion cri­mi­nelle, une des pires cala­mi­tés de tous les temps…

**Fessenheim : après l’IRSN, l’ASN défie Hollande (qui se tait)

Après l’Institut de radio­pro­tec­tion et de sûre­té nucléaire (IRSN, cf revue de presse de la semaine der­nière), c’est l’Autorité de sûre­té nucléaire (ASN) qui défie M. Hollande et sa pro­messe de fer­mer Fessenheim « fin 2016 ». En effet, l’ASN auto­rise EDF à faire fonc­tion­ner le réac­teur 2 de cette cen­trale jusqu’en… 2022 !
Mieux (si l’on peut dire) : cette auto­ri­sa­tion ne sera effec­tive que si EDF met en ouvre des tra­vaux coû­teux, en par­ti­cu­lier l’épaississement du radier (la dalle de béton sur laquelle est posée la cen­trale). EDF va donc se faire un plai­sir de réa­li­ser ces tra­vaux « exi­gés par l’ASN » et dira ensuite : « on ne va pas fer­mer ces réac­teurs après les avoir rénovés » !
C’est cou­su de fil blanc (et radio­ac­tif), mais la pro­messe bidon de fer­mer Fessenheim est le ciment de l’accord poli­ti­cien entre EELV et le PS, alors les « élites éco­lo­gistes » font encore sem­blant d’y croire : l’essentiel est bien de res­ter ministre, dépu­té, séna­teur, conseiller régio­nal, non ?

Mardi 30 avril

**Précarité énergétique : le coût de l’électricité en Europe

Probablement le meilleur article de la semaine puisqu’on y trouve… le point de vue de l’Observatoire du nucléaire ! Il devient si rare de voir des articles trai­tant du nucléaire et qui ne donnent pas seule­ment la parole aux auto­ri­tés ou aux indus­triels… Bravo Euronews !

**Fukushima, gouffre financier : pas de panique, l’argent public est là !

Avant la catas­trophe de Fukushima, l’opérateur Tepco était pri­vé et dis­tri­buait géné­reu­se­ment des divi­dendes à ses action­naires. Depuis, Tepco a été natio­na­li­sé et c’est l’argent public qui couvre les coûts gigan­tesques induits par la catas­trophe… et ce n’est qu’un début.

Le plus éton­nant est que les Japonais ne cap­turent pas ces fameux action­naires, mais aus­si les diri­geants indus­triels et poli­tiques, pour les décou­per en petits mor­ceaux à coups de sabres (puisqu’ils n’ont pas la digni­té de se faire eux-mêmes hara-kiri : tout se perd !)

**Déchets nucléaires : une accumulation exponentielle…

Connaissez-vous « L’Autorité envi­ron­ne­men­tale (Ae) du Conseil géné­ral de l’environnement et du déve­lop­pe­ment durable (CGEDD) du minis­tère de l’Ecologie » ? Bigre, pas facile de s’y retrouver.

Le « Ministère de l’écologie » était autre­fois un lieu de résis­tance où l’on ten­tait de s’opposer aux mul­ti­na­tio­nales pol­luantes. Aujourd’hui, c’est le Ministère « de l’écologie, du déve­lop­pe­ment durable, et de l’énergie », et c’est car­ré­ment lui qui fait pro­mo­tion de la pol­lu­tion (en par­ti­cu­lier par le nucléaire)… tout en fai­sant mine de pro­té­ger l’environnement !

Toujours est-il que l’on trouve dans ce minis­tère une « Autorité envi­ron­ne­men­tale » (AE) qui « donne des avis sur les éva­lua­tions des impacts des grands pro­jets et pro­grammes sur l’environnement et sur les mesures de ges­tion visant à évi­ter, atté­nuer ou com­pen­ser ces impacts ». Les membres de cette AE sont loin d’être des acti­vistes de la lutte envi­ron­ne­men­tale car nom­més par l’Etat.

Ceci dit, on apprend que « L’AE s’inquiète du dimen­sion­ne­ment du centre d’entreposage de déchets radio­ac­tifs du Bugey, compte tenu d’incertitudes concer­nant le pro­gramme de déman­tè­le­ment d’EDF et du der­nier inven­taire des déchets radio­ac­tifs réa­li­sé par l’Andra. »

En effet, le pro­duit du déman­tè­le­ment de 8 réac­teurs dits « de pre­mière géné­ra­tion » (arrê­tés depuis long­temps), ain­si que de Superphénix, doivent être entre­po­sés « pro­vi­soi­re­ment » dans une ins­tal­la­tion (nom­mée Iceda) pré­vue dans le site de la cen­trale nucléaire du Bugey (Ain).

Mais les pro­blèmes s’accumulent… ain­si que les déchets. La construc­tion d’Iceda est sans cesse repor­tée, et la quan­ti­té de déchets concer­nés régu­liè­re­ment rééva­luée à la hausse. Finalement, c’était plus simple quand le lob­by nucléaire jetait ses déchets dans les océans !!

**Les centrales nucléaires à la campagne et l’argent pour EDF

Nous avons déjà évo­qué la trom­pe­rie his­to­rique des par­ti­sans de l’atome qui pré­tendent pro­duire 45% de l’énergie consom­mée en France. En réa­li­té, ils uti­lisent un arti­fice (la comp­ta­bi­li­sa­tion en éner­gie dite « pri­maire ») qui per­met de comp­ter dans la part du nucléaire toute la cha­leur per­due dans la nature.

Or, ce sont pra­ti­que­ment les trois-quarts de l’énergie nucléaire qui s’échappent ain­si. Résultat, mal­gré 58 réac­teurs, le nucléaire ne couvre en réa­li­té que 15% de la consom­ma­tion fran­çaise d’énergie. Et à peine 2% de la consom­ma­tion mon­diale d’énergie : une part infime (dont on pour­rait donc faci­le­ment se pas­ser) et… inver­se­ment pro­por­tion­nelle au dan­ger du nucléaire.

Confronté à la décon­fi­ture de sa chère (ie : rui­neuse) éner­gie nucléaire, pas­sée en quelques années de 17% à 9% de l’électricité mon­diale, et défi­ni­ti­ve­ment décon­si­dé­rée par le drame de Fukushima, le Commissariat à l’énergie ato­mique (CEA) pré­tend que la France pour­rait se chauf­fer rien qu’avec la cha­leur des cen­trales nucléaires… à condi­tion de la récupérer.

Mais aus­si à condi­tion de la trans­por­ter sur des dizaines voire des cen­taines de kilo­mètres, vers les grandes agglo­mé­ra­tions car, voyez-vous, les cen­trales ont été construites à la cam­pagne : c’est là qu’il y avait le moins de monde pour mani­fes­ter contre la construc­tion de ces véri­tables bombes.

De tout façon, on note que les diri­geants d’EDF ne sont pas du tout « chauds » à l’idée de récu­pé­rer la cha­leur de leurs cen­trales : cela ferait concur­rence au lucra­tif busi­ness que consti­tue le chauf­fage électrique.

Et tant pis pour les mil­liers de ménages rui­nés par ce mode de chauf­fage et condam­nés à la pré­ca­ri­té éner­gé­tique. C’est encore une preuve que EDF n’est plus un ser­vice public mais bien une mafia ato­mique, d’ailleurs diri­gée par l’utra-libéral Proglio (sar­ko­zyste… mais lais­sé en poste par Hollande, cqfd).

Jeudi 2 mai

**Nucléaire : la Turquie veut un nouveau génocide… par le rire !

Attention, tenez-vous bien : « Les auto­ri­tés turques auraient déci­dé de faire confiance au savoir-faire des Japonais en terme de résis­tance au trem­ble­ment de terre et à la tech­no­lo­gie du fran­çais Areva. »

Le « savoir faire » des Japonais « en terme de résis­tance au trem­ble­ment de terre » : comme à Kashiwasaki (juillet 2007) puis à Fukushima : quelle blague ! Et « la tech­no­lo­gie du fran­çais Areva »… si bien mise en appli­ca­tion avec l’EPR de Finlande qui devait fonc­tion­ner en 2009 et coû­ter 3 mil­liards : le réac­teur n’est tou­jours pas fini et la fac­ture a triplé !

De toute évi­dence, pour fêter le cen­te­naire du géno­cide armé­nien, les diri­geants turcs ont déci­dé de faire un nou­veau géno­cide en fai­sant mou­rir des mil­lions de gens… de rire ! Il est vrai que c’est plus agréable que d’être décou­pé en tranches…

Même si ce sont prin­ci­pa­le­ment les Japonais qui ont été sélec­tion­nés, Areva pour­rait par­ti­ci­per à cette immense plai­san­te­rie, à condi­tion tou­te­fois que le auto­ri­tés fran­çaises ne pro­noncent jamais le mot « géno­cide » alors que l’on approche du cen­te­naire du géno­cide armé­nien (1915-2015).

Nous n’aimons pas le nucléaire, mais ça nous gène-aussi-de faire du révi­sion­nisme. Heureusement, comme évo­qué à plu­sieurs reprises (revues de presse 18, 31, 40, 44 et 46), la Turquie annonce depuis plus de 40 ans qu’elle va faire des cen­trales nucléaires, et les pro­jets sont sys­té­ma­ti­que­ment reportés.
Pas de quoi rete­nir l’AFP et Le Monde (entre autres) pour qui la construc­tion de ces réac­teurs est abso­lu­ment cer­taine (!), de même que les 375 843 autres réac­teurs dont ces médias ont annon­cé avec tam­bours et trom­pettes la construc­tion « cer­taine », les annu­la­tions ayant au mieux droit à un infime encart quelques mois ou années plus tard…