Observatoire du nucléaire

Organisme indépendant de surveillance de l’industrie nucléaire

Uranium : défaite majeure d’Areva en Australie

18 février 2013 · Stéphane Lhomme

Illustration non retrou­vée dans les archives — Jeffrey Lee

Le 7 février 2013, une loi aus­tra­lienne a inté­gré la zone du Koongarra dans le parc natio­nal du Kakadu, lui-même clas­sé au patri­moine mon­dial de l’Unesco. Cette déci­sion condamne défi­ni­ti­ve­ment les pro­jets d’Areva d’ouvrir à Koongara une gigan­tesque mine d’uranium qui aurait cau­sé des dom­mages effroyables et irré­ver­sibles à l’environnement et mis en cause la san­té des êtres vivants.

Le mérite de cette vic­toire revient en grande par­tie à un homme admi­rable, le der­nier pro­prié­taire tra­di­tion­nel (Aborigène) de la région, Jeffrey Lee, qui aurait à ce titre pu deve­nir l’homme le plus riche d’Australie en accep­tant les mil­lions de dol­lars pro­po­sés Areva. Notons que cette der­nière aurait alors engran­gé des mil­liards, et non des mil­lions, en cas d’ouverture de la mine.

Il est légi­time d’estimer que ces offres d’Areva rele­vaient de la cor­rup­tion, pas néces­sai­re­ment sur le plan juri­dique mais assu­ré­ment sur le plan moral. C’est jus­te­ment au nom de la morale, de la droi­ture, du res­pect des géné­ra­tions pas­sées et futures, et de la pro­tec­tion de l’environnement, que Jeffrey Lee a mené une longue résis­tance et obte­nu fina­le­ment une pro­di­gieuse victoire.

Et ce mal­gré les pres­sions inces­santes du lob­by de l’atome et les manoeuvres d’Areva qui, fidèle à ses méthodes, a ten­té par tous les moyens d’empêcher Jeffrey Lee de sau­ver sa terre ances­trale. Par exemple, en juin 2011, alors qu’une délé­ga­tion aus­tra­lienne était reçue au siège de l’Unesco à Paris pour faire ins­crire la région de Koongarra au Patrimoine Mondial, Areva s’est acti­vée en cou­lisse pour ten­ter de faire échouer le pro­ces­sus.

Pour mémoire, Anne Lauvergeon était alors encore à la tête d’Areva, ce qui en dit long sur les méthodes de cette dame, et illustre bien l’indécence du titre de son récent livre « La femme qui résiste » : loin d’être une résis­tante, elle fait au contraire par­tie d’un puis­sant lob­by, celui de l’atome, qui tente de s’imposer par les méthodes les plus indé­centes. On s’étonnera d’ailleurs de la sur­pre­nante impu­ni­té dont elle béné­fi­cie alors que de lourds soup­çons pèsent sur elle par exemple dans l’affaire Uramin.

L’exemple de Jeffrey Lee donne du cou­rage à tous les citoyens qui s’engagent contre les grands pro­jets indus­triels pol­luants, contre l’arbitraire, pour la soli­da­ri­té, la démo­cra­tie et l’environnement.