Observatoire du nucléaire

Organisme indépendant de surveillance de l’industrie nucléaire

Revue de presse n°26

29 novembre 2012 · ana duarte

Prélude :

A ne pas man­quer : same­di 1 décembre à 22h30 sur France 3

Film « QUI SÈME LE VENT » : un kid­nap­ping au Niger, le désert et ses mines d’uranium, l’Élysée et l’Afrique.…un film qui inter­roge la rai­son d’Etat, mais per­met aus­si d’élargir les réflexions actuelles sur le nucléaire à tra­vers les enjeux éco­no­miques, poli­tiques, envi­ron­ne­men­taux et sani­taires de l’extraction de l’uranium. Ce thril­ler poli­tique est certes une fic­tion, mais le scé­na­rio est fon­dé sur des constats effec­tués par le labo­ra­toire de la CRIIRAD et sur les enlè­ve­ments de sala­riés d’Areva au Niger…

Vendredi 23 novembre

**Grande-Bretagne : des subventions pour rendre le nucléaire « rentable » !

Le Figaro est d’habitude favo­rable au libé­ra­lisme éco­no­mique, ce qui consiste en résu­mé à lais­ser faire et à voir à la fin qui gagne (la fameuse « concur­rence libre et non faus­sée »). Idem concer­nant le gou­ver­ne­ment britannique.

Mais l’un et l’autre sont prêts à renier leur idéo­lo­gie… dès qu’il s’agit de nucléaire ! Car alors là, l’argent public est bien­ve­nu pour rendre arti­fi­ciel­le­ment ren­table cette éner­gie lour­de­ment défi­ci­taire. Et lorsque l’argent public ne peut être direc­te­ment ver­sé, alors des stra­té­gies sont mises au point pour faire payer le public.

On ne s’étonnera donc pas que Le Figaro se féli­cite de voir Londres pré­pa­rer une loi per­met­tant de ver­ser à EDF-energy des mil­liards pour construire des réac­teurs nucléaires. Pour faire bonne mesure, il y aura en sus des garan­ties : si EDF-energy par­vient quand même à perdre de l’argent (ils en sont capables !), alors les usa­gers rem­bour­se­ront ces pertes.

On entend déjà les nucléo­crates s’écrier « Vous voyez, nous vous l’avions bien dit, le nucléaire est ren­table ». Cependant, l’expérience et des faits (comme le for­fait de Centrica, voir revue de presse de la semaine der­nière) per­mettent rai­son­na­ble­ment de conti­nuer à dou­ter de la construc­tion des réac­teurs annon­cés. A suivre…

Samedi 24 novembre

**Fukushima : conférence internationale sur la sûreté nucléaire à la mi-décembre

Les pro­mo­teurs de l’atome ont l’habitude de se féli­ci­ter à chaque acci­dent ou catas­trophe : « Nous allons en tirer tous les ensei­gne­ments et ensuite, vous pou­vez nous croire, les cen­trales seront encore plus sûres ». C’est dans cette optique qu’une Conférence inter­na­tio­nale sur la sûre­té nucléaire aura lieu à la mi-décembre à Fukushima. Objectif annon­cé : « Renforcer la sécu­ri­té des popu­la­tions et accroître la riposte aux acci­dents nucléaires et situa­tions d’urgence. »

Pour ren­for­cer la sécu­ri­té des popu­la­tions, la réponse est toute trou­vée : tous les réac­teurs nip­pons ont été mis à l’arrêt en quelques mois à la suite de la catas­trophe. Hélas, deux d’entre eux ont été remis en ser­vice, ce qui a pour effet de réduire la « sécu­ri­té des popu­la­tions. » Par contre, que signi­fie « Riposter aux acci­dents nucléaires » ? Bombarder une cen­trale acci­den­tée ? Ou au contraire atta­quer une cen­trale d’un autre pays pour ne pas être seul à subir une catas­trophe nucléaire ? Mystère. Rendez-vous à la mi-décembre pour savoir…

Dimanche 25 novembre

**Chine : l’éolien dépasse le nucléaire !

La Chine est pré­sen­tée comme le seul pays à avoir encore des pro­jets nucléaires consé­quents. Il est ques­tion de plu­sieurs dizaines de nou­veaux réac­teurs. On ver­ra bien s’ils sont vrai­ment construits. En atten­dant, alors que les chi­nois se sont lan­cés dans le nucléaire depuis les années 80, il a suf­fi de quelques années pour que cette éner­gie si « puis­sante » soit dépas­sée… par les éoliennes. Les pro­nu­cléaires ont l’habitude de railler les éner­gies renou­ve­lables avec des remarques aus­si « lumi­neuses » que : « On ne peut pas faire avan­cer des trains avec des éoliennes ! ». Non seule­ment on peut, mais on peut aus­si faire taire (un peu) ces pro­nu­cléaires. Ça repose.

Lundi 26 novembre

**L’AFP diffuse quelques vérités sur l’énergie en France

A l’approche du pré­ten­du Débat sur l’énergie, une bonne dépêche AFP qui rap­pelle par exemple que « Les éner­gies fos­siles (pétrole, gaz, char­bon) repré­sentent les deux-tiers de la consom­ma­tion finale d’énergie en France : 42,8% pour le pétrole, 20,5% pour le gaz natu­rel et 3,6% pour le char­bon. » Eh oui : au pays de l’atome, près de 70% de la consom­ma­tion d’énergie sont cou­verts par les éner­gies dites « carbonées ».

C’est l’échec total de l’option nucléaire qui devait pro­té­ger la France de la mon­tée du prix du pétrole et du gaz et don­ner au pays une pré­cieuse « indé­pen­dance éner­gé­tique ». A l’arrivée, la France est confron­tée aux pro­blèmes des éner­gies car­bo­nées… et aux pro­blèmes du nucléaire, et elle importe la quasi-totalité du com­bus­tible (pétrole, gaz, char­bon… et ura­nium) : quelle réussite !

**Japon : électricité tout juste suffisante à Tokyo lundi, prévient Tepco

La situa­tion au Japon illustre ce qui peut se pas­ser lorsqu’un pays fait l’erreur gigan­tesque de se construire un parc nucléaire : « La baisse de tem­pé­ra­ture en cette fin du mois de novembre entraîne une impor­tante consom­ma­tion d’électricité qui force les com­pa­gnies nip­pones à doper leurs ins­tal­la­tions ther­miques pour pal­lier l’absence de pro­duc­tion nucléaire. »

Et encore, le Japon avait gar­dé de nom­breuses cen­trales ther­miques en état de marche, pres­sen­tant peut-être intui­ti­ve­ment qu’elles pour­raient être encore utiles. On se demande par contre com­ment la France (et ses mil­lions de chauf­fages élec­triques) se chauf­fe­ra quand elle devra arrê­ter en urgence ses réac­teurs nucléaires…

**Areva : la tension monte autour de l’accord nucléaire avec EDF et la Chine

Suite du feuille­ton (cf revue de presse n°13) sur le nou­veau désastre qui va frap­per l’industrie nucléaire fran­çaise. Essayons de résu­mer cette affaire complexe :

1) EDF et Areva rêvent de fabri­quer des réac­teurs nucléaires 2) Personne ne veut de leur pauvre réac­teur EPR 3) Alors il est ques­tion de fabri­quer un nou­veau modèle 4) Mais Areva a déjà lan­cé un pro­jet de réac­teur (nom­mé Atmea) depuis 2006 avec le japo­nais Mitsubishi 5) Areva et EDF étant inca­pables et rui­nés, ils demandent l’aide de l’entreprise chi­noise CGNPC 6) Areva veut que cette coopé­ra­tion parte du pro­jet Atmea 7) EDF (pour embê­ter Areva) et CGNPC (pour embê­ter Mitsubishi) ne veulent pas de l’Atmea 8) EDF et Areva sont cen­sés par­ler d’une même voix (c’est d’ailleurs pour ça que Mme Lauvergeon a été débarquée)…

On attend avec impa­tience la suite, EDF et Areva devraient nous offrir un feuille­ton aus­si crous­tillant que celui de MM Copé et Fillon. C’est dire.

**Grossière propagande pronucléaire à la veille du « débat sur l’énergie »

KPMG est un énorme groupe de « ser­vices plu­ri­dis­ci­pli­naires » (audit, exper­tise comp­table, conseil, droit et fis­ca­li­té), l’Institut Choiseul un « groupe de réflexion » (Think tank). C’est pro­ba­ble­ment « par hasard » que ces deux struc­tures ont publié, juste avant le « Débat sur l’énergie », un sup­po­sé « Baromètre mon­dial de la com­pé­ti­ti­vi­té éner­gé­tique des Etats ».

Baromètre bidon pour débat tout aus­si bidon, mais une belle oppor­tu­ni­té pour dif­fé­rents médias, Le Figaro et TF1 en par­ti­cu­lier, de faire une pro­mo­tion gros­sière de l’atome fran­çais. Le des­sous de la mani­pu­la­tion est sai­sis­sant : « Nous avons consi­dé­ré l’existence et la taille d’un parc nucléaire dans un pays comme un apport posi­tif à la sécu­ri­té d’approvisionnement », a jus­ti­fié Wilfrid Lauriano do Rego, res­pon­sable éner­gie chez KPMG, qui ajoute que « le nucléaire n’a pas été envi­sa­gé dans cette caté­go­rie du point de vue envi­ron­ne­men­tal ». C’est sûr que, en fai­sant comme ça…

Or, le Japon (avec Fukushima), la Corée du Sud (cf revue de presse n°23) ou la Belgique (cuves fis­su­rées, cf revues de presse n° 10, 11 et 23), entre autres, démontrent actuel­le­ment que le fait de dis­po­ser d’un parc nucléaire est un grave pro­blème pour la sécu­ri­té éner­gé­tique. Et lorsqu’on veut bien « envi­sa­ger le nucléaire du point de vue envi­ron­ne­men­tal », cette éner­gie perd alors la qua­si tota­li­té de ses pré­ten­dues « qualités »…

Mardi 27 novembre

**Chauffage : les ménages au gaz et au fioul paient pour ceux qui sont à l’électrique !

Voilà de quoi être éner­vé : l’UFC révèle que les par­ti­cu­liers qui ne se chauffent pas à l’électricité paient une par­tie non négli­geable de la fac­tures de ceux qui uti­lisent des convec­teurs ! Et ce petit manège dure depuis des décen­nies. C’est donc une des plus « belles » per­fi­dies du lob­by de l’atome : pour faire aimer le nucléaire, il faut que l’on puisse se chauf­fer à moindre coût avec de l’électricité. Et pour se faire, il suf­fit de faire payer ceux qui se chauffent autre­ment. Simple comme bonjour.

Mais voi­là : « Avec la loi Nome (Nouvelle orga­ni­sa­tion des mar­chés de l’électricité) impo­sée par Bruxelles, les usa­gers vont devoir payer en fonc­tion de leur usage réel. Les 8,2 mil­lions de foyers fran­çais qui sont au chauf­fage élec­trique vont devoir régler des fac­tures de 12% supé­rieures à celles des autres ménages ». Pour une fois, on appré­cie­ra la « concur­rence libre et non faussée ».

Qui plus est, du fait des lourdes réno­va­tions pré­vues dans les cen­trales nucléaires, le prix de l’électricité devrait bon­dir de 50%. Se chauf­fer va être de plus en plus cher, mais se chauf­fer à l’électricité va deve­nir un luxe. La pré­ca­ri­té éner­gé­tique a donc de beaux jours devant elle : au pays de l’atome, des mil­lions de foyers sont déjà sur­en­det­tés ou vivent dans le froid, à cause du chauf­fage électrique.

**Le Monde : hagiographie d’un patron radioactif

On se demande bien pour­quoi Le Monde a jugé utile de faire une gros­sière pro­mo­tion du patron de EDF-Energy et de son obses­sion : construire des réac­teurs nucléaires en Grande-Bretagne. Le dénom­mé Vincent de Rivaz, qui manoeuvre dans les cou­loirs du pou­voir bri­tan­nique pour faire payer « ses » réac­teurs par les usa­gers (et prin­ci­pa­le­ment par les plus pauvres), est car­ré­ment pré­sen­té comme un « amou­reux de la nature » qui « passe ses week-ends à cir­cu­ler à vélo dans la cam­pagne anglaise ». Ben voyons.

Mercredi 28 novembre

**Une centrale nucléaire espagnole perd 233 sources radioactives !

L’autorité espa­gnole de contrôle du nucléaire, la Consejo de Seguridad Nuclear (CSN), vient de condam­ner la cen­trale d’Asco, près de Tarragone (2 tranches, 1990 MW), pro­prié­té des com­pa­gnies d’électricité espa­gnoles Endesa et Iberdrola , à une amende de 154 mil­lions d’euros pour avoir été inca­pable de pro­duire les docu­ments tra­çant le deve­nir et la nature de 233 sources radio­ac­tives, et de les loca­li­ser. Quelle incom­pé­tence, on se croi­rait en France !

Jeudi 29 novembre

**Grand spectacle gratuit : le « débat national sur la transition énergétique »

Voilà, le pré­ten­du « Grand débat natio­nal sur la tran­si­tion éner­gé­tique » est lan­cé. Un grand spec­tacle tota­le­ment gra­tuit, non pas finan­ciè­re­ment (pas mal d’argent public va être gas­pillé) mais sur le plan de son « utilité ».

Vous trou­ve­rez sur le web d’innom­brables articles van­tant ce « Grenelle de gauche » ou don­nant la parole à divers inter­ve­nants média­tiques (cf Nicolas Hulot) qui parlent fort bien d’économies d’énergie, de sobrié­té, d’énergies renou­ve­lables, tout en don­nant cau­tion et cré­dit à ce pseu­do « débat national ».

Le pro­blème est qu’il ne sor­ti­ra pas grand chose (voire rien) de cette « messe ». Il faut écou­ter les rares voix dis­so­nantes : Fabrice Nicolino rap­pelle quelques véri­tés sur les pré­ten­dus « sages » (dont la très radio­ac­tive Anne Lauvergeon !) qui cha­peautent les débats. L’ancienne ministre Corinne Lepage explique pour­quoi la « tran­si­tion éner­gé­tique » n’est qu’écran de fumée (prin­ci­pa­le­ment à cause du lob­by nucléaire).

L’Observatoire du nucléaire note pour sa part que, dans un silence média­tique indé­cent (voir ci-dessous), le dic­ta­teur kazakh Nazarbaev a été reçu à l’Elysée… quelques jours avant l’ouverture du débat sur l’énergie. Au menu : exploi­ta­tion par Areva et Total des gigan­tesques res­sources en ura­nium et pétrole du Kazakhstan. Vous pou­vez déjà ima­gi­ner la tête de la « tran­si­tion éner­gé­tique ». Et l’état de la « démo­cra­tie » en France…

**Nazarbaev-Hollande : uranium, pétrole, et médias réduits au silence

Jeudi 29 novembre, l’Observatoire du nucléaire a ren­con­tré une équipe de la télé­vi­sion kaza­khe indé­pen­dante K-plus. Indépendante… et en sur­sis car en passe depuis le 21 novembre d’être inter­dite par le pou­voir dic­ta­to­rial qui règne à Astana depuis 25 ans.

Curieusement, c’est ce même 21 novembre que le pré­sident « de gauche » François Hollande rece­vait à l’Elysée le dic­ta­teur Nazarbaev, exac­te­ment comme avait fait son pré­dé­ces­seur Nicolas Sarkozy. Il est vrai que le sous-sol du Kazakhstan regorge de matières pre­mières, et que ura­nium et pétrole pèsent bien plus lourd que les Droits de l’Homme.

Sachez que les cou­ra­geux jour­na­listes de K-plus, venus cou­vrir la visite de leur « chez lea­der » à Paris, sont sidé­rés, stu­pé­faits, anéan­tis, incré­dules, après avoir consta­té que la quasi-totalité des médias fran­çais avaient « oublié » de cou­vrir, ou même de sim­ple­ment évo­quer, la venue de Nazarbaev à l’Elysée. Et que (presque) per­sonne ne vou­lait leur par­ler des rela­tions troubles entre Astana et Paris, sur fond de mines d’uranium et de pro­jets atomiques.

Pour faire bonne mesure, le dic­ta­teur kazakh a ren­con­tré le len­de­main, 22 novembre, le patron… du Commissariat à l’énergie ato­mique, Bernard Bigot, pas gêné (bien au contraire) de faire du busi­ness avec un tyran. Mais, pour avoir vent de cette ren­contre, vous devrez vous connec­ter à un site web… azer­baïd­ja­nais.

Le Kazakhstan est bien une dic­ta­ture, où les médias indé­pen­dants sont pour­chas­sés. Mais que dire de la démo­cra­tie fran­çaise et du silence des médias fran­çais lorsqu’un dic­ta­teur « géos­tra­té­gique » et très « radio­ac­tif » est reçu à l’Elysée ?

Bonus :

**Reggae antinucléaire japonais :

http://www.youtube.com/watch?v=mF12…

Rankin Taxi est un pion­nier de la scène reg­gae japo­naise appa­rue à la fin des années 1980. Il s’agit ici d’une nou­velle ver­sion d’un mor­ceau sor­ti en 1996, inti­tu­lé « Personne ne peut la voir, ni la sen­tir » (Dare ni mo mie­nai, nioi mo nai). Réécrites dans les semaines qui ont sui­vi le début de la catas­trophe de Fukushima, les paroles expriment l’angoisse de la popu­la­tion face aux sub­stances radio­ac­tives reje­tées par la centrale.