Observatoire du nucléaire

Organisme indépendant de surveillance de l’industrie nucléaire

Revue de presse n°25

22 novembre 2012 · ana duarte

Vendredi 16 novembre

**Le groupe rock Earth link dénonce les mensonges du nucléaire

USO ( men­songe en japo­nais ) est inter­pré­tée par Earth Link, groupe à géo­mé­trie variable, ici en duo : Garlo & Takeshi. Ce der­nier est un gui­ta­riste recon­nu de la scène hard-rock et métal à Tokyo. Earth link sou­tient Fukushima dia­ry qui lutte contre le black-out des médias sur Fukushima : http://www.fukushima-diary.com.

**Etonnant : dégradation dans les centrales françaises depuis Fukushima !

La très pro­nu­cléaire CGT qui lance une grève dans une cen­trale nucléaire, c’est déjà un petit évé­ne­ment. Mais lorsqu’elle nous apprend que « Depuis la catas­trophe au Japon en avril 2011, les condi­tions de tra­vail se seraient lar­ge­ment dégra­dées au sein de l’entreprise », on ne peut que res­ter sidérés.

En effet, même si les nuages de radio­ac­ti­vi­té finissent par se diluer tout autour de la pla­nète, le fait est que la France est tout de même située à plus de 20 000 km de Fukushima. Alors com­ment expli­quer que les condi­tions de tra­vail à EDF se soient dégra­dées « depuis la catas­trophe au Japon » ? Probablement une dépres­sion col­lec­tive des pro­nu­cléaires qui découvrent subi­te­ment que leurs cen­trales sont dangereuses…

Samedi 17 novembre

**Hollande promeut le nucléaire et les gaz de schiste… en Pologne !

Le Figaro iro­nise : « Alors qu’elle veut réduire la part du nucléaire dans son bou­quet éner­gé­tique et ferme la porte à l’exploitation des gaz de schiste, la France sou­haite vendre des réac­teurs ato­miques à la Pologne, et le géant Total y cherche du gaz de schiste. »

Si Hollande veut que la France fasse du nucléaire en Pologne, la Pologne va-t-elle deman­der à ce que la Hollande fasse son beurre en France ? Peu importe puisque, nous l’avons vu (cf revue de presse n°22) les diri­geants polo­nais sont irres­pon­sables (puisqu’ils veulent des réac­teurs nucléaires) mais pas com­plè­te­ment fous : ils ne sélec­tion­ne­ront pas le réac­teur fran­çais EPR, tota­le­ment décré­di­bi­li­sé même chez les pro­nu­cléaires (cf http://reacteur.epr.free.fr)

Hollande va fina­le­ment devoir se retour­ner vers l’hexagone : mise en ser­vice de l’EPR de Flamanville et recherche de tech­no­lo­gies « propres » pour exploi­ter les gaz de schiste. Il aurait fal­lu qu’il y ait des éco­lo­gistes au gou­ver­ne­ment pour empê­cher ça…

Dimanche 18 novembre

**Les antinucléaires occupent les ronds-points !

Sans s’être concer­tés, deux groupes anti­nu­cléaires ont choi­si depuis des mois la même moda­li­té d’action : occu­per régu­liè­re­ment un rond point situé devant l’installation ato­mique contes­tée. C’est peut-être l’amorce d’une dyna­mique pou­vant s’étendre un peu par­tout en France. Encore faut-il dis­po­ser d’un rond point, peut-être faut-il en deman­der un quand il n’y en a pas ?

Lundi 19 novembre

**Le Chili aussi veut son Fukushima !

Malgré les der­nières catas­trophes sis­miques au Japon et sur son propre ter­ri­toire, le gou­ver­ne­ment du Chili remet sur le tapis ses ambi­tions nucléaires et annonce la reprise des études de fai­sa­bi­li­té. Une posi­tion encore plus aber­rante dans un pays dont l’histoire est jalon­née de catas­trophes natu­relles. Que dire de plus ?

**Proglio-Hollande : qui commande ?

Pour mémoire, l’affairiste Henri Proglio a été pla­cé à la tête d’EDF par son cher ami Nicolas Sarkozy. Depuis l’élection de François Hollande, M. Proglio n’a ces­sé de cri­ti­quer les annonces pour­tant bien peu convain­cantes du nou­veau Président de la République.

A savoir, une baisse de la part du nucléaire bien hypo­thé­tique car pré­vue… d’ici 2025 (paroles, paroles…), ou encore la fer­me­ture sup­po­sée de la cen­trale de Fessenheim pour laquelle M. Proglio menace de deman­der de lourds dédom­ma­ge­ments. C’est à se deman­der qui com­mande dans ce curieux atte­lage Hollande-Proglio…

**Catastrophe atomique pour EDF en Grande-Bretagne !

En France, il faut se conten­ter d’une infime brève d’une agence bour­sière, mais c’est en réa­li­té une infor­ma­tion énorme et explo­sive, trai­tée comme telle par les médias bri­tan­niques : Centrica, le par­te­naire d’EDF pour construire des réac­teurs nucléaires en Grande-Bretagne, jette l’éponge !

Nous avons pro­nos­ti­qué régu­liè­re­ment ici (revues de presse n°14, 16, 18, 21, 22) que la pré­ten­due « renais­sance du nucléaire » en Grande-Bretagne était vir­tuelle et que les pers­pec­tives d’EDF (qui a dépen­sé 15 mil­liards pour faire l’acquisition de British ener­gy !) étaient de plus en plus sombres.

Avec le for­fait de Centrica, EDF se retrouve à devoir por­ter seule le pro­jet nucléaire qui semble de plus en plus com­pro­mis mal­gré les manœuvres du gou­ver­ne­ment de Cameron pour faire payer par les usa­gers les inves­tis­se­ments dans l’atome…

**Fessenheim : Hollande pourra-t-il fermer la centrale nucléaire ?

On nous informe que « Selon l’ancien ministre UMP Hervé Mariton, la fer­me­ture de la cen­trale de Fessenheim, annon­cée par François Hollande pour fin 2016, sera plus com­pli­quée que pré­vu. Le gou­ver­ne­ment aura du mal à étayer juri­di­que­ment cette fer­me­ture. » C’est quand même curieux : lorsqu’un gou­ver­ne­ment décide la construc­tion de cen­trales nucléaires, tout se déroule faci­le­ment. Mais lorsque, excep­tion­nel­le­ment, il s’agit de fer­mer une cen­trale, alors là tout devient com­pli­qué, voire impos­sible. Oui, c’est vrai­ment curieux.

**Cattenom : grève très suivie à la centrale nucléaire

D’après la CGT, la grève déclen­chée à la cen­trale de Cattenom est une grande réus­site « avec 100 % de gré­vistes (hors cadres) pour les ser­vices conti­nus, qu’il s’agisse des postes du matin ou de l’après-midi. ». La cen­trale fonctionne-t-elle toute seule ? Non : « les agents de conduite, même gré­vistes, res­tent sur leur poste de tra­vail pour des rai­sons de sécu­ri­té ». Ouf !

On apprend aus­si que « les agents viennent bos­ser avec la han­tise le matin » (sans que l’on sache pour­quoi c’est seule­ment le matin) et que « la cen­taine d’agents a expri­mé sa souf­france au tra­vail, face à des cadences accrues et de nou­velles exi­gences managériales ».

Pourtant, au lieu de pro­mou­voir les éner­gies renou­ve­lables, la CGT exige que des jeunes soient jetés dans cette galère ato­mique : « « On a besoin de trans­mettre nos com­pé­tences parce qu’une vague de départs à la retraite arrive ». Le syn­di­cat exige des pépi­nières pour for­mer les jeunes embau­chés, dans tous les ser­vices. ». Comprenne qui pourra…

Mardi 20 novembre

**Corée du Sud : stockage « provisoire » des déchets nucléaires ?

La Corée du Sud compte 26 réac­teurs nucléaires dont cer­tains construits avec des mil­liers de pièces non-conformes (cf revue de presse n°23). Mais un autre pro­blème grave se pose : l’accumulation conti­nue de déchets radio­ac­tifs. Les sto­ckages des cen­trales nucléaires étant au trois quarts pleins, la satu­ra­tion menace. Comme aucune solu­tion n’existe pour les déchets, le lob­by de l’atome a trou­vé une bonne idée : un sto­ckage « pro­vi­soire » pré­vu pour durer 50 ans.

C’est effec­ti­ve­ment très malin : dans 50 ans, rien ne sera réglé, mais au moins les res­pon­sables et cou­pables de l’atome seront de très vieux retrai­tés ou, plus sûre­ment, déjà enter­rés : ils auront vécu sans avoir à assu­mer leurs méfaits…

**Fukushima : les robots attaquent !

Nous avons évo­qué dans la Revue de presse n°13 la ques­tion des robots et les risques, décrits par de grands auteurs de science-fiction, qui existent lorsque les humains confient leur sur­vie à des machines plus ou moins intel­li­gentes (comme les humains en fin de compte).

Ignorant nos aver­tis­se­ments, les ingé­nieurs nip­pons mettent au point des robots de plus en plus sophis­ti­qués aptes à se dépla­cer dans une cen­trale acci­den­tée comme celle de Fukushima. C’est d’ailleurs suite à cette catas­trophe que les entre­prises japo­naises se sont lan­cées dans la mise au point de tels robots.

Comme le disent si bien les pro­nu­cléaires, les catas­trophes ato­miques ont donc du bon : elles per­mettent de rendre les cen­trales « encore plus sûres » (comme les les­sives qui lavent « plus blanc que blanc ») et de mettre au point de joli robots. Que deman­der de plus ?

**La facture du démantèlement des centrales nucléaires augmente encore…

C’est le contraire qui aurait été éton­nant : la fac­ture du déman­tè­le­ment des cen­trales nucléaires, en l’occurrence celles de la Suisse, a été sous-estimée. Il faut ajou­ter 10% par rap­port à l’estimation faite en 2006, ce qui fait désor­mais 20,6 mil­liards de Francs suisses, soit envi­ron 16 mil­liards d’euros.

Il est en réa­li­té pro­bable que la véri­table fac­ture sera immen­sé­ment plus lourde (c’est dire), mais au moins les Suisses peuvent-ils espé­rer que cet argent sera dis­po­nible le moment venu. Ce ne sera pas le cas en France puisque EDF a réus­si à empê­cher la mise en place d’un « fond dédié », indé­pen­dant, abon­dé par les exploi­tants (EDF, Areva, CEA, etc)

L’argent du déman­tè­le­ment est sup­po­sé se trou­ver « quelque part » dans les comptes opaques de la Société ano­nyme EDF (ex-service public), autant dire que cet argent n’existe pas. Lorsque les inves­tis­se­ments absurdes d’EDF (par exemple aux USA ou en Grande-Bretagne) vont faire explo­ser les comptes de l’entreprise, l’argent du déman­tè­le­ment aura dis­pa­ru. A suivre…

Mercredi 21 novembre

**L’AFP tente de nuire aux énergies renouvelables

De toute évi­dence, il y a quelqu’un à l’AFP qui n’aime pas les éner­gies renou­ve­lables ou, plus sûre­ment, qui sou­tient le nucléaire. Voyez un peu : suite à la confé­rence de presse du Réseau de trans­port de l’électricité (RTE), une pre­mière dépêche est publiée à 9h51 : « France : RTE devra inves­tir 35 à 50 mds EUR dans le réseau élec­trique d’ici 2030 »

Mais, un peu plus tard, la même dépêche est publiée, com­plé­tée mais sur­tout affu­blée d’un nou­veau titre : « Éolien et solaire risquent de gon­fler la fac­ture des grands tra­vaux de RTE ». Le mes­sage sous-tendu est clair : c’est mieux de ne rien chan­ger (c’est à dire de gar­der 80% de nucléaire !) plu­tôt que de déve­lop­per les renou­ve­lables, un « caprice éco­lo » hors de prix.

Nous avons régu­liè­re­ment évo­qué dans cette Revue de presse le rôle fon­da­men­tal que joue le titre d’une dépêche dans la dif­fu­sion et la per­cep­tion d’une infor­ma­tion. Souvent, seul le titre et une phrase lapi­daire sont repris en encart dans la presse régio­nale. Et, de toute façon, il est avé­ré que le lec­teur lit prin­ci­pa­le­ment les titres et peu d’articles complets.

Le titre impo­sé (par qui ?) pour la réédi­tion de la dépêche est d’autant plus trom­peur que la dépêche recon­naît ceci : « Les dépenses liées au réseau à haute ten­sion repré­sentent aujourd’hui envi­ron 10% des fac­tures d’électricité des Français et (…) cette pro­por­tion ne devrait guère varier dans les 20 ans qui viennent », et ce quels que soient les investissements…

Bien sûr, l’organisme à l’origine de ces infor­ma­tions, c’est à dire RTE, une filiale d’EDF, n’est pas neutre et a de toute évi­dence cise­lé sa com­mu­ni­ca­tion pour faire le jeu de l’atome (on est en France !). Il est tou­te­fois anor­mal que l’AFP, qui se doit d’être neutre, se prête à ce jeu.

**L’AFP et RTE en rajoutent une couche sur Fessenheim

La pro­pa­gande du RTE-EDF, com­plai­sam­ment relayée par l’AFP, s’attaque aus­si à la cen­trale nucléaire de Fessenheim, ou plu­tôt au pro­jet de fer­me­ture de cette cen­trale. On nous dit ain­si que « La fer­me­ture de la cen­trale nucléaire fran­çaise de Fessenheim dans le Haut-Rhin (est), pro­gram­mée d’ici fin 2016, néces­si­te­ra de réa­li­ser au préa­lable 50 mil­lions d’euros de tra­vaux sur le réseau élec­trique à haute ten­sion, pour l’adapter à cette nou­velle donne. »

C’est la totale : on nous assène que déve­lop­per les renou­ve­lables, ain­si que fer­mer une cen­trale nucléaire, sont deux options qui coûtent très cher. Sans par­ler des deux ensemble ! Pourtant, cette « infor­ma­tion » concer­nant Fessenheim ne fait que rejoindre les faux argu­ments avan­cés pour impo­ser la conti­nua­tion de cette cen­trale. En effet, si la fer­me­ture implique des sur­couts « insup­por­tables » (car c’est bien le mes­sage qui est habi­le­ment sous ten­du), alors il ne sera jamais pos­sible de fer­mer cette cen­trale, ni aucune autre d’ailleurs.

A contra­rio, et c’est un point de vue qui ne semble pas inté­res­ser l’AFP, il est légi­time d’attribuer au nucléaire les sur­coûts liés à la fin du nucléaire. C’est le cas tant pour l’adaptation du réseau élec­trique que pour de nom­breux autres points comme par exemple le déman­tè­le­ment : oui, déman­te­ler des cen­trales nucléaires coûte cher, mais c’est bien de la faute de ceux qui ont construit ces cen­trales, pas de la faute de ceux qui veulent les fermer !

Jeudi 22 novembre

**Tchéquie : la centrale nucléaire de Temelin va exploser !

Nous avons déjà vu ce qu’il faut pen­ser des mis­sions de l’Agence inter­na­tio­nale de l’énergie ato­mique (AIEA) qui assurent que telle cen­trale est par­fai­te­ment sûre. Le plus bel exemple est hélas celui des cen­trales japo­naises : après le séisme de juillet 2007, une mis­sion de l’AIEA emme­née par le fran­çais Philippe Jamet (rap­pel par exemple ici) avait assu­ré que les cen­trales nip­pones pou­vait conti­nuer à fonc­tion­ner sans risque.

A la suite de quoi il y a « seule­ment » eu Fukushima… Alors, quand l’AIEA jure que la cen­trale nucléaire de Temelin (Tchéquie), avec ses deux réac­teurs sovié­tiques, est sûre, on peut hélas pré­dire un pro­chain acci­dent nucléaire…