Observatoire du nucléaire

Organisme indépendant de surveillance de l’industrie nucléaire

Revue de presse n°22

1 novembre 2012 · ana duarte

Vendredi 26 octobre

**Areva : faillite ou prospérité ?

L’Observatoire du nucléaire vous raconterait-il des salades (radio­ac­tives) ? En effet, alors qu’il pré­tend que l’industrie nucléaire mon­diale est mori­bonde, en par­ti­cu­lier en France, voi­là qu’on nous annonce que le car­net de com­mande d’Areva est bon­dé, et que le « géant » du nucléaire va pour le mieux.

Voici l’explication : envi­ron 380 réac­teurs nucléaires fonc­tionnent actuel­le­ment sur la pla­nète. Ils sont pour la plu­part anciens et leurs exploi­tants dépensent des sommes folles pour les rafis­to­ler. C’est ce phé­no­mène qui explique les com­mandes dont se gar­ga­rise Areva. Mais il ne s’agit que du fonc­tion­ne­ment de rou­tine du parc nucléaire mon­dial, lequel s’étiole et se réduit len­te­ment mais sûrement.

Ce qui est impor­tant pour éva­luer l’avenir d’Areva, ce n’est pas les com­mandes conjonc­tu­relles mais bien la ten­dance d’ensemble de cette indus­trie. Et là, c’est la « gueule de bois » : des pays ont reje­té l’atome (par exemple Italie et Lituanie, par des réfé­ren­dums), d’autres ont déci­dé d’en sor­tir (Allemagne, Belgique, Suisse, Espagne, Québec, etc), ou d’annuler des pro­jets de réac­teurs, jusqu’à la Chine qui a rayé d’un trait l’équivalent de 50 réac­teurs en pro­jet (cf revue de presse de la semaine dernière).

Comme dit si bien le vain ministre du « redres­se­ment pro­duc­tif », Arnaud Montebourg, « C’est à la fin du mar­ché qu’on compte les bouses ». Nous rajou­tons : « Et qu’on constate qu’on est dedans » (la bouse). Jusqu’au cou. Et jusqu’au coût.

**Le lobby nucléaire tente de maintenir le moral des troupes

Cet « article », ou plu­tôt ce publi-reportage, nous apprend que la pseu­do « nou­velle géné­ra­tion du nucléaire » est consti­tuée « d’une cin­quan­taine de sala­riés d’Areva, du Commissariat à l’énergie ato­mique, de l’Agence inter­na­tio­nale de l’énergie ato­mique, entre autres ». Et qu’ils sont « venus du monde entier ».

Ces « jeunes » (au vu de la pho­to, la jeu­nesse du lob­by nucléaire semble déjà pas­sa­ble­ment usée) ont subi le trai­te­ment qui est habi­tuel­le­ment infli­gé à d’innombrables col­lé­giens et lycéens de France, à savoir un véri­table bour­rage de crâne.

Jugez un peu : « Nous leur fai­sons décou­vrir le simu­la­teur, la salle des machines, le chan­tier école et la zone nucléaire (.) une visite d’Areva et des confé­rences sur la pro­blé­ma­tique du nucléaire étaient éga­le­ment au pro­gramme ». Si le lob­by est obli­gé d’infliger ça à des gens qui sont déjà dans le nucléaire, c’est vous dire l’état du moral des troupes ato­miques. C’est d’ailleurs logique car il s’agit de la… Génération Fukushima.

**Nucléaire ou gaz de schistes, les « élites » polonaises hésitent…

Dépêchez vous de boire de l’eau de Pologne, ce ne sera bien­tôt plus pos­sible : les « élites » polo­naises ont déci­der de conta­mi­ner rivières et nappes phréa­tiques. Elles hésitent cepen­dant encore : nucléaire, gaz de schistes, ou les deux ? Comme évo­qué à plu­sieurs reprises ici, on peut rai­son­na­ble­ment dou­ter du pro­jet nucléaire, bien trop cher et com­plexe (sur­tout si ce sont ces balourds de fran­çais - EDF et Areva - qui sont à la manouvre : ils n’arrivent même pas à construire leur propre réac­teur, le fameux EPR…)

Mais voi­ci déjà les pro­nu­cléaires qui accusent « Quoi ? Vous vou­lez que les polo­nais conti­nuent à uti­li­ser prin­ci­pa­le­ment du char­bon ? ». D’abord, nous ne « vou­lons » rien, nous consta­tons que le nucléaire est écar­té car beau­coup trop cher. Ensuite, nous rap­pe­lons une évi­dence : rem­pla­cer la peste par le cho­lé­ra est par­fai­te­ment absurde. Pour finir, nous avan­çons quelques « gros mots » : éner­gies renou­ve­lables, éco­no­mies d’énergie, iso­la­tion des bâti­ments, effi­ca­ci­té éner­gé­tique, sobrié­té, par­tage, etc. Inouï, n’est-ce pas ?

**Fuite radioactive à Flamanville : l’EPR n’est pas le seul réacteur à aller mal…

Depuis 2007, EDF se ridi­cu­lise en essayant vai­ne­ment de construire un réac­teur EPR à Flamanville (Manche). C’était bien la peine de railler leurs « amis » d’Areva en échec eux-mêmes sur le chan­tier EPR de Finlande. Mais ces petites plai­san­te­ries (qui nous coûtent néan­moins des mil­liards) feraient presque oublier qu’il y a déjà à Flamanville deux réac­teurs nucléaires exploi­tés (mal) par EDF. L’un d’eux a connu cette semaine une fuite radio­ac­tive mais, comme tou­jours dans ce genre de situa­tion, on nous dit que tout va bien.

En par­ti­cu­lier, la fuite radio­ac­tive aurait été confi­née dans le bâti­ment réac­teur. C’est donc ça la sûre­té nucléaire en France : il y a des fuites, mais la radio­ac­ti­vi­té reste (peut-être) confi­née. En tout cas, l’excellent CRILAN a recueilli des témoi­gnages sur ce qui s’est pas­sé à Flamanville, et on s’aperçoit que c’était tout sauf ano­din

Samedi 27 octobre

**Suisse : les « experts » décrètent que le nucléaire est sûr

En ces temps de « sûre­té » nucléaire défaillante, il est tou­jours bon de faire appel à des experts pour savoir de quoi il en retourne. C’est ain­si que la cen­trale de Mühleberg (Suisse) a été exper­ti­sée par… l’AIEA (Agence inter­na­tio­nale de l’énergie atomique).

Pour mémoire, cet orga­nisme mafieux (qui a par exemple vali­dé d’injustifiables déro­ga­tions en faveur de l’Inde, pour­tant non signa­taire du TNP) a en par­ti­cu­lier pour mis­sion de contri­buer au déve­lop­pe­ment du nucléaire sur la pla­nète. On ne s’étonnera donc pas que ces GE (gen­tils experts) aient trou­vé que la cen­trale en ques­tion était par­fai­te­ment sûre.

Rappelons que, après le séisme de juillet 2007 au Japon, l’AIEA avait juré que les cen­trales nip­pones étaient dimen­sion­nées pour résis­ter aux séismes et à leurs consé­quences (cf plus bas, « Déconstruire le mythe Lacoste »). La suite des évè­ne­ments a presque don­né rai­son à l’AIEA, hor­mis un « détail » : la catas­trophe nucléaire de Fukushima, sur­ve­nue… suite à un séisme. Quand l’AIEA dit qu’une cen­trale est sûre, on peut être cer­tain… de l’inverse.

**Vietnam : la vengeance des élites françaises

Il faut croire que les élites fran­çaises n’ont tou­jours pas digé­ré Diên Biên Phu : elles tentent de se ven­ger en « four­guant » des réac­teurs nucléaires au Vietnam. C’est en effet l’assurance d’un désastre éco­no­mique (au mieux) ou d’une catas­trophe nucléaire si par « miracle » les chan­tiers des réac­teurs sont menés à terme.

Pour s’assurer du désastre, le lob­by nucléaire fran­çais s’est asso­cié à celui du Japon, véri­table réfé­rence depuis Fukushima. Les diri­geants Vietnamiens semblent avoir oublié qu’il faut tou­jours se méfier des « élites » fran­çaises. Ils D’viennent Bien Fous.

Dimanche 28 octobre

**Intempéries en Slovénie : arrêt de la centrale nucléaire de Krsko

La pro­pa­gande pro­nu­cléaire tente de faire croire que l’atome per­met de lut­ter contre le chan­ge­ment cli­ma­tique. La réa­li­té est exac­te­ment inverse : c’est le chan­ge­ment cli­ma­tique, et ses évè­ne­ments de plus en plus bru­taux (tem­pêtes, cani­cules, vagues de froid, inon­da­tions, etc) qui met en échec les cen­trales nucléaires et crée des situa­tions périlleuses.

Un pre­mier aver­tis­se­ment a été don­né en décembre 1999 au Blayais (Cf.Tchernoblaye). Depuis, les évè­ne­ments se suc­cèdent, par­fois bénins (comme semble-t-il cette fois ci en Slovénie), par­fois bien plus graves qu’on ne veut bien nous le dire (cf oura­gan et inon­da­tions aux USA ces der­niers jours, voir plus loin). Le chan­ge­ment cli­ma­tique est une rai­son de plus pour être contre le nucléaire.

Lundi 29 octobre

**Nucléaire : fusion tchécoslovaque ?

Il faut le recon­naître, le nucléaire est par­fois capable de véri­tables miracles. Par exemple, c’est l’atome qui per­met la qua­si renais­sance de l’ancienne Tchécoslovaquie. Une véri­table fusion ato­mique ! Les gou­ver­ne­ments qui sévissent à Prague et Bratislava veulent « œuvrer en com­mun pour empê­cher le tor­pillage du déve­lop­pe­ment de l’énergie nucléaire dans l’Union Européenne ». Quel beau programme !

Mais qui donc « tor­pille » ain­si ? Tout sim­ple­ment les opi­nions publiques qui rejettent l’atome et contraignent leurs « élites » à s’en détour­ner. Horreur pour les élites tchèques et slo­vaques, tel­le­ment fières de leurs réac­teurs sovié­tiques VVER dont cer­tains n’ont même pas d’enceintes de confinement…

**Moscou veut construire des centrales en Grande-Bretagne !

Nous avons vu dans les revues de presse pré­cé­dentes que les pro­jets de nou­veaux réac­teurs en Grande-Bretagne sont au point mort, faute d’entreprises can­di­dates : sans aides publiques sub­stan­tielles, le nucléaire est lar­ge­ment défi­ci­taire. Aussi, le gou­ver­ne­ment cherche des biais pour sub­ven­tion­ner ces pro­jets sans en avoir l’air.

Autre piste : les nou­veaux réac­teurs pour­raient être construits par la Chine qui est prête à gas­piller de l’argent dans le nucléaire dans la mesure où cela lui per­met­trait de prendre posi­tion en Europe. Les Britanniques hésitent à se vendre, on les com­prend. Il reste enfin l’option de la Russie qui est can­di­date, elle aus­si pour des rai­sons géo­po­li­tiques, et qui se ver­rait bien construire en Grande-Bretagne ses réac­teurs d’origine sovié­tique. Là aus­si, on n’est pas très embal­lé à Londres. Feuilleton à suivre…

Mardi 30 octobre

**Areva demande la suspension de l’appel d’offres du tchèque CEZ

La vie est vrai­ment trop injuste pour Areva : pour une fois que les diri­geants d’un pays - en l’occurrence la Tchéquie - aiment le nucléaire, il se trouvent que ces gens n’aiment pas Areva. Le pré­ten­du « géant du nucléaire », qui traine déjà en jus­tice son client fin­lan­dais TVO, croit peut-être redo­rer son image (et son ave­nir com­mer­cial) en deman­dant la sus­pen­sion de l’appel d’offre de Prague. Les Tchèques sont fous au point de gar­der en ser­vice leurs réac­teurs sovié­tiques… mais pas au point de faire construire des réac­teurs par Areva !

**Des blagues sur la radioprotection des travailleurs du nucléaire

Energeek est un site web qui pré­tend nous rendre moins igno­rants et, d’ailleurs, il annonce la cou­leur : « l’énergie facile en quelques clics ». Mais, en guise d’articles, on trouve des textes écrits, ou plu­tôt reco­piés, par un cer­tain Arthur Leroy… qui est pro­ba­ble­ment un lycéen qui ren­ta­bi­lise ses TPE (Travaux per­son­nels encadrés).

Concernant la radio­pro­tec­tion des tra­vailleurs du nucléaire, Arthur a de toute évi­dence reco­pié une bro­chure d’EDF, et on peut ain­si lire « Les inter­ve­nants béné­fi­cient tous des mêmes condi­tions de pro­tec­tion, qu’il soit sala­rié de l’exploitant ou de l’un de ses sous-traitants. », sans que l’on sache si les fautes sont d’EDF ou du reco­pieur. Mais au diable la gram­maire, c’est sur­tout de relayer d’énormes men­songes que Arthur est cou­pable. Il ferait bien de lire les tra­vaux d’Annie Thébaud-Mony.

**Sûreté nucléaire : déconstruire d’urgence le « mythe Lacoste »

Depuis 1993, la pré­ten­due « sûre­té » nucléaire fran­çaise est diri­gée par le dénom­mé André-Claude Lacoste, pur pro­duit du Corps des Mines, lui-même ossa­ture du lob­by nucléaire. M. Lacoste part (enfin) à la retraite et les éloges se mul­ti­plient, van­tant com­pé­tence et indé­pen­dance, attei­gnant par­fois le ridi­cule (« L’incorruptible du nucléaire », « Le sage de l’atome », etc).

Heureusement, le direc­teur de l’Observatoire du nucléaire (par ailleurs auteur de la pré­sente revue de presse, on n’est jamais si bien féli­ci­té que par soi-même) réta­blit magis­tra­le­ment la véri­té : M. Lacoste n’est qu’un simple humain, faillible par nature, et d’ailleurs sa sup­po­sée com­pé­tence et sa pré­ten­due indé­pen­dance ont été prises en défaut. Exploiter des cen­trales nucléaires est irres­pon­sable, mais pré­tendre en garan­tir la sûre­té révèle un manque total de luci­di­té et d’humilité, et relève car­ré­ment de la trom­pe­rie. C’est dit.

**Ouragan aux Etats-Unis : on a (vraiment) frôlé un nouveau Fukushima !

Une fois de plus, les « res­pon­sables » du nucléaire ont été pris en défaut par des évè­ne­ments pour­tant pré­vi­sibles et annon­cés. Il appa­raît aus­si que les diri­geants de la cen­trale de Salem ont ten­té le plus long­temps pos­sible de la main­te­nir à 100% de pro­duc­tion (pour ne pas nuire à leurs sta­tis­tiques !) avant de la stop­per en toute urgence, seule­ment quand quatre de ses six pompes de cir­cu­la­tion d’eau ont ces­sé de fonctionner !

Mise en ser­vice en 1969 (!), la cen­trale d’Oyster Creek (New Jersey) a pour sa part été pla­cée en état d’alerte du fait de l’inondation de son sys­tème de refroi­dis­se­ment et d’une per­tur­ba­tion de son cir­cuit d’approvisionnement élec­trique (pro­ces­sus menant à la fusion du coeur !) La catas­trophe a peut-être été évi­tée par le simple fait que la cen­trale était arrê­tée pour main­te­nance. L’exploitant Exelon, digne de Tepco au Japon, se veut ras­su­rant : « Le cou­rant a été réta­bli dans cer­taines par­ties de la cen­trale et le géné­ra­teur de secours a été acti­vé ». Génial.

On peut d’ores et déjà pré­dire que les exploi­tants et les « res­pon­sables » de la sûre­té nucléaire, dans les pays nucléa­ri­sés et au niveau inter­na­tio­nal (AIEA), vont décla­rer que « tous les ensei­gne­ments vont être tirés de ces évè­ne­ments » ce qui fait que, par la suite, les cen­trales seront « encore plus sûres ». Ces misé­rables ont vrai­ment déci­dé de tous nous tuer, quitte à mou­rir avec nous.

**La ridicule « Force d’action rapide du nucléaire » d’EDF

En cas de situa­tion grave dans une cen­trale nucléaire, EDF dis­po­se­ra (à par­tir de 2014) d’une « Force d’action rapide » (FAR) sup­po­sée inter­ve­nir en urgence et évi­ter le drame. Avant tout, on se demande bien pour­quoi il a fal­lu attendre 40 ans pour que cette « force » soit créée. C’est une nou­velle preuve de ce que les « res­pon­sables » de la sûre­té nucléaire sont des irresponsables.

Mais il est aus­si légi­time de se deman­der si cette « FAR », lorsqu’elle exis­te­ra, pour­ra accé­der à un site nucléaire en per­di­tion. S’il s’agit « seule­ment » d’erreur de conduite ou d’accident d’exploitation, peut-être. Mais si c’est en plein oura­gan, comme en décembre 1999 au Blayais ou cette semaine aux USA, il est évident que les héli­co­ptères ne pour­ront décoller.

De toute façon, l’expérience montre qu’il y a tou­jours des évè­ne­ments ou des situa­tions non pré­vues par les pré­ten­dus « experts », et que cela amène régu­liè­re­ment à des situa­tions cri­tiques et par­fois à la catas­trophe nucléaire. Cela se pro­duit d’ailleurs même lorsqu’il s’agit de situa­tions pré­vues ou pré­vi­sibles, cf Fukushima…

Jeudi 1er novembre

**Le Torii de la Paix menacé par le Conseil général de la Gironde !

Vous avez sûre­ment déjà vu un Torii. L’association Négajoule en a construit un, dédié à la Paix, à l’entrée du Laser Mégajoule, dédié lui à la mise au point d’une nou­velle géné­ra­tion de bombes ato­miques. Pour une fois, les diri­geants du Commissariat à l’énergie ato­mique (CEA) font preuve d’un peu d’intelligence en fai­sant comme si de rien n’était (pro­ba­ble­ment estiment-ils que les armes nucléaires sont des gages de Paix !)

C’est donc le Conseil Général de la Gironde qui endosse le rôle du balourd, en exi­geant la des­truc­tion du Torii. Négajoule s’y refuse, bien enten­du. Les bull­do­zers de la vio­lence et de la bêtise vont-ils être envoyés ? A suivre…