Observatoire du nucléaire

Organisme indépendant de surveillance de l’industrie nucléaire

Revue de presse n°49

9 mai 2013 · ana duarte

**Prélude – A voir, à lire : Albert Camus, Nexus, Cigeout, Lobbying, Man

Intéressante contri­bu­tion de Philosophie maga­zine (Hors-série numé­ro 17, avril 2013) qui publie un récit de Hiroshi Mino, doyen de la facul­té de lettres de Nara (Japon), lequel éta­blit un paral­lèle entre Fukushima et La Peste d’Albert Camus. Vous pour­rez aus­si appré­cier l’ensemble de ce numé­ro spé­cial, en vous rap­pe­lant que le grand écri­vain fut une des rares voix à dénon­cer immé­dia­te­ment le crime d’Hiroshima, quand d’autres (en par­ti­cu­lier le PCF) y voyaient un « mer­veilleux progrès » …

Le numé­ro mai-juin du maga­zine Nexus pro­pose un article sur Fukushima et un grand dos­sier sur le pro­jet Cigéo, joli nom trou­vé par le lob­by nucléaire pour le crime de l’enfouissement des déchets radio­ac­tifs à Bure (Meuse). A ce sujet, notez l’ouverture le 15 mai du site web http://www.cigeout.com qui pour­rait être le fer de lance de la lutte contre l’enfouissement.

Nous vous sug­gé­rons aus­si le livre « 24 heures sous influences », de Roger Langlet, qui expli­cite le lob­bying per­ma­nent par lequel les entre­prises et autres orga­ni­sa­tions nous empoi­sonnent la vie (au propre comme au figu­ré), lob­by nucléaire en tête bien sûr. A voir enfin sur le web une éton­nante vidéo titrée « Man », qui syn­thé­tise en quelques minutes les mer­veilleux résul­tats de la pré­sence des humains sur la pla­nète Terre…

**Prélude bis : un peu de poésie… radioactive 

Nous iro­ni­sons régu­liè­re­ment sur les jolis noms (Cigéo, Astrid, etc) don­nés aux ins­tal­la­tions nucléaires. Attention : il ne s’agit pas d’une coquet­te­rie de la part du lob­by de l’atome, mais bien d’une stra­té­gie per­verse, que nous avons d’ailleurs éven­tée dans « L’insécurité nucléaire ». Extrait :

Pégase, Rapsodie, Harmonie, Phébus, Phénix, Superphénix, etc… vous avez peut-être noté l’habitude prise par les nucléo­crates de trou­ver de belles appel­la­tions pour leurs ins­tal­la­tions nucléaires. Détrompez-vous : cela n’a rien à voir avec le goût des lettres, mais bien avec celui de l’argent. Et plus pré­ci­sé­ment celui de l’argent public, gas­pillé par mil­liards par les appren­tis sor­ciers de l’atome. Voyez plu­tôt cet édi­fiant extrait du livre « Superphénix pour­quoi ? » publié en 1997 par Georges Vendryes, Directeur hono­raire des Applications Industrielles au Commissariat à l’Energie Atomique, aux édi­tions… NucléoN :

« Tant que, pour obte­nir les sommes néces­saires à la pour­suite de l’objectif que nous avions conçu, nous n’eûmes à pro­po­ser que l’étude d’une « pile expé­ri­men­tale sur­ré­gé­né­ra­trice à neu­trons rapides et à sodium », nous eûmes du mal à nous faire entendre de diri­geants pres­sés. Mon père, fin lin­guiste, m’avait sou­vent dit qu’un objet ne com­mence à avoir une réelle exis­tence qu’à par­tir du moment où il porte un nom bien à lui. Fort de cet ensei­gne­ment, je pro­po­sai vers la fin 1957 au Professeur Jacques Yvon, qui diri­geait alors le dépar­te­ment des études de piles, de bap­ti­ser Rapsodie (en pre­nant une petite liber­té avec l’orthographe) celle que nous avions en tête. Les ver­tus musi­cales de ce nom, qui asso­ciait les neu­trons rapides au sodium, agirent sur les ins­tances supé­rieures, qui prirent plai­sir à l’utiliser et à le répandre. De ce jour, comme par enchan­te­ment, le pro­jet prit corps et il nous devint plus facile d’obtenir les moyens de le poursuivre… »

Vendredi 3 mai

**Projet nucléaire en Turquie : La Tribune fait des phrases creuses

Nous avons vu la semaine der­nière que, mal­gré une célé­bra­tion aus­si mas­sive que ridi­cule de la part des médias fran­çais, le pro­jet turc de construc­tion de 4 réac­teurs Atmea (Areva/Mitsubishi) res­tait bien hypo­thé­tique. Le plus, si hélas ces réac­teurs sont vrai­ment construits, on peut rai­son­na­ble­ment pen­ser que ce mar­ché occa­sion­ne­ra des pertes finan­cières à Areva et donc, in fine, aux finances publiques françaises.

Mais le quo­ti­dien LaTribune.fr ne s’embarrasse pas de tels « détails ». Bien que ce soit un média spé­cia­li­sé dans l’économie, il n’étudie abso­lu­ment pas les risques finan­ciers de l’affaire et décrète, sans avan­cer le moindre élé­ment, qu’il s’agit d’un contrat « juteux » pour les fran­çais. C’est déso­lant. (Voir la suite à mar­di 7 mai, dépêche AFP).

**Texas et Caroline du Nord : encore 4 réacteurs annulés aux USA

La WNN (World nuclear news) est une agence de presse (plus exac­te­ment de dés­in­for­ma­tion) qui a été créée il y a quelques années par le lob­by nucléaire mon­dial, la WNA (World nuclear asso­cia­tion), qui regroupe la plu­part des entre­prises de l’atome. L’idée était de célé­brer la « renais­sance » du nucléaire, mille fois annon­cée… mais en réa­li­té jamais entrevue.

Bien au contraire, la WNN est bien obli­gée d’évoquer quelques fâcheux « contre­temps » comme la catas­trophe de Fukushima ou les annu­la­tions de pro­jets nucléaires. Ces der­niers temps, les USA sont en bonne place avec quatre pro­jets de réac­teurs annu­lés : deux au Texas et deux en Caroline du Nord (rap­pel de nos amis de Beyond nuclear). Série en cours…

Samedi 4 mai

**Manifestation squelettique pour « sauver Fessenheim »

C’est amu­sant : qu’il s’agisse des mani­fes­ta­tions contre le mariage pour tous, ou de celles contre la fer­me­ture de Fessenheim, des gens qui applau­dissent d’habitude les CRS découvrent la dif­fi­cul­té de se mobi­li­ser et de se faire entendre. Les voi­là qui pestent contre les coups de matraque et les gaz lacry­mo­gènes, ou contre le nombre de mani­fes­tants annon­cé par les auto­ri­tés, pro­blème ren­con­tré de longue date par les anti­nu­cléaires. Chacun son tour !

Justement, on rira bien en notant que les pro­nu­cléaires étaient à peine quelques cen­taines pour « sau­ver » leurs chère cen­trale de Fessenheim, tout en pré­ten­dant qu’elle génère 3000 emplois directs et induits : où étaient donc tous ces gens, sans par­ler de leurs familles ? Ils auraient du être au moins 10 000 !

Dimanche 5 mai

**Jacques Attali déraille

Incroyable Jacques Attali, grand don­neur de leçons, auteur de nom­breux rap­ports absurdes comme celui de la risible « Commission pour la libé­ra­tion de la crois­sance fran­çaise » que le lumi­neux Sarkozy lui avait confiée en 2007. L’espace d’un ins­tant, en lisant son texte aler­tant sur le dan­ger qui menace plus que jamais à Fukushima, on aurait pu croire à une subite (bien que tar­dive) prise de conscience de la part du sieur Attali.

Interrogé par nos soins, il s’est empres­sé de nous détrom­per par le biais d’un déri­soire sophisme : « Fukushima ne condamne pas plus le nucléaire qu’un acci­dent d’avion ne condamne l’aviation ». Ce à quoi nous ne pou­vons que répondre : « Raconter n’importe quoi ne condamne hélas pas plus Attali au silence que Fukushima ne dis­suade le lob­by nucléaire de conti­nuer ses crimes ».

Lundi 6 mai

**Inde : les « élites » décidées à jouer à la roulette (nucléaire) russe…

La cour suprême indienne a son feu vert à la mise en ser­vice d’une cen­trale nucléaire de Kudankulam, construite avec l’aide de la Russie dans le sud du pays, au Tamil Nadu. « La cen­trale a été créée pour le bien-être de la popu­la­tion » assure la plus haute juri­dic­tion, qui ne semble pas au cou­rant de ce que la popu­la­tion en ques­tion… rejette fron­ta­le­ment la centrale !

En Inde comme ailleurs, les « élites » veulent faire le « bien » du peuple mal­gré ce der­nier, comme cela a d’ailleurs déjà été démon­tré à Bhopal : voir à ce sujet l’expo pho­to de Nicolas Ferras (http://simoneetlesmauhargats.fr/exp…) actuel­le­ment visible à Saint-Macaire (Gironde), siège mon­dial de l’Observatoire du nucléaire. Le pho­to­graphe enga­gé est d’ailleurs actuel­le­ment dans les zones conta­mi­nées autour de Tchernobyl (Ukraine).

C’est jus­te­ment la tech­no­lo­gie russe qui, après avoir prou­vé sa « fia­bi­li­té » à Tchernobyl, a été choi­sie par les diri­geants de l’Inde. Ces der­niers sont, de tout évi­dence, aus­si avi­sés que les Turcs qui choi­sissent le Japon… pour sa com­pé­tence face au risque sis­mique, comme démon­tré de façon explo­sive à Fukushima.

**Méthode Coué : Le Monde en rajoute (encore) une couche

Voyez un peu com­ment Le Monde tente de faire croire que le nucléaire japo­nais a éva­cué Fukushima en emprun­tant une voie radieuse : « Construction de réac­teurs à Sinop en Turquie, accord sur un trans­fert de tech­no­lo­gie avec les Emirats arabes unis… (…) Japon [vient] d’effectuer un retour spec­ta­cu­laire sur la scène nucléaire mondiale. »

En par­cou­rant ces lignes, le lec­teur non aver­ti croit que les réac­teurs de Sinop (Turquie) sont ache­vés, ou au mini­mum en chan­tier. Et que les Emirats vont suivre l’ « exemple » turc. En réa­li­té, le pro­jet de Sinop est tou­jours par­fai­te­ment vir­tuel et a toutes les chances de ne jamais voir le jour (cf revue de presse de la semaine dernière).

Quant à cet « accord sur un trans­fert de tech­no­lo­gie » avec les Emirats, c’est un bout de papier sans la moindre valeur : les pays nucléa­ri­sés signent des « accords de coopé­ra­tion » ou « mémo­ran­dums d’entente » avec d’innombrables pays, ce qui per­met aux deux par­ties de faire de la com­mu­ni­ca­tion poli­ti­cienne en direc­tion de leurs opi­nions res­pec­tives. C’est en par­ti­cu­lier comme cela que le dénom­mé Nicolas Sarkozy a fait croire à des mil­lions de fran­çais qu’il avait ven­du durant son man­dat pré­si­den­tiel des dizaines de réac­teurs, alors que le chiffre réel n’est que de… zéro !

Peu importe pour Le Monde qui célèbre le pré­ten­du « retour spec­ta­cu­laire » du Japon « sur la scène nucléaire mon­diale. ». On voit ain­si res­sur­gir la pré­ten­due « renais­sance du nucléaire » annon­cée inlas­sa­ble­ment – mais vai­ne­ment - depuis le début des années 2000 par dif­fé­rents jour­naux (en par­ti­cu­lier le Monde et Les Echos), qui y croient donc encore…

**Projet nucléaire fumeux d’EDF en Grande-Bretagne : « Retenez-moi ou je rentre en France ! »

Le ver­dict semble s’approcher dans notre feuille­ton pré­fé­ré (cf la plu­part des pré­cé­dentes revues de presse), à savoir le pro­jet fumeux d’EDF de construire des réac­teurs nucléaires en Grande-Bretagne. Pour mémoire, la pro­duc­tion d’électricité avec des cen­trales ato­miques est une acti­vi­té tel­le­ment défi­ci­taire qu’EDF exige de Londres le rem­bour­se­ment des pertes… pen­dant 35 à 40 ans.

Comme la plu­part des diri­geants des pays indus­tria­li­sés, le pre­mier ministre bri­tan­nique est sou­mis au lob­by nucléaire, il est donc tout dis­po­sé à faire payer ses conci­toyens pour arran­ger les affaires d’EDF. Mais voi­là : le prix est tel­le­ment éle­vé que, au pays du libé­ra­lisme that­ché­rien, ça coince. Sans par­ler de Bruxelles qui annu­le­rait pro­ba­ble­ment les mil­liards d’argent public offerts par Cameron à EDF.

Alors le grand chef d’EDF en Grande-Bretagne, le dénom­mé Vincent de Rivaz, qui tra­vaille depuis des années à ce pro­jet, joue sa der­nière carte : si un accord n’est pas rapi­de­ment trou­vé, il menace de quit­ter la Grande-Bretagne ! Hou là là, il est fâché le Vincent !

L’Observatoire du nucléaire, qui pro­nos­tique depuis des mois l’annulation des pro­jets bri­tan­niques d’EDF, contrai­re­ment aux médias dits « sérieux » (Les Echos, Le Monde, L’Usine nou­velle, etc), se pré­pare à fêter son triomphe. Quant à Vincent de Rivaz, il pour­rait être nom­mé… à Fessenheim : cela aug­men­te­rait pro­ba­ble­ment les chances de fermeture !

**Fessenheim : le stratagème de Hollande pour avoir les votes écolos en 2017

On peut pen­ser ce que l’on veut de François Hollande, du mal en par­ti­cu­lier, mais ceux qui le prennent pour un imbé­cile ou un nul font une erreur monu­men­tale. C’est d’ailleurs ain­si que le bon­homme a tra­cé son che­min : de son acces­sion à la tête du PS en 1997 à sa can­di­da­ture à l’Elysée, per­sonne ne le crai­gnait… et il a tou­jours fini par ramas­ser la mise.

Concernant la pro­messe pré­si­den­tielle de fer­mer Fessenheim « fin 2016 », beau­coup de gens pensent que c’est un véri­table sui­cide qui plom­be­ra ses chances de réélec­tion en 2017 : ses concur­rents dénon­ce­ront les ravages sociaux de la fer­me­ture de la cen­trale. Les médias exhi­be­ront des employés « jetés à la rue », des com­mer­çants « obli­gés de fer­mer bou­tique ». Mais voi­là : comme nous l’annonçons depuis des mois, et comme le pressent Le Monde, la cen­trale ne fer­me­ra pas avant la pro­chaine élec­tion pré­si­den­tielle. Hollande dénon­ce­ra les lob­bies qui se sont oppo­sés au vote du peuple, et deman­de­ra à être réélu pour pou­voir mener à terme son projet.

Normalement, au vu du bilan « éco­lo­gique » de Hollande, les éco­lo­gistes ne pour­ront que se détour­ner de lui. Mais il leur dira « Si vous vou­lez la fer­me­ture de Fessenheim, réélisez-moi. Autrement, le pro­chain pré­sident annu­le­ra tout ». En 2012, Cécile Duflot n’a pas hési­té à jurer qu’elle ne signe­rait jamais avec le PS un accord ne com­pre­nant pas la sor­tie du nucléaire… avant de bafouer sans la moindre honte sa pro­messe quelques jours plus tard. En 2017, « Madame la ministre » appel­le­ra tous les éco­lo­gistes à voter pour Hollande, « pour obte­nir enfin la fer­me­ture de Fessenheim ». Pour une fois, le lob­by nucléaire a bon dos.

La droite, le PCF et la CGT pour­ront encore dénon­cer ensemble les consé­quences « dra­ma­tiques » à venir mais, tant que la fer­me­ture n’est qu’un pro­jet, ces cris d’orfraie n’ont fina­le­ment que peu d’effet, comme cha­cun a pu le consta­ter en 2012. Dernière incon­nue : s’il est réélu en 2017, Hollande fermera-t-il enfin Fessenheim ? Tout dépen­dra des cir­cons­tances. Il n’est pas impos­sible que, d’ici là, une autre cen­trale ren­contre de graves pro­blèmes et soit fer­mée en urgence (en espé­rant qu’il ne s’agisse pas d’un nou­veau Fukushima), sau­vant au pas­sage Fessenheim. La poli­tique est affaire de cynisme…

**« Qui veut la peau du médecin de la centrale nucléaire ? »

Travailler dans une cen­trale nucléaire est mau­vais pour la san­té phy­sique (conta­mi­na­tions, irra­dia­tions), mais aus­si pour la san­té men­tale, du moins pour ceux qui se posent des ques­tions sur les consé­quence de leur acti­vi­té (risques de catas­trophe, pro­duc­tion de déchets radioactifs).

Ces dif­fi­cul­tés sont aggra­vées par le « mana­ge­ment » mis en place dans les cen­trales où l’objectif est d’exploiter les sala­riés autant que faire se peut, comme dans les autres acti­vi­tés indus­trielles (alors que la pro­pa­gande offi­cielle assure sans plai­san­ter que la sûre­té nucléaire est la priorité !)

Et lorsqu’un méde­cin du tra­vail s’avise de prendre ses res­pon­sa­bi­li­tés pour essayer de venir en aide à des sala­riés du nucléaire qui partent à la dérive, il risque de se retrou­ver trai­né en jus­tice par EDF, exploi­tant et exploi­teur sans état d’âme, que des gens naïfs prennent encore pour un Service public…

**M51 : le missile nucléaire qui tombe à l’eau à l’heure du pastis

La France ato­mique, ridi­cule sur le plan « civil » avec les désastres des chan­tiers EPR de Finlande (Areva) et de Flamanville (EDF), l’est tout autant sur le plan mili­taire : la pièce « maî­tresse » de la dis­sua­sion ato­mique hexa­go­nale, le mis­sile M51, a explo­sé en vol avant de s’abîmer au large du Finistère.

Certes, il s’agissait « seule­ment » d’un tir pour prou­ver la fia­bi­li­té (!) du M51, ce der­nier ne conte­nait donc pas de charges nucléaires, mais il est cen­sé empor­ter bien­tôt avec lui envi­ron 60 fois Hiroshima. Au vu du risque d’explosion au décol­lage, voi­là qui va peut-être cal­mer les ardeurs guer­rières… de la France ! On peut donc par­ler d’auto-dissuasion nucléaire, une grande première !

La Fédération anti­nu­cléaire de Bretagne avait appe­lé à se mobi­li­ser quelques jours avant le tir du mis­sile dont elle deman­dait l’annulation, ce qui aurait pri­vé les Bretons d’un joli feu d’artifice (voir la vidéo par exemple dans l’article du Point). D’après les auto­ri­tés, ce qui accré­dite la thèse inverse, l’explosion du M51 n’aurait impli­qué aucun dan­ger pour la population.

Le com­bus­tible « pro­per­gol » ( au per­chlo­rate d’ammonium) serait-il bio ? Ce pro­duit a pour­tant conta­mi­né une par­tie des cap­tages d’eau de l’agglomération bor­de­laise, du fait de son uti­li­sa­tion dans l’usine SNPE de Saint-Médard-en-Jalles (Gironde), héri­tière de la fameuse « pou­dre­rie royale » créée en 1660.

De longue date, les jeunes (dont un futur obser­va­teur du nucléaire !) qui se ren­daient à leur col­lège en vélo s’étouffaient par­fois à moi­tié en res­pi­rant des éma­na­tions venues de la pou­dre­rie, où ont été mis au point les com­bus­tibles solides qui pro­pulsent en par­ti­cu­lier la fusée Ariane et le mis­sile M51… quand celui-ci n’explose pas.

Notons pour finir que le spé­cia­liste « défense » du Point n’y va pas de main morte, accu­sant à juste titre les res­pon­sables du fias­co du M51, indus­triels, mili­taires et poli­tiques, de se défi­ler. Ils pré­parent pro­ba­ble­ment le 14 juillet…

Mardi 7 mai

**Contrat d’Areva en Turquie : l’AFP ne fait pas mieux que le Tribune

Vendredi, LaTribune.fr décré­tait, sans appor­ter le moindre élé­ment de preuve, que le pro­jet de construc­tion de 4 réac­teurs en Turquie offrait un contrat « juteux » pour les entre­prises fran­çaises Areva et Gdf-Suez. Aujourd’hui, citant des décla­ra­tions de Luc Oursel, le PDG d’Areva (oui, celui qui attaque l’Observatoire du nucléaire en jus­tice !), l’AFP affirme que « la part d’Areva pour­rait être de 4 à 5 milliards ».

Mais, là aus­si, aucun détail n’est don­né, à tel point que le lec­teur pro­fane peut pen­ser que ces mil­liards vont tom­ber dans la poche d’Areva. Or, avec cette enve­loppe, le construc­teur doit four­nir les com­po­sants de la cen­trale et les maté­riaux néces­saires, payer les sala­riés (des ingé­nieurs aux ouvriers), etc. Sur les 4 à 5 mil­liards, com­bien restera-t-il à l’arrivée ? Et si les frais dépassent l’enveloppe, qui paie­ra ? Pour mémoire, Areva a ven­du pour 3 mil­liards un réac­teur EPR à la Finlande, mais le prix final est déjà rééva­lué à 8,5 mil­liards et sera pro­ba­ble­ment de 10 milliards !

Quant à l’exploitation de la cen­trale turque, qui pour­rait être attri­buée à GDF-Suez, sera-t-elle pro­fi­table ? La dépêche recon­naît d’ailleurs que l’exploitant pres­sen­ti ne s’est pas encore « accor­dé avec le gou­ver­ne­ment turc sur le prix de vente de l’électricité qui sera pro­duite par la cen­trale ». Or, comme c’est le cas actuel­le­ment entre EDF et le gou­ver­ne­ment bri­tan­nique, cette négo­cia­tion est cru­ciale… et les deux par­ties veulent bien sûr en sor­tir gagnantes !

Nous main­te­nons donc nos pro­nos­tics : il est pro­bable que ces pro­jets nucléaires (tant en Turquie qu’en Grande-Bretagne) seront annu­lés, et si par mal­heur ils se concré­ti­saient, ce seraient de nou­veaux gouffres finan­ciers pour la France.

**Important : une centrale définitivement arrêtée aux USA malgré une prolongation de durée de 20 ans !

A prio­ri, c’est une infor­ma­tion banale : une cen­trale nucléaire, en l’occurrence celle de Kewaunee (Wisconsin), est défi­ni­ti­ve­ment arrê­tée après avoir fonc­tion­né 40 ans. Ce n’est pas la pre­mière… et c’est loin d’être la der­nière, en par­ti­cu­lier aux USA où les fer­me­tures vont se mul­ti­plier. Mais ce qui est par­ti­cu­liè­re­ment notable dans cette affaire, et qui pré­fi­gure pro­ba­ble­ment d’autres situa­tions com­pa­rables, c’est que cette cen­trale vient juste d’obtenir de l’autorité de sûre­té des USA, la NRC, l’autorisation de fonc­tion­ner 20 ans de plus, jusqu’en 2033.

Or le pro­prié­taire, Dominion, qui a échoué dans plu­sieurs autres pro­jets nucléaires, a déci­dé de vendre Kewaunee… mais aucun ache­teur ne s’est pré­sen­té. Résultat : on ferme ! La NRC, qui, comme l’ASN fran­çaise est à la solde du lob­by nucléaire, se retrouve gros-jean comme devant avec son auto­ri­sa­tion de 20 ans supplémentaires !

Cette affaire est une nou­velle preuve, s’il en fal­lait encore, de ce que la pro­duc­tion d’électricité avec des cen­trales nucléaires est une acti­vi­té plus défi­ci­taire que jamais. Et aux USA, quand ça ne rap­porte pas, ça s’arrête. Contrairement à ce qui se passe en France où l’argent public vient tou­jours sau­ver l’atome…

**Fuite radioactive de la centrale de Palisades dans le lac Michigan

Traversons le lac Michigan en dia­go­nale, du nord-ouest au sud-est, pour aller de la cen­trale de Kewaunee à celle de Palisades. Celle-ci a pris la regret­table habi­tude (c’est le seconde fois cette année) de déver­ser des pro­duits radio­ac­tifs dans le lac, tout en expli­quant que, vu la taille de ce der­nier, la « sûre­té » est assu­rée par le phé­no­mène de dilution.

Ces plai­san­tins doivent avoir d’autres blagues sous le coude vu que leur pauvre cen­trale connait régu­liè­re­ment des pro­blèmes et est clas­sée régu­liè­re­ment par­mi les plus dan­ge­reuses des USA et a même décro­ché une fois le pom­pon. Cette cen­trale a été mise en ser­vice en 1971, elle a donc dépas­sé 40 ans, mais a bien enten­du obte­nu de la NRC le droit d’aller jusqu’à 60 ans. En toute « sûre­té », c’est évident…

**Le projet de centrale nucléaire balte de plus en plus fumeux

La cen­trale nucléaire d’Ignalina, située à Visaginas en Lituanie, qui com­pre­nait deux réac­teurs de type Tchernobyl, a été fer­mée le 31 décembre 2009. Avant même cet arrêt, il exis­tait un pro­jet de construc­tion de nou­veaux réac­teurs réunis­sant les pays baltes et éven­tuel­le­ment la Pologne.

D’ailleurs, le 29 mars 2009, l’AFP titrait « Centrale nucléaire d’Ignalina : début des tra­vaux pré­vu à l’automne ». Certes, le conte­nu de la dépêche mon­trait qu’il s’agissait là prin­ci­pa­le­ment de décla­ra­tions des auto­ri­tés litua­niennes, mais on a du mal à com­prendre ce titre dépour­vu de la moindre ambi­guï­té. D’autant que l’automne 2009 est pas­sé, ain­si que ceux de 2010, 2011, 2012, et rien ne s’est pro­duit. Aujourd’hui, selon des infor­ma­tions venues de Lettonie, le pro­jet est plus que jamais enter­ré. Confirmation à l’automne ?

**Japon : les résistants nippons contre le projet de centrale nucléaire

Une his­toire vieille de 60 ans, au Japon comme en France ou ailleurs : l’histoire du lob­by de l’atome et de son argent sale, accep­té avec joie ou honte (selon les cas) par cer­tains mais refu­sé par les gens dignes.

Mercredi 8 mai

**Plus qu’un élève dans une école proche de Fukushima…

Le plus grand quo­ti­dien japo­nais raconte l’aventure de Takachi Sato, le der­nier élève de l’école de Onami, toute proche de Fukushima. A la fin de l’année, Takashi par­ti­ra dans le secon­daire, l’école fer­me­ra pro­ba­ble­ment. L’industrie nucléaire sème la misère et la déso­la­tion par­tout où elle passe. Parfois dans la durée, par­fois bru­ta­le­ment, mais tou­jours avec application.

Jeudi 9 mai

**Notre ami Riguidel ne veut pas naviguer sur une poubelle (nucléaire) !

Chacun connait la chan­son de Renaud : « Tabarly, Pajot, Kersauson et Riguidel, ne naviguent pas sur des cageots, ni sur des pou­belles ». Notre cher Eugène Riguidel, vain­queur de la course trans­at­lan­tique 1979, est aujourd’hui par­rain de l’Observatoire du nucléaire mais sur­tout un homme libre et enga­gé.

Avec des amis marins, plus jeune que jamais, Eugène se bat tou­jours pour ne pas navi­guer sur une pou­belle, mais cette fois il ne s’agit plus de son voi­lier : il s’agit car­ré­ment de la mer, dans laquelle le lob­by de l’atome déverse depuis des décen­nies des déchets nucléaires et des rejets radio­ac­tifs. Bravo Eugène !

A noter :

**Arte le 21 mai à 20h50 : « Centrales nucléaires, démantèlement impossible ? »

Nous revien­drons la semaine pro­chaine sur la dif­fu­sion de ce repor­tage, mais d’ores et déjà nous vous sug­gé­rons de noter la date sur ARTE, le mar­di 21 mai à 20h50. Documentaire de Bernard Nicolas (France, 2013, 1h07min).