Observatoire du nucléaire

Organisme indépendant de surveillance de l’industrie nucléaire

Revue de presse n°39

28 février 2013 · ana duarte

Vendredi 22 février

**Blayais : un festival « solidaire »… très radioactif !

« Blaye estuaire du monde » est un fes­ti­val « soli­daire » annon­cé pour les 28 et 29 sep­tembre 2013. Au pre­mier abord, ça paraît chouette : il y est ques­tion de soli­da­ri­té, d’énergies renou­ve­lables, de com­merce équi­table. Pourtant, un pre­mier doute s’immisce à la lec­ture de la page d’accueil du site web : « Blaye Estuaire du Monde ambi­tionne de deve­nir de façon pérenne, le plus grand espace soli­daire du Sud Ouest ». Solidarité… mégalo ?

Un coup d’oeil à la liste des par­te­naires confirme le pro­blème : la cen­trale nucléaire du Blayais, le CCAS de cette même cen­trale, les hyper­mar­chés Leclerc, une banque… Drôle de « soli­da­ri­té », étrange éner­gie « renou­ve­lable », curieux com­merce « équi­table ». D’ailleurs, on apprend que c’est bien la cen­trale et son CCAS qui vont assu­rer la logistique.

Il s’agit donc bien d’une arnaque, une trom­pe­rie qui a pié­gé des artistes véri­ta­ble­ment soli­daires, comme la Compagnie Jolie Môme, Toma Sidibe, et des asso­cia­tions elles aus­si fort res­pec­tables. L’association Tchernoblaye tente depuis quelques jours d’alerter, affaire à suivre.

C’est pro­ba­ble­ment l’occasion de rap­pe­ler que la ville de Blaye, elle-même par­te­naire du fes­ti­val « solidaro-radioactif », a autre­fois essayé de faire inter­dire par la jus­tice l’association Tchernoblaye. La ville esti­mait que son image était salie, non pas par la pré­sence de la cen­trale mais… par le nom de l’association !

Le juge­ment avait heu­reu­se­ment été en faveur de Tchernoblaye (hom­mage à son avo­cat Me Touzet, hélas décé­dé depuis) mais, aujourd’hui comme hier, on peut consta­ter à quel point une région peut être pla­cée sous la domi­na­tion d’une cen­trale nucléaire. Une rai­son de plus de reje­ter l’atome…

**Un accident nucléaire en France : mais combien coûte une vie humaine pour l’IRSN ?

Dans la revue de presse n°36, nous avions raillé (à juste titre) la curieuse étude d’un éco­no­miste agis­sant pour le compte de l’IRSN (Institut de radio­pro­tec­tion et de sureté nucléaire, orga­nisme d’Etat). C’est main­te­nant l’excellent Thierry Ribault, lui-même éco­no­miste (au CNRS), qui étrille de façon magis­trale la démarche de l’IRSN. Sa conclu­sion est limpide :

« Centrer le « débat public » sur le coût de l’accident, afin de des­sai­sir la popu­la­tion des arbi­trages opé­rés en amont par les simu­la­teurs, et faire por­ter la dis­cus­sion uni­que­ment sur la ges­tion des consé­quences fatales de ces arbi­trages, voi­là qui per­met à l’IRSN de lais­ser dans l’ombre la seule ques­tion qui ait de l’importance aujourd’hui : non pas : « com­bien coûte un acci­dent nucléaire ? » ; mais plu­tôt : « com­bien vaut une vie humaine ? » »

Pour mémoire, de même que l’Observatoire du nucléaire, Thierry Ribault s’était aus­si cou­ra­geu­se­ment éle­vé (cf sur Rue 89) contre la publi­ca­tion d’un docu­ment insi­dieu­se­ment pro­nu­cléaire par le CNRS, son propre orga­nisme (mais il est vrai que ce der­nier est très divers et ne sau­rait être condam­né dans son ensemble… ne serait-ce que parce qu’on y trouve des gens comme Thierry).

**Des parutions à propos de Tchernobyl et Fukushima

A pro­pos des catas­trophes nucléaires et de leurs consé­quences, on note­ra avec inté­rêt un article de l’excellente Agnès Sinaï dans le Monde Diplomatique daté de mars 2013. Il y est d’ailleurs ques­tion, en termes élo­gieux, du livre « Les sanc­tuaires de l’abîme », de Nadine et… Thierry Ribault, qui se démul­ti­plie pour faire connaître la véri­té sur les consé­quences de Fukushima. Notons aus­si la paru­tion du n°63 du « Dniepr », de l’association « Les enfants de Tchernobyl ».

Samedi 23 février

**Lauvergeon chez American express : par ici la monnaie !

Anne Lauvergeon est dépi­tée de son échec chez Areva : entre­prise qua­si­ment en faillite, épée de Damoclès judi­ciaire dans l’affaire Uramin, record mon­dial de ridi­cule avec l’EPR fin­lan­dais, mise en échec en Australie par un modeste - mais cou­ra­geux - abo­ri­gène, etc.

Mais aus­si d’être reca­lée de par­tout : EDF, EADS, BPI (Banque publique d’investissement), per­sonne ne veut plus d’elle comme chef. Alors, par dépit, elle col­lec­tionne les stra­pon­tins inutiles… mais lucra­tifs. D’ailleurs, elle est mariée… avec M. Fric (véri­dique !)
Surveillance de Libération, par­ti­ci­pa­tion aux CA de GDF-Suez, Vodafone, Total, Safran, et main­te­nant American express, pro­ba­ble­ment pour avoir une carte de cré­dit illi­mi­tée. Tous ces emplois pour une seule per­sonne, ça fait beau­coup, même si ça ne sert à rien.

Dimanche 24 février

**Nouvel échec de l’EPR, en Finlande cette fois !

Excellent exer­cice de com­mu­ni­ca­tion de crise de la part d’Areva. Informée qu’elle était écar­tée de l’appel d’offre fin­lan­dais pour un nou­veau réac­teur (qui ne sera d’ailleurs pro­ba­ble­ment jamais construit), la mul­ti­na­tio­nale radio­ac­tive a déployé des efforts d’imagination pour que les médias ne titrent pas « Nouvel échec d’Areva ».

C’est ain­si que, pre­nant les devants, le lob­by nucléaire fran­çais - pro­ba­ble­ment Areva elle-même - a divul­gué l’information, mais de façon alam­bi­quée, floue, voire incom­pré­hen­sible. Jugez un peu : « appel d’offre arrê­té », les Finlandais « ouvrent des dis­cus­sions avec Toshiba sur un réac­teur de forte puis­sance », mais « Areva pour­suit les négo­cia­tions sur des réac­teurs de plus petite taille », un porte-parole d’Areva « juge la situa­tion confuse mais sou­ligne qu’Areva reste sur les rangs pour un éven­tuel réac­teur de moyenne puissance ».

En réa­li­té, la situa­tion n’est pas confuse du tout ; l’appel d’offre n’est abso­lu­ment pas « arrê­té », sim­ple­ment Areva et son EPR sont éli­mi­nés, comme aux Emirats, aux USA, en Tchéquie, etc. Seule conso­la­tion pour Areva, le réac­teur en ques­tion ne ver­ra pro­ba­ble­ment jamais le jour, le pro­jet étant plom­bé par le départ de l’Allemand EON qui a com­pris, lui, que le nucléaire n’a pas d’avenir. La France ato­mique va pro­ba­ble­ment mettre 20 ou 30 ans de plus pour s’en apercevoir…

Lundi 25 février

**On ne s’en lasse pas : nouvel échec de l’EPR, en Tchéquie cette fois !

Nous enten­dons déjà les cri­tiques : nous sommes de « mau­vais fran­çais » qui se délectent des échecs d’une entre­prise hexa­go­nale. Eh bien OUI ! Bien enten­du, ce que nous sou­hai­tons, c’est que les pro­jets nucléaires n’aboutissent pas du tout, car les réac­teurs étran­gers sont à peine moins dan­ge­reux que les français !

Mais tout de même, après des décen­nies de bour­rage de crâne sur le thème de « ce nucléaire que le monde entier nous envie », « La France à la pointe de l’atome », etc, quelle franche rigo­lade en consta­tant la liste sans fin des échecs ato­miques d’EDF et Areva ! Bon, vive­ment la prochaine…

**La France va dépolluer un ancien site d’essais d’armes chimiques en Algérie

Marianne écrit : « Selon nos infor­ma­tions, la France va dépol­luer un ancien site d’essais d’armes chi­miques en Algérie, que l’armée fran­çaise a uti­li­sé jusque dans les années 70. L’accord, confi­den­tiel, a été conclu entre Paris et Alger lors de la visite du pré­sident Hollande en Algérie en décembre dernier. »

Cette infor­ma­tion invite à rap­pe­ler que la France a gra­ve­ment conta­mi­né d’autres sites algé­riens entre février 1960 et février 1966, lors de 17 essais ato­miques dont 4 à ciel ouvert. S’il est impos­sible de récu­pé­rer la radio­ac­ti­vi­té expé­diée dans l’atmosphère, on trouve par contre encore dans le désert algé­rien des sites et des maté­riaux conta­mi­nés. Voir ou revoir à ce sujet le film « Gerboise bleue ».

**France/Algerie : un accord nucléaire loin d’être Bénin ?

Les bonnes rela­tions actuelles entre Paris et Alger pour­raient bien illus­trer une hypo­thèse déjà évo­quée par notre ami blo­gueur Patrig K : un chan­ge­ment de route pour l’exportation de l’uranium nigé­rien vers la France. D’ailleurs, oppor­tu­né­ment, l’Algérie veut bien aider le Niger pour gou­dron­ner le « maillon man­quant » de 230 km situé entre Assamaka et Arlit.

Actuellement, l’uranium (sous sa forme dite du « yel­low cake ») des­cend en camions sur des mil­liers de kilo­mètres jusqu’à Cotonou (Bénin) d’où il rejoint, après un long périple mari­time, Sète ou, par­fois, Saint-Nazaire. Dans ce der­nier cas, la pré­cieuse car­gai­son est ache­mi­née jusqu’à Malvési (Aude) en train, pas­sant en par­ti­cu­lier par Saint-Macaire (Gironde), siège de l’Observatoire du nucléaire, où elle peut croi­ser les déchets radio­ac­tifs venus de la cen­trale nucléaire de Golfech. Bigre, quel trafic !

Comme par hasard, la France a ces der­niers jours déli­bé­ré­ment jeté un froid avec le Bénin en lan­çant offi­ciel­le­ment une mise en garde contre les risques d’attentat ou d’enlèvement dans ce pays, qui s’est alors décla­ré « stu­pé­fait ». Il ne serait donc pas sur­pre­nant que l’on apprenne bien­tôt que, par sou­ci éco­lo­gique (bien sûr !), Areva a déci­dé d’exporter l’uranium du Niger par l’Algérie et non plus par le Bénin. A suivre…

Mardi 26 février

**Aux Etats-Unis, le site nucléaire de Hanford fuit… Et alors ?

Non non, ce titre grin­çant n’est pas de l’Observatoire du nucléaire mais bien du jour­nal Le Monde, qui trouve quand même extra­or­di­naire que les « res­pon­sables » du nucléaire US se défilent face à la situa­tion dans le site de Hanford (cf revue de presse de la semaine der­nière), qui est déjà grave et qui menace de deve­nir catastrophique.

Pourtant, ce n’est qu’une illus­tra­tion par­mi beau­coup d’autres de ce qu’est le nucléaire : des gens qui ont des acti­vi­tés lucra­tives (vendre de l’électricité) ou stra­té­giques (faire des bombes ato­miques) et qui dis­pa­raissent ensuite au moment de payer l’addition (déchets, déman­tè­le­ment). Le plus éton­nant est… que Le Monde s’en étonne encore !

Tant que nous y sommes, notons que dans ce même site nucléaire de Hanford, fonc­tionne un réac­teur nucléaire… et un seul . En effet, ce sont en fait 5 réac­teurs qui étaient pré­vus, les 4 autres ont été en grande par­tie construits dans les années 70 et 80, mais les chan­tiers ont ren­con­tré tant de dif­fi­cul­tés qu’ils n’ont jamais été achevés.

Des mil­liards de dol­lars ont ain­si été gas­pillés dans l’atome. En 1995, les quatre « réac­teurs » ont été rasés avant que la com­pa­gnie (WPPSS) ne change de nom pour effa­cer le pas­sé. Voir (en anglais) cette édi­fiante his­toire qui nous a été signa­lée par Marie, une fran­çaise « exi­lée » dans ce coin.

**Pitié pour les dirigeants d’Areva qui veulent envoyer du MOX au Japon !

Non, ce n’est pas de la haine que méritent les diri­geants d’Areva, mais de la pitié. Ces tristes per­son­nages, pri­son­niers de leurs rôles mor­bides (mais, il est vrai, très gras­se­ment rému­né­rés), s’évertuent à faire leur tra­vail, c’est à dire nuire le plus pos­sible à la nature et aux êtres vivants.

C’est ain­si que Areva veut expé­dier au Japon du com­bus­tible nucléaire, le fameux MOX (conte­nant du plu­to­nium, le pire des poi­sons pro­duits par les humains). Pourtant, 52 des 54 réac­teurs japo­nais sont arrê­tés, et les deux qui fonc­tionnent n’utilisent pas de MOX ! L’objectif de cette opé­ra­tion nau­séa­bonde est de signi­fier qu’il faut tour­ner la page de Fukushima et de pous­ser les japo­nais à remettre en fonc­tion cer­tains réac­teurs. En réa­li­té, la catas­trophe est tou­jours en cours, les conta­mi­na­tions sont dra­ma­tiques et leurs consé­quence s’aggravent au fil du temps.

Qui plus est, quand bien même Fukushima serait ter­mi­né (ce qui ne sera le cas que dans quelques siècles), ce ne serait pas une rai­son pour ris­quer une nou­velle catas­trophe en relan­çant les réac­teurs. Heureusement qu’il existe sur Terre des gens for­mi­dables comme Jeffrey Lee, mais cela suffira-t-il à empê­cher les nucléo­crates d’obérer le pré­sent et, sur­tout, l’avenir ?

Mercredi 27 février

**Le projet nucléaire de Belene (Bulgarie) à nouveau enterré !

En jan­vier, un réfé­ren­dum a eu lieu en Bulgarie sur la conti­nua­tion du pro­jet de cen­trale nucléaire à Belene. Les oppo­sants les plus moti­vés sont allés voter « non », mais la plu­part sont res­tés chez eux vu qu’une par­ti­ci­pa­tion infé­rieure à 50% suf­fi­sait à refu­ser le projet.

Cependant, la par­ti­ci­pa­tion fut (de jus­tesse) supé­rieure à 20%, obli­geant le par­le­ment à se pro­non­cer dans les trois mois. Voici qui est fait : par 114 voix contre 40, le pro­jet nucléaire de Belene est une nou­velle fois enter­ré. Mais les socia­listes, nucléo­crates indé­crot­tables, jurent que, s’ils gagnent les pro­chaines élec­tions en mai, ils relan­ce­ront ce pro­jet fan­tome qui court depuis… 1980 ! Notons pour finir que, comme tout site nucléaire digne de ce nom, celui de Belene est situé en pleine zone sismique…

**Le chantier de la centrale de Lungmen (Taïwan) à nouveau suspendu en attendant un référendum

Taïwan compte trois cen­trales nucléaires, de deux réac­teurs cha­cune, de véri­tables anti­qui­tés mises en ser­vice à la fin des années 70 et au début des années 80. La pre­mière cen­trale doit fer­mer en 2019, la seconde en 2023 (sauf explo­sion avant !)

Une qua­trième cen­trale de deux réac­teurs est en construc­tion à Lungmen depuis 1997 mais, 15 ans plus tard, le chan­tier est loin d’être ter­mi­né et, comme il se doit lorsqu’il s’agit de nucléaire, le bud­get ini­tial a été lit­té­ra­le­ment « explosé ».

Aussi « Les dépu­tés de la majo­ri­té et de l’opposition sont par­ve­nus à un consen­sus sur le fait que les tra­vaux de construc­tion devaient être ralen­tis, voire sus­pen­dus, jusqu’à la tenue du réfé­ren­dum annon­cé sur la ques­tion de son éven­tuel aban­don. Dans l’intervalle, aucun bud­get addi­tion­nel ne sera voté et les barres de com­bus­tible nucléaire ne seront pas installées. »

En atten­dant ce réfé­ren­dum, signa­lons (grâce à F.A.) que les ato­mistes taï­wa­nais stockent leurs déchets radio­ac­tifs sur l’ile des Orchidées, ou vivent depuis la nuit des temps les Tao (groupe eth­nique malayo-polynesien), dont les champs de taro sont désor­mais radio­ac­tifs. Encore un groupe autoch­tone qui reçoit les « cadeaux » de l’industrie nucléaire…

**Des élèves « irradiés de bonheur »… depuis 40 ans !

EDF dis­pose de longue date de nom­breuses équipes d’ « ani­ma­teurs » dont la mis­sion est de sou­mettre les élèves de France à un véri­table bour­rage de crâne pro­nu­cléaire, avec visites de cen­trales en prime.

Cette écœu­rante pro­pa­gande se fait avec la col­la­bo­ra­tion active de la hié­rar­chie de l’Education natio­nale et, il faut hélas le dire, par­fois avec celle de pro­fes­seurs : soit par sou­tien à l’atome hexa­go­nal, soit par igno­rance (« Ah bon, on peut se pas­ser du nucléaire ? »), soit par faci­li­té : une demi-journée pas trop fati­gante, EDF s’occupe de tout.

On note­ra le trait d’ironie du jour­na­liste qui ter­mine en signa­lant que les élèves sont reve­nus « irra­diés de bon­heur ». De nos jours, il faut user de finesse pour cri­ti­quer entre les lignes ces entre­prises de l’atome qui, avec leurs puis­sants bud­gets publi­ci­taires, « tiennent » beau­coup de médias…

Pour illus­trer le fait que cette pro­pa­gande dure depuis des décen­nies, l’Observatoire du nucléaire vous offre le fac-similé d’une cir­cu­laire « his­to­rique » de l’Académie de Paris qui, en 1975, informe les Proviseurs et Directeurs, tenez vous bien, que « EDF a char­gé le Centre Régional de Recherche et de Documentation Pédagogiques de Paris d’organiser des visites de la Centrale Nucléaire de SAINT-LAURENT-DES-EAUX, à l’intention des chefs d’établissement et pro­fes­seurs de l’Académie de Paris ».

Oi, déjà en 1975, EDF déci­dait et les « auto­ri­tés » aca­dé­miques obéis­saient. Certes, on ne ver­rait plus aujourd’hui une telle cir­cu­laire, les méthodes sont pour­tant les mêmes mais elles sont plus fines, plus insi­dieuses. Et les élèves conti­nuent à visi­ter les cen­trales, avec le seul point de vue d’EDF…

Jeudi 28 février

**Démantèlement : la propagande selon le CEA… et Mme Fontrel

Jamais en retard d’un men­songe, le Commissariat à l’énergie ato­mique (CEA) annonce qu’il est le pre­mier à réus­sir un déman­tè­le­ment, celui des trois réac­teurs du Centre d’études nucléaires de Grenoble. Cependant, le CEA ne sait pas faire dis­pa­raître la radio­ac­ti­vi­té dont il est cou­pable, il sait juste la déplacer.

Cette pauvre « per­for­mance » est encore moins impres­sion­nante lorsqu’on s’informe de la puis­sance des réac­teurs en ques­tion : 35 MW, 8 MW, et 0,1 MW. Autant dire que c’est négli­geable com­pa­ré aux 58 réac­teurs EDF qui vont de 900 MW à 1450 MW, et qu’il fau­dra bien déman­te­ler un jour.

Pas de quoi réfré­ner le zèle de Mme Fontrel, res­pon­sable de l’environnement à France inter… ce qui ne l’empêche pas d’apprécier le nucléaire et, à l’occasion de faire de la pro­pa­gande pro-atome. Elle nous gra­ti­fie donc d’un repor­tage « bisou­nours » qui aura par­fai­te­ment satis­fait le CEA dans son opé­ra­tion d’esbroufe. C’est l’occasion de rap­pe­ler que la dame a un jour inter­viewé un « spé­cia­liste du cli­mat »… en omet­tant juste de signa­ler aux audi­teurs qu’il s’agissait d’un repré­sen­tant du CEA.

Comme par hasard, le bon­homme en avait pro­fi­té pour expli­quer - en toute neu­tra­li­té bien sûr ! - que déve­lop­per le nucléaire était une excel­lente façon de pro­té­ger le cli­mat. La chro­nique en ques­tion n’est hélas plus en ligne (dom­mage !) mais il nous reste une trace visuelle et le sou­ve­nir d’une chro­nique bafouant allè­gre­ment toute éthique…

**Mégajoule : le Torii de la Paix profané… par le Conseil général !

La glo­rieuse « France militaro-nucléaire » construit au Barp (Gironde) une ins­tal­la­tion gigan­tesque, le Laser Mégajoule (cf http://laser.megajoule.free.fr), pour essayer de mettre au point une nou­velle géné­ra­tion de bombes ato­miques. Ces bombes seraient suf­fi­sam­ment minia­tu­ri­sées pour pou­voir être véri­ta­ble­ment uti­li­sées, contrai­re­ment aux bombes actuelles qui sont trop puis­santes et ne servent qu’à dis­sua­der, ce qui est très déce­vant pour l’État-major.

Passons - momen­ta­né­ment - sur le fait que, comme son cou­sin ITER (http://reacteur.iter.free.fr), l’échec tech­no­lo­gique est d’ores et déjà assu­ré pour cette ins­tal­la­tion, dédiée à la fusion nucléaire, dont le seul exploit est d’avoir explo­sé… son calen­drier et son bud­get (il est vrai que c’est par­fai­te­ment banal pour un pro­jet nucléaire).

Ce qui nous inter­pelle aujourd’hui, c’est l’action vigou­reuse du Conseil géné­ral de la Gironde pour assu­rer la sécu­ri­té des citoyens. Les élus dépar­te­men­taux se sont-ils enchai­nés au por­tail du Commissariat à l’énergie ato­mique (CEA) pour dénon­cer la guerre nucléaire ?

Non, ils ont été encore bien plus cou­ra­geux : ils ont fait démon­ter le Torii (mémo­rial de la Paix) qui avait été ins­tal­lé près de l’entrée du site nucléaire par l’association Négajoule. Pourtant soli­de­ment implan­té, ce beau monu­ment met­tait, parait-il, la popu­la­tion en dan­ger. Contrairement, il faut croire, aux armes nucléaires et aux conta­mi­na­tions cau­sées depuis 50 ans par le CEA (cf http://tchernoblaye.free.fr/contami…)…

**Pour EDF en Grande-Bretagne, « mon oncle d’Amérique » est chinois !

Vous connais­sez peut-être le mythe de « mon oncle d’Amérique », auquel s’accrochent par­fois les gens en dif­fi­cul­té. Oui, cet oncle qui a « réus­si » aux USA et qui, « un jour », revien­dra et, muni de son énorme ché­quier, sau­ve­ra ce qui peut l’être encore.

Eh bien sachez que, enli­sé dans son impro­bable pro­jet nucléaire en Grande-Bretagne, EDF a trou­vé son oncle d’Amérique : il s’appelle CGNPC et… est chi­nois ! Peu importe puisqu’il pos­sède bien la seule chose pour laquelle il est tant atten­du : l’énorme chéquier.

Nous le consta­tons chaque semaine, pro­duire de l’électricité avec des cen­trales nucléaires est hors de prix, et la plu­part des pro­jets sont annu­lés. Nous vu aus­si lors des pré­cé­dentes revues de presse que, pour construire des réac­teurs EPR en Grande-Bretagne, EDF tente d’obtenir de Londres de lourdes aides finan­cières qui ne seront pro­ba­ble­ment pas accep­tées par la Commission européenne.

Alors il ne reste plus à EDF que son « Oncle d’Amérique », l’entreprise chi­noise CGNPC qui pour­rait ren­flouer le pro­jet. La dépêche de Reuters rend compte des espoirs fous des diri­geants d’EDF qui tentent de se ras­su­rer en expli­quant que, contrai­re­ment aux amé­ri­cains, les anglais pour­raient accep­ter des capi­taux chi­nois dans leurs cen­trales nucléaires, etc.

Nous ver­rons bien si les Chinois se lancent, et si Londres accepte de se mettre à leur mer­ci. Mais dans ce cas, il est très impro­bable que les Chinois paient pour faire des EPR : n’importe quel autre réac­teur sera « moins pire » ! A suivre…

**Farce : Areva veut toujours vendre 10 EPR d’ici 2016 !

Le ridi­cule ne tue pas, dom­mage. En effet, mal­gré leurs échecs désor­mais innom­brables, les diri­geants d’Areva pré­tendent tou­jours vendre 10 EPR d’ici 2016 ! Prétendant qu’il y a « une dyna­mique géné­rale du mar­ché des nou­velles construc­tions de réac­teurs » (Ah bon ? Mais où ça ?), le PDG d’Areva, grand sei­gneur, avoue « Nous ne rem­por­te­rons pas tous les contrats ». Guignol n’a qu’à bien se tenir, Oursel débarque, et il est encore plus mar­rant qu’Anne Lauvergeon…

**L’OMS tente de minimiser les conséquences de Fukushima

On le savait à l’avance puisque, du fait d’un accord nau­séa­bond datant de 1959, l’Organisation mon­diale de la san­té (OMS) ne peut s’exprimer sur le nucléaire sans se sou­mettre à la cen­sure de l’Agence inter­na­tio­nale pour l’énergie nucléaire (AIEA).

On le savait donc, l’OMS allait men­tir sur les consé­quences de Fukushima, comme elle le fait allè­gre­ment pour Tchernobyl depuis 27 ans. Bien sûr, l’OMS ne va pas jusqu’à pré­tendre que la catas­trophe n’a pas de consé­quences, mais elle les mini­mise scandaleusement.

Dès avril 2011, Michel Fernex décri­vait le scan­dale : « L’OMS ne peut que répé­ter les chiffres que lui donne l’AIEA. Actuellement, si vous allez au Japon et que vous cher­chez l’OMS, vous ne la trou­ve­rez pas. Ils ne sont pas là. L’AIEA est là depuis le départ. C’est l’effacement total de l’OMS face à un nou­vel acci­dent nucléaire. »

Contaminer, men­tir, cor­rompre, dés­in­for­mer, envoyer la police, l’armée s’il le faut : le lob­by nucléaire dans toute sa splen­deur. Finalement, ces gens là ne font pas vrai­ment rire.