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Publié le 13 décembre 2012

Revue de presse n°28

Semaine du vendredi 7 au jeudi 13 décembre 2012

Vendredi 7 décembre

ITER à Cadarache : le projet pharaonique se dirige vers un fiasco colossal

Excellent dossier rédigé par Antoine Calandra qui suit la question d’Iter depuis des années. Tel un tanker fou que plus personne ne peut arrêter, le projet Iter se poursuit alors que son échec total ne fait plus de doute. Sidérant.

Le Japon aura du mal à se passer du nucléaire... selon le patron d’Areva !

En juillet 2011, le discret Luc Oursel a succédé à la tête d’Areva à la « lionne » Lauvergeon qui, pour sa part, surveille désormais Libération et le pseudo « Débat national sur l’énergie ». Libération, justement, a fait un portrait d’Oursel, présenté comme un petit chef gestionnaire, appliqué et prudent.

Le bonhomme est néanmoins capable de corrompre un chef d’Etat (voir ci-dessous à mercredi) pour tenter de maintenir les activités d’Areva. Il n’oublie pas non plus la bonne vieille méthode Coué en répondant aux questions de l’AFP. Cette dernière a d’abord titré « Le Japon aura du mal à se passer du nucléaire » avant de rajouter plus tard... « selon le patron d’Areva ».

Pour une fois, ce cher Oursel a raison : oui, c’est compliqué de sortir du nucléaire quand un pays compte 54 réacteurs (ou 58 comme en France) : le système électrique est organisé autour de ce parc atomique, il faut tout repenser et reconstruire différemment.

Mais ça peut se faire, et même très vite (l’exemple du Japon montre qu’il faut hélas une catastrophe atomique pour que les décisions nécessaires soient enfin prises). Une chose est sûre, il n’est pas difficile de se passer d’Oursel. Ni de Lauvergeon. Ni...

Nucléaire : à qui EPR gagne !

  • Article « Coué » de l’Usine nouvelle : « EDF a évité le pire sur l’EPR de Flamanville »

Cet article mérite assurément d’accéder au panthéon de la méthode Coué des pronucléaires. Voyez un peu : l’auteur s’efforce (vainement) de prouver que EDF a réalisé une belle opération en reconnaissant que son EPR de Flamanville allait coûter 8,5 milliards (au lieu de 6 annoncés précédemment, et de 2,8 comme promis au départ)

La thèse fumeuse soutenue est que, en devançant l’annonce du départ de l’italien Enel (cf revue de presse de la semaine dernière), EDF aurait limité les dégâts. Au contraire, il aurait été possible pour EDF d’attendre l’annonce du départ d’Enel avant de révéler le surcoût de l’EPR, tout en jurant d’aller de l’avant malgré la « trahison » italienne...

Peu importe : dans tous las cas, il est (enfin) de notoriété publique que l’EPR est nul, hors de prix, et que les derniers partenaires quittent le navire. Usine nouvelle mais ficelles usées. Résultat : un article pour rien et un réacteur pour 8,5 milliards. En attendant la facture finale...

Samedi 8 décembre

Violent séisme au Japon : les centrales nucléaires intactes (il faut dire qu’elles sont à l’arrêt !!)

Bonne nouvelle, les centrales nucléaires japonaises ont résisté au violent séisme qui a eu lieu le 7 décembre. Il faut néanmoins rappeler... qu’elles sont toutes à l’arrêt (sauf une), ce qui aide quand même largement à éviter les problèmes ! Les pronucléaires ne manqueront toutefois pas de noter que la centrale de Ohi a résisté aussi alors que ses réacteurs 3 et 4 fonctionnent à nouveau depuis quelques semaines. Qu’ils ne se désespèrent pas, ils devraient parvenir sous peu à causer un second Fukushima puisqu’une faille active passe... exactement au milieu de la centrale (cf infos et images édifiantes) !!!

Dimanche 9 décembre

Fin du monde : avec le nucléaire, c’est plus probable !

  • Article du Temps (Suisse) : « Hiver nucléaire »

La fin du monde est annoncée pour cette fin d’année, du fait d’obscures prévisions du calendrier Maya, forts contestées d’ailleurs. Le quotidien suisse Le Temps fait donc bien de remettre les pendules à l’heure : la fin du monde menace bel et bien, mais surtout à cause des armes nucléaires. Autre donnée à ne pas négliger : la fin du monde était aussi attendue pour l’an 2000... et elle a bien failli se produire à la centrale nucléaire du Blayais (Gironde) dans la nuit du 27 au 28 décembre 1999 (cf rappels : haut de la colonne de gauche)

Lundi 10 décembre

Redémarrage de la centrale nucléaire antique de l’Arménie

L’Arménie n’a pas de chance, c’est certain : massacres, génocide, séismes et, c’est cocasse, peu de pétrole alors que tous ses voisins en regorgent. Difficile du coup de reprocher aux Arméniens de maintenir en activité leur unique réacteur nucléaire, qui produit carrément 40% de l’électricité du pays.

Mais tout de même... il s’agit d’une antiquité soviétique, construite dans les années 70, et qui ne possède même pas d’enceinte de confinement. Comme il se doit (les pronucléaires ont de l’humour), la centrale est située à proximité immédiate d’une frontière. En l’occurrence, il s’agit de celle de la Turquie : un désastre atomique aura au moins pour avantage de venger 1915.

Désastre assez probable d’ailleurs, vu le caractère ultra-sismique de la région, et le souvenir du séisme de 1988 à Spitak qui a tué tant de gens (et entraîné d’ailleurs d’autres désastres comme « Pour toi Arménie »)

Certes, la centrale de Metsamor avait résisté, mais elle est située à plus de 100 km de Spitak : la chance ne sera pas toujours de mise. Arrêtée de 1988 à 1994, la centrale a été remise en service et, en avril dernier, les autorités arméniennes ont décidé de prolonger sa durée de vie... jusqu’en 2020.

Dernier indice d’un probable désastre : des experts de l’AIEA ont inspecté le réacteur de Metsamor après Fukushima et ont affirmé n’avoir trouvé "rien d’extraordinaire". Tout comme au Japon après le séisme de juillet 2007 qui annonçait pourtant la catastrophe...

Mardi 11 décembre

Déchets nucléaires cherchent tombeau pour 100 000 ans (Ah bon ?)

Alerte générale : pire que l’EPR, que Lauvergeon, que Fukushima, la Commission nationale du Débat public revient ! Cette instance a été créée pour donner aux citoyens l’illusion que des débats démocratiques avaient lieu avant de décider de la mise en oeuvre d’un « grand projet industriel ».

Il faut bien savoir que les débats organisés n’ont strictement aucune influence sur la décision finale... qui est d’ailleurs prise avant même toute discussion ! Les organisateurs ont beau jeu de prétendre que la parole est libre et que chacun peut dire tout le mal du projet étudié : c’est parfaitement exact... mais totalement vain.

Pour mémoire, les projets de construction des réacteurs EPR (fission nucléaire) et ITER (fusion nucléaire) ont fait l’objet de cette parodie de démocratie.

Désormais, il s’agit de « débattre » du véritable crime programmé à Bure (Meuse) : l’enfouissement des déchets radioactifs. Il convient avant tout de lire les informations remarquables données par Ville-sur-Terre.

Enfin, le titre de l’Union est faux : les déchets nucléaires ne cherchent pas « un tombeau pour 100 000 ans ». Ils ne cherchent rien du tout, contrairement au lobby de l’atome qui, lui, cherche à se débarrasser des ces déchets, de ses déchets...

Notons aussi un intéressant article de DD Magazine qui relaie les questionnements d’un groupe de travail organisé autour de Marc Stenger, évêque de Troyes et président de Pax-Christi France (association chrétienne pour la paix dans le monde), qui s’est penché pendant plus d’un an sur les aspects éthiques du projet CIGEO d’enfouissement des déchets nucléaires à Bure...

Corruption : Areva offre un avion au Président du Niger !

Non, vous ne rêvez pas : comme un généreux donateur qui vient en aide à un déshérité, Areva se permet d’offrir de l’argent pour le budget 2013 du Niger : 26 millions d’euros dont 15 déjà affectés à l’achat d’un avion pour le Président du Niger, lui-même ancien directeur d’une filiale... d’Areva ! Il s’agit clairement de corruption, probablement sur le plan juridique, assurément sur le plan moral.

L’Observatoire du nucléaire révèle l’affaire, explosive et tellement édifiante, et demande son avis au Ministre (EELV) du Développement qui, à ce jour, n’a pas d’avis (il doit avoir envie de rester ministre). Le lendemain, une dépêche AFP évoque l’affaire mais elle est éditée tard : la plupart des médias ont « bouclé ».

Conséquence ou non de ce timing, la dépêche n’est reprise que par des médias africains. En France, Areva (et ses pages de publicité tellement appréciées des journaux) a encore eu chaud... mais ce n’est que partie remise.

Mercredi 12 décembre

Projets de réacteurs EPR en Grande-Bretagne : EDF tremble !

  • Article de Bastamag : « Comment EDF construit ses centrales nucléaires grâce à une taxe « écolo » »
  • Article du Guardian : « Des hauts-fonctionnaires invités à boire et diner par les lobbyistes du nucléaire »
  • Article du Guardian : « EDF reporte sa décision concernant le projet de réacteur EPR à Hinkley Point »

Nous avons régulièrement évoqué les manœuvres de Londres (du temps de Blair et Brown autant qu’aujourd’hui avec Cameron) et d’EDF pour faire payer par les citoyens britanniques la construction de nouveaux réacteurs nucléaires.

L’excellent Bastamag revient sur ce dossier, et renvoie aussi vers The Guardian qui a exhumé des documents montrant que les entreprises de l’atome, à commencer par EDF, soudoyaient depuis au moins 3 ans les hauts-fonctionnaires britanniques chargés du dossier nucléaire.

Rien d’étonnant à ce que EDF ait obtenu de Londres des garanties insensées, tout en faisant d’ores et déjà exploser le prix de l’électricité, en attendant de nouvelles violentes augmentations. Pauvres anglais, c’était bien la peine de résister à Napoléon pour céder misérablement devant un EDF en perdition.

Et pourtant, l’incroyable se produit : malgré ces cadeaux inouïs, EDF reporte sa décision de plusieurs mois, avril 2013 au lieu de décembre 2012. C’est à nouveau grâce au Guardian que l’information est connue : en France, seule l’agence boursière Cercle finance en a parlé...

Conclusion : produire de l’électricité avec des réacteurs EPR est encore plus ruineux qu’on veut bien nous le dire. A tel point que, malgré les cadeaux inouïs accordés par Cameron, EDF hésite encore. C’est dire.

Jeudi 13 décembre

Humour : Areva pense vendre dix EPR d’ici fin 2016 !

  • Dépêche AFP : « Areva confirme son objectif de 10 EPR commandés d’ici fin 2016 »

Décidément, Luc Oursel est la vedette incontestée de cette revue de presse. Le voici encore, et pas pour rien : le bonhomme prétend vendre dix EPR d’ici 2016 ! Imprudemment, la dépêche accrédite l’idée que 4 EPR ont déjà été vendus : « Olkiluoto 3 en Finlande, Flamanville 3 en France, et Taishan 1 et 2 en Chine ». La vérité est moins claire.

En effet, peut-on compter dans les EPR « vendus » celui qui a été acheté... par la France ? En effet, les deux EPR qui ont été vendus à la Chine l’ont été à seulement 3,6 milliards les deux ! Le contrat global de 8 milliards comprenait aussi le combustible qu’Areva doit fournir... pendant 15 ans, pour seulement 4,4 milliards ! En effet, l’EPR vendu à la Finlande l’a été au prix fixe de 3 milliards, les surcouts, au moins 5 milliards à ce jour, étant couverts par les Français !

En résumé, un EPR a été vendu à la France par la France, les trois autres ont été vendus lourdement à pertes ! Il serait bien que les médias français n’oublient pas de rappeler ces quelques « détails ».

En résumé, Areva ne vendra probablement aucun EPR (ce qui fait moins de dix !), le pire étant que certains soient vendus : il faudrait alors se demander combien ces ventes coûteraient à la France...

L’EPR autorisé à la construction en Grande-Bretagne (il manque « juste » l’argent !)

Gigantesque « surprise », l’ONR (Autorité de sûreté nucléaire britannique), qui est aussi « indépendante » que l’ASN française, autorise la construction de réacteurs EPR en Grande-Bretagne. EDF fait mine de se réjouir mais... l’argent nécessaire pour construire ces réacteurs n’est pas fourni par l’ONR !

EPR finlandais : 8 milliards aussi (pour le moment !)

Belle contre-attaque d’Areva qui ne pouvait laisser EDF remporter le concours de désastre en cours entre les deux chantiers EPR (Flamanville pour EDF, Finlande pour Areva). Quelques jours après l’aveu par EDF du coût de son EPR, 8,5 milliards à ce jour, Areva estime que le sien coûtera au moins 8 milliards (au lieu de 6,4 auparavant, et de 3 milliards, prix de vente aux Finlandais). Bien sûr, vous l’avez compris, le combat est loin d’être terminé. Qui d’EDF ou d’Areva remportera la palme du chantier le plus catastrophique et le plus coûteux ? La suite bientôt...

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