Observatoire du nucléaire

Organisme indépendant de surveillance de l’industrie nucléaire

Revue de presse n°50

16 mai 2013 · ana duarte

**Prélude : les films et conférences de Alain de Halleux

Si vous connais­sez Alain de Halleux et ses films, vous pou­vez révi­ser sur ce site web. Sinon… précipitez-vous !

Vendredi 10 mai

**Humour : Cattenom, une centrale nucléaire « écologiste » !

Alors que les Luxembourgeois sont en grand majo­ri­té radi­ca­le­ment anti­nu­cléaires, on se demande bien pour­quoi Le Quotidien a jugé utile de publier un « article » qui n’est en fait qu’une sorte de publi-reportage ridi­cule. On « apprend » ain­si que la cen­trale nucléaire de Cattenom, qui se pré­tend « éco­lo­giste », orga­nise une fête de la nature le 26 mai. En plus, il paraît que c’est la sep­tième édi­tion. Le ridi­cule ne tue donc pas, hélas.

**Uranium du Niger : Areva discute avec Areva !

Nous avons vu à de nom­breuses reprises que la France, par l’intermédiaire d’Areva (aupa­ra­vant la Cogéma) s’attribue à un tarif déri­soire l’uranium du Niger, depuis 40 ans, pour ali­men­ter à bon compte les réac­teurs nucléaires français.

Les « élites » nigé­riennes, ins­tal­lées par l’ancienne puis­sance colo­niale, étaient géné­reu­se­ment récom­pen­sées de leur col­la­bo­ra­tion à ce véri­table pillage, et tout allait comme sur des rou­lettes. Mais, de nos jours, les citoyens afri­cains savent s’informer, en par­ti­cu­lier par Internet.

Alors les diri­geants du Niger mettent les formes : ils font sem­blant de tenir tête à l’ancienne puis­sance colo­niale. C’est le cas du Président Issoufou qui, pour mémoire, est… un ancien cadre d’Areva. Il pré­tend qu’un « com­pro­mis » sera bien­tôt trou­vé : il y a donc des dis­cus­sions entre Areva… et Areva.

Une seule chose est cer­taine, c’est qu’il y a une élec­tion pré­si­den­tielle au Niger début 2016, et que c’est Areva qui déci­de­ra de la réélec­tion ou non d’Issoufou (voir ci-dessous à same­di 11 mai). C’est dire si le com­pro­mis annon­cé sera « pro­fi­table » au peuple nigé­rien… qui va donc res­ter un des plus pauvres du monde.

Samedi 11 mai

**Areva, Niger, élections, corruption : en attendant le procès…

Le 14 jan­vier der­nier, l’Observatoire du nucléaire a publié un Document confi­den­tiel qui confirme les accu­sa­tions por­tées contre Areva et l’emprise de cette nui­sible mul­ti­na­tio­nale sur les diri­geants du Niger.

Nul doute que cette pièce à convic­tion sera utile le 20 décembre pro­chain lors du pro­cès inten­té par Areva à l’Observatoire du nucléaire. Il paraît qu’il ne faut pas par­ler de cor­rup­tion lorsqu’on évoque Areva. On se demande bien pourquoi.

Dans ce docu­ment, on voit en par­ti­cu­lier com­ment, pour être réélu début 2016, le Président Issoufou a abso­lu­ment besoin d’annoncer à la popu­la­tion la réa­li­sa­tion de sa plus impor­tante pro­messe de cam­pagne : la mise en ser­vice de la mine d’uranium d’Imouraren.

Or, nous l’avons vu (cf les revues de presse pré­cé­dentes), l’industrie nucléaire mon­diale est dans une telle panade que le mar­ché de l’uranium est tota­le­ment dépri­mé. De fait, Areva n’a aucune inten­tion d’ouvrir Imouraren !

Mais, si M. Issoufou sait se mon­trer « souple », à savoir conti­nuer à vendre à Areva de l’uranium à très bas prix, alors Areva lui orga­ni­se­ra en 2015 une jolie céré­mo­nie de « lan­ce­ment » de la mine d’Imouraren.

Ce sera une pure mas­ca­rade, qui ne sera abso­lu­ment pas sui­vie d’une mise en ser­vice, mais le sub­ter­fuge ne sera éven­té qu’après l’élection pré­si­den­tielle. A Niamey comme à Paris, ce n’est pas la dic­ta­ture qui règne, mais ce n’est pas non plus la démo­cra­tie. Juste du théâtre.

Dimanche 12 mai

**Quatre mois de désinformation pour « justifier » le crime de l’enfouissement des déchets nucléaires

Le lob­by nucléaire ne sait plus que faire de ses déchets nucléaires, en par­ti­cu­lier les plus radio­ac­tifs. Il n’existe aucune solu­tion, à peine des « options », toutes mau­vaises. Mais la plus cri­mi­nelle, et donc for­cé­ment celle qui a été choi­sie par les « res­pon­sables », est l’enfouissement.

Pour don­ner un aspect démo­cra­tique à un dik­tat déci­dé à l’avance, un faux « débat public » est orga­ni­sé pen­dant 4 mois. Les médias publics sont mis à contri­bu­tion : sur France-Inter, le Téléphone sonne du 15 mai a eu pour seuls invi­tés deux pro­mo­teurs du crime de l’enfouissement. Bravo le pluralisme !

Quant aux autres médias, leurs repré­sen­tants sont pro­me­nés (au sens propre comme au sens figu­ré) par l’Andra dans son « labo­ra­toire » sou­ter­rain dont les jour­na­listes res­sortent béats et émer­veillés. Ils nous font alors, en guise d’article, un compte-rendu de visite, truf­fé des « élé­ment de lan­gage de l’Andra. Voyez com­ment, entre autres exemples, l’AFP et le JDD ont sau­té à pieds joints dans le pan­neau. A suivre…

Lundi 13 mai

**Jordanie : autopsie d’un projet nucléaire particulièrement fumeux

Excellente enquête, qui tranche avec les articles béats qui célèbrent des pro­jets nucléaires… qui ne ver­ront jamais le jour, comme l’Atmea en Turquie ou l’EPR en Grande-Bretagne. Il ne s’agit d’ailleurs pas ici d’être pour ou contre le nucléaire, mais de consta­ter le carac­tère tota­le­ment ubuesque - voire stu­pide, à moins que ce ne soit tout sim­ple­ment cri­mi­nel - de ce pro­jet qui, heu­reu­se­ment, res­te­ra tou­jours à l’état de projet.

Le pire est pro­ba­ble­ment l’idée « lumi­neuse » de refroi­dir le réac­teur avec de l’eau… ache­mi­née par pipe-line. Autant orga­ni­ser direc­te­ment un Fukushima jor­da­nien. On rira bien de voir Areva et Rosatom faire sem­blant de riva­li­ser alors que eux savent bien que cette cen­trale ne fonc­tion­ne­ra jamais. Mais ils peuvent pro­ba­ble­ment récu­pé­rer dans l’affaire quelques cen­taines de mil­lions au détri­ment de la popu­la­tion jor­da­nienne. Il n’y a jamais de petit pro­fit, ni d’argent sale, pour le lob­by nucléaire…

Mardi 14 mai

**Nucléaire japonais : faille que faille (sismique)

Il aura fal­lu du temps, mais cela semble enfin recon­nu : une faille sis­mique active passe sous le réac­teur 2 de la cen­trale japo­naise de Tsuruga. Du coup, si tout se passe nor­ma­le­ment, ce réac­teur va être défi­ni­ti­ve­ment fermé.

Fort bien, mais il est quand même sur­pre­nant que cette déci­sion sage (bien que tar­dive) ne concerne pas le réac­teur 1, situé quelques mètres plus loin ! La faille sis­mique ne peut donc créer du dan­ger qu’à sa propre ver­ti­cale ? Et puis, même dans cette sur­pre­nante hypo­thèse, est-on si sûr du posi­tion­ne­ment exact de la faille, à quelques mètres près ?

Tout ceci est d’autant plus incroyable que le réac­teur 1 est une anti­qui­té mise en ser­vice en 1969, et qui devait d’ailleurs être défi­ni­ti­ve­ment mise à l’arrêt en 2010. Mais, juste avant Fukushima, ce réac­teur a obte­nu une pro­lon­ga­tion jusqu’en 2016.

La nou­velle auto­ri­té de sûre­té japo­naise est peut-être un peu moins sou­mise aux exploi­tants que la pré­cé­dente, mais de tout évi­dence, il y a encore du bou­lot. Dire qu’il suf­fi­sait de regar­der « C dans l’air » en juillet 2007…

**Le Superphénix japonais condamné !

On se sou­vient du sur­gé­né­ra­teur fran­çais Superphénix qui avait connu tant de déboires et gas­pillé tant de mil­liards que sa fer­me­ture avait été déci­dée par EDF. Mais, pour que le lob­by de l’atome ne perdre pas la face, cette déci­sion avait été pré­sen­tée comme une conces­sion du pre­mier ministre Lionel Jospin a ses alliés éco­lo­gistes, dont on igno­rait qu’ils soient si « puissants » !

Aussi incroyable que cela puisse paraître, le Superphénix japo­nais a connu une « car­rière » encore plus ridi­cule que le fran­çais : construit à Monju entre 1985 et 1994, il a fonc­tion­né à peine un an avant de s’enflammer et d’être stop­pé… pen­dant 15 ans ! Des ten­ta­tives de réac­ti­va­tions ont été amor­cées en 2010, puis est sur­ve­nue la catas­trophe de Fukushima.

On s’est alors subi­te­ment aper­çu que la pré­ten­due « sûre­té » de l’installation était bâclée de longue date. Entre autre, l’exploitant n’a pas pro­cé­dé dans les délais aux contrôles de sécu­ri­té pério­diques de près de 10.000 des 39.000 pièces d’équipement du site.

Le réac­teur de Monju ne redé­mar­re­ra pro­ba­ble­ment jamais car, pour faire bonne mesure, on a aus­si consta­té qu’il était situé au des­sus d’une faille sis­mique active : les « res­pon­sables » du nucléaire font tou­jours preuve d’humour quand ils choi­sissent un site.

Dépités d’avoir été détrô­nés par les Japonais, les nucléo­crates fran­çais vont ten­ter d’être encore plus ridi­cules (et cri­mi­nels) en construi­sant à Marcoule (Gard) un nou­veau sur­gé­né­ra­teur. Il est joli­ment bap­ti­sé Astrid et pré­ten­du « de 4ème géné­ra­tion » pour ne pas avouer que c’est juste une nou­velle ten­ta­tive de faire un Superphénix. Et un Superfiasco.

**USA : un inspecteur de sûreté nucléaire… actionnaire d’une usine qu’il supervise !

M. Ostendorff, un Commissaire de la NRC (l’autorité de sûre­té des USA), a été pris la main dans le sac comme un vul­gaire Cahuzac amé­ri­cain : il avait inves­ti de l’argent dans une usine nucléaire qu’il était char­gé de superviser.

En Août 2012, le HuffPost avait déjà fait savoir que M. Ostendorff était sous enquête pour avoir ten­té de contre­car­rer une enquête sur les pro­blèmes de sécu­ri­té à la cen­trale nucléaire Palisades au bord du lac Michigan, dont nous avons par­lé la semaine dernière.

Voilà ce qui arrive dans les pays du tiers-monde comme les USA, gan­gré­nés par l’atome et la cor­rup­tion, la radio­ac­ti­vi­té et les conflits d’intérêts. On se croi­rait en France.

Mercredi 15 mai

**Humour : avant un référendum, Taïwan prétend avoir des centrales nucléaires « sûres »

Un réfé­ren­dum doit avoir lieu à Taiwan, peut-être à la fin de l’année 2013, concer­nant la mise en ser­vice de la 4ème cen­trale du pays, com­po­sée de deux réac­teurs dont le chan­tier a été com­men­cé en 1997.

16 ans plus tard, les bud­gets de construc­tion ont explo­sé et les réac­teurs ne sont pas ache­vés. Le réfé­ren­dum doit déci­der de ter­mi­ner ou non ces réac­teurs. Sans sur­prise, les diri­geants de Taipower pré­tendent que leur cen­trale sera « sûre » et qu’elle béné­fi­cie­ra des mesures post-Fukushima.

Pour infor­ma­tion, les trois pre­mières cen­trales ont deux réac­teurs cha­cune, mis en ser­vice entre 1978 et 1985. Certains déchets radio­ac­tifs sont entre­po­sés sans pré­cau­tions dans des iles habi­tées par des popu­la­tions locales (comme les Tao) qui sont affec­tés par la radioactivité.

Notons enfin que le gou­ver­ne­ment a « bidouillé » à sa façon la ques­tion qui devrait être posée lors du réfé­ren­dum mais qu’environ 200 000 Taïwanais ont mani­fes­té en mars der­nier contre l’atome. A suivre…

**Projets nucléaires d’EDF en Grande-Bretagne : les cartes bientôt abattues

Vous l’attendiez, voi­ci le nou­vel épi­sode de notre série pré­fé­rée : le pro­jet d’EDF de construire des réac­teurs EPR en Grande-Bretagne (cf les pré­cé­dentes revues de presse). Pour mémoire, ce pro­jet n’est pas seule­ment stu­pide (l’EPR étant le réac­teur le plus dan­ge­reux qui soit, c’est dire), il est tel­le­ment rui­neux et défi­ci­taire que EDF exige de Londres un prix d’achat de l’électricité de 100 livres par Mégawattheure, garan­ti pen­dant 35 à 40 ans !

De nom­breux diri­geants bri­tan­niques, en par­ti­cu­lier des ministres, ont décla­ré que le prix pro­po­sé à EDF ne devait pas dépas­ser 80 livres. Or, aux der­nières infor­ma­tions, le pre­mier ministre Cameron offri­rait à EDF un prix entre 93 et 96 livres : com­ment expli­quer un tel cadeau ?

Cette offre, qua­li­fiée récem­ment de sovié­tique par un res­pon­sable euro­péen, est d’autant plus sur­pre­nante que Cameron est un libé­ral qui, le reste du temps, com­bat les sub­ven­tions publiques. Va-t-il fal­loir sur­veiller de très près les embauches lucra­tives par EDF (ou ses filiales et alliés) dans l’entourage du pre­mier ministre bri­tan­nique ? (cf point sui­vant, à jeu­di 16 mai)

Cela dit, nous l’avons sou­vent signa­lé, un éven­tuel accord entre EDF et Londres sera pro­ba­ble­ment en contra­dic­tion avec les règles euro­péennes. Au par­le­ment bri­tan­nique, un repré­sen­tant de la majo­ri­té a même cru néces­saire de pré­ci­ser que la Grande-Bretagne res­pec­te­rait les lois de l’Union euro­péenne. Ca tombe bien, l’accord EDF/Londres semble n’avoir aucune chance d’être vali­dé. Sauf si M. Proglio embauche les enfants des Commissaires européens ?

Jeudi 16 mai

**Corruption : Proglio (PDG d’EDF) embauche les enfants des dirigeants politiques !

Remarquable com­pi­la­tion des méthodes nau­séa­bondes (mais effi­caces) de l’ignoble Henri Proglio, pdg d’EDF et arro­gant pro­nu­cléaire. Cet article s’est nour­ri de la bio­gra­phie « Henri Proglio, une réus­site bien fran­çaise », de Pascale Tournier et Thierry Gadault, mais aus­si d’articles comme celui de Marianne où l’on apprend com­ment Proglio a embau­ché dans les filiales de Véolia (qu’il diri­geait avant EDF), à des postes fort lucra­tifs (et pro­ba­ble­ment inutiles), des enfants ou autres proches de divers poli­ti­ciens influents.

C’est par exemple le cas de la fille Borloo, du fils Villepin, des frères et soeurs Dati, du frère Cahuzac, de la fille Estrosi, du fils Bartolone, etc. Sans oublier Pierre-François Koechlin, ex-secrétaire par­ti­cu­lier de Marie-George Buffet au très pro­nu­cléaire Parti com­mu­niste. On peut véri­ta­ble­ment par­ler de cor­rup­tion, peut-être juri­di­que­ment, assu­ré­ment moralement.

Des obli­gés à droite et à « gauche », mais ce n’est pas tout : on lira aus­si avec inté­rêt que le pre­mier ministre Jean-Marc Ayrault aurait quelques cas­se­roles… gar­dées au chaud par Proglio. On com­prend alors mieux pour­quoi ce der­nier est res­té en poste après l’arrivée au pou­voir du PS. Et pour­quoi la fer­me­ture de Fessenheim ne risque pas d’être déci­dée par un tri­bu­nal… ni par qui que ce soit d’autre !

**L’agence Merrill Lynch dégrade EDF qui dévisse en bourse

Henri Proglio aurait-il échoué à consti­tuer des dos­siers com­pro­met­tants pour les admi­nis­tra­teurs de Merrill Lynch, ou à embau­cher leurs reje­tons ? Toujours est-il que l’agence dégrade les pers­pec­tives éco­no­miques d’EDF, dont l’action à la bourse de Paris perd près de 5%. Pas grave : aux alen­tours de 17 euros, elle est de toute façon à des années-lumières des 87 euros où elle culmi­nait il n’y a pas si long­temps, quand l’industrie nucléaire arri­vait encore à faire croire qu’elle avait de l’avenir…

**Confirmation : ce n’est pas la justice qui mettra fin au nucléaire

Nul besoin de jeter la pierre à l’Association tri­na­tio­nale de pro­tec­tion nucléaire (ATPN) qui a essayé de faire fer­mer la cen­trale de Fessenheim par la jus­tice admi­nis­tra­tive. L’expérience pou­vait être ten­tée, voi­là qui est fait. Une pro­cé­dure court tou­jours devant la plus haute juri­dic­tion admi­nis­tra­tive, le Conseil d’Etat, mais il est qua­si­ment cer­tain qu’elle n’aura pas plus de suc­cès. Les juges n’y sont d’ailleurs pour rien : ce ne sont pas eux qui font les lois, mais les poli­ti­ciens… pro­nu­cléaires pour la plupart.

**Scandale : la Chine se débarrasse de déchets nucléaires en Afrique !

Des déchets radio­ac­tifs en pro­ve­nance de Chine ont été décou­verts au port d’Alger, et les res­pon­sables de ce tra­fic feraient par­tie d’un réseau inter­na­tio­nal qui dis­perse ces sub­stances sur le conti­nent afri­cain, a rap­por­té jeu­di le quo­ti­dien fran­co­phone Le Soir d’Alger. Rien de sur­pre­nant : au nom de quoi les nucléo­crates chi­nois seraient-ils moins ignobles que ceux d’autres pays ? Après tout, la France ato­mique conta­mine de nom­breux pays afri­cains depuis des décennies…