Observatoire du nucléaire

Organisme indépendant de surveillance de l’industrie nucléaire

Revue de presse n°30

27 décembre 2012 · ana duarte

Vendredi 21 décembre

**Le PDG d’EDF tient les graphiques à l’envers !

Comment savoir si Henri Proglio est nul ou sim­ple­ment bête ? Le bon­homme est tout de même PDG d’EDF, pla­cé là il est vrai par un autre incom­pé­tent, le dénom­mé Sarkozy.

Ce cher Proglio se per­met en effet des décla­ra­tions d’une totale absur­di­té, comme « La part du nucléaire va encore aug­men­ter ». Si vous vou­lez voir la tête de la dite « aug­men­ta­tion » du nucléaire, regar­dez donc ce gra­phique (http://world-nuclear.org/info/inf01.html) sur le site de la WNA, c’est à dire le lob­by nucléaire mondial.

La part du nucléaire dans l’électricité mon­diale est repré­sen­tée par la courbe mauve dont cha­cun peut voir qu’elle des­cend for­te­ment et conti­nuel­le­ment depuis 2004. On constate aus­si que les nucléo­crates ne mettent plus à jour ce gra­phique (alors que la page est, elle, mise à jour régu­liè­re­ment) qui s’arrête à 2010 : en effet, en 2011, il y a eu Fukushima, avec la fer­me­ture de dizaines de réac­teurs sur Terre (Japon, Allemagne, etc).

Si le gra­phique était mis à jour, la courbe mauve serait qua­si­ment en chute libre, des­cen­dant à envi­ron 11%… en atten­dant la suite. Conclusion : il est pro­bable que M. Proglio tienne les gra­phiques à l’envers, ce qui lui laisse croire que la part du nucléaire aug­mente « et va encore augmenter ».

**La France est encore importatrice d’électricité depuis l’Allemagne !

Les nucléo­crates ne sont com­pé­tents que dans une seule acti­vi­té : men­tir. Ainsi, ils ont réus­si à faire croire à une bonne par­tie de la popu­la­tion que « L’Allemagne sort du nucléaire… en ache­tant l’électricité nucléaire fran­çaise ». On entend sou­vent dire cela au Café du com­merce mais par­fois aus­si dans les édi­tos des jour­naux les plus connus.

Pourtant, c’est tota­le­ment faux : l’Observatoire du nucléaire a mon­tré que, depuis 2004, la France est tous les ans impor­ta­trice d’électricité depuis l’Allemagne. Mieux : comme l’explique bien Médiapart, l’Allemagne reste expor­ta­trice vers la France mal­gré la fer­me­ture immé­diate de 8 réac­teurs par Berlin en 2011 du fait de la catas­trophe de Fukushima.

La pro­duc­tion d’électricité renou­ve­lable en Allemagne est par­fois si mas­sive qu’elle per­met à la France d’acheter cette élec­tri­ci­té à bas coût. Cela n’empêche pas les auto­ri­tés fran­çaises d’annoncer que « le prix de l’électricité va aug­men­ter de 2,5 % au 1er jan­vier en rai­son de la hausse d’une taxe qui finance notam­ment les éner­gies renou­ve­lables. ». Alors que le prix de l’électricité fran­çaise aug­mente mas­si­ve­ment à cause de la vétus­té des cen­trales nucléaires ! Mentir, tou­jours men­tir, la meilleure arme du lob­by nucléaire…

**C’est l’histoire d’une vieille centrale nucléaire…

C’est l’histoire de la plus vieille cen­trale nucléaire d’un pays. Les nucléo­crates veulent qu’elle conti­nue à fonc­tion­ner au delà de la date pré­vue à l’origine. L’Autorité de sûre­té n’est pas contre, mais exige des rafis­to­lages, pro­ba­ble­ment pour avoir des ali­bis en cas de catastrophe.

Les nucléo­crates pro­mettent de faire ces répa­ra­tions dans le cadre d’un bud­get limi­té, mais la fac­ture réelle sera évi­de­ment bien plus lourde. Alors, de quelle cen­trale s’agit-il ? Fessenheim, en France ? Non : Mühleberg, en Suisse. Son unique réac­teur a été mis en ser­vice en 1972, cinq ans avant Fessenheim !

Conclusion au choix : Fessenheim peut fonc­tion­ner « sans risque » 5 ans de plus, ou alors les « res­pon­sables » suisses sont encore plus déments que les fran­çais. Dernière option, la seule qui soit sen­sée : fer­mer la cen­trale sans faire ces tra­vaux rui­neux, comme c’est le cas à Gentilly au Québec.

**Fin du nucléaire en Allemagne : Vattenfall réclame plus de 3,5 milliards !

Construire des cen­trales nucléaires dans un pays revient véri­ta­ble­ment à mettre le ver dans le fruit, le poi­son dans la socié­té. Bien sûr, c’est bien connu, il y a les risques de catas­trophes, les déchets radio­ac­tifs, la fac­ture du déman­tè­le­ment. Mais ce n’est pas tout : lorsqu’un pays nucléa­ri­sé prend conscience de la gra­vi­té de son erreur et entend y mettre un terme, à savoir arrê­ter le nucléaire, les vers veulent conti­nuer à gâter le fruit. Ils s’accrochent !

C’est ain­si que le sué­dois Vatenfall, que les Allemands ont autre­fois auto­ri­sé à exploi­ter des cen­trales nucléaires chez eux, exige des mil­liards parce que ses vieilles cen­trales ont été fer­mées suite à Fukushima. Or, elles étaient si vétustes qu’elles étaient à l’arrêt depuis deux à quatre ans ! Il y a des coups de pieds aux fesses qui se perdent…

Samedi 22 décembre

**Corruption : le lobby nucléaire se débarrasse de ses déchets radioactifs

Enquête du Temps (Suisse) : « Les conquis­ta­dores du nucléaire »

Reportage édi­fiant sur la façon dont les nucléo­crates pro­fitent des ravages de la crise pour « four­guer » les déchets radio­ac­tifs à des vil­lages sinis­trés. Ce sont donc 7000 tonnes de ces déchets mor­tels qui vont être entre­po­sés à Villar de Cañas, 500 habi­tants. Un véri­table sys­tème de « cor­rup­tion légale » a été mis en place pour ce faire.

En effet, une par­tie du prix de l’électricité a ser­vi de longue date à consti­tuer un tré­sor de guerre qui per­met aujourd’hui au lob­by de l’atome d’acheter à prix d’or les ter­rains néces­saires, la col­la­bo­ra­tion des élus, et de faire miroi­ter emplois et déve­lop­pe­ment éco­no­mique. Illustration.

Dimanche 23 décembre

**Les USA à portée des missiles nucléaires nord-coréens ?

Rappelons que, pour ato­mi­ser un pays (ou du moins ses grandes villes), il ne suf­fit pas d’avoir des bombes nucléaires, il faut aus­si être en capa­ci­té de les lan­cer loin. Le bom­bar­de­ment à l’ancienne, par avion, n’est plus de mise, bien qu’ayant fait ses preuves par le pas­sé à Hiroshima et Nagasaki (cf pho­tos)

De nos jours, deux options prin­ci­pales sont uti­li­sées : des sous-marins « lan­ceurs d’engins », ou des mis­siles longue por­tée. Il semble que les diri­geants Nord-Coréens, à défaut de nour­rir leur peuple, soient bien­tôt capables d’expédier leurs « AMD » (armes de des­truc­tion mas­sive) à 10 000 km, par exemple sur les USA. Voilà ce que c’est de se foca­li­ser sur l’Iran…

Lundi 24 décembre

**L’Inde se plaint de problèmes sur le sous-marin nucléaire loué à la Russie !

L’Inde pos­sède depuis les années 70 des armes nucléaires. Elle peut sans trop de mal en expé­dier quelques unes sur ses voi­sins comme le Pakistan ou la Chine. Mais, pour frap­per plus loin, elle loue un sous-marins nucléaire à la Russie ! On peut donc louer des sous-marins nucléaires ! Après véri­fi­ca­tion, cette demande chez Kiloutou ne per­met d’avoir qu’une « sableuse à dépres­sion pneu­ma­tique ». L ’Inde ferait peut-être mieux de s’en conten­ter car le sous-marin russe loué semble loin de don­ner satis­fac­tion. Il ne faut pas s’entêter Koursk que Koursk

**Pour le patron de la sûreté nucléaire Belge : « le risque nucléaire n’est plus acceptable » !

En novembre der­nier, l’Observatoire du nucléaire était le seul à rompre avec un indé­cent concert de louanges en faveur de Claude-André Lacoste, à l’occasion du départ à la retraite du grand chef de la pré­ten­due « sûre­té nucléaire » française.

Aujourd’hui, son homo­logue belge Willy De Roovere quitte lui aus­si son poste, et cha­cun peut voir la dif­fé­rence : « il y a tou­jours un risque lié à l’énergie nucléaire. Et nous devons aus­si nous deman­der si le risque est accep­table pour la socié­té. Je pense qu’aujourd’hui il ne l’est plus. ».

C’est sûr que ce n’est pas en France avec l’ « admi­rable Lacoste » que l’on enten­drait ça ! Mais les nucléo­crates peuvent se ras­su­rer : le suc­ces­seur de M ? De Roovere n’est autre que… le direc­teur actuel de la cen­trale nucléaire de Doël, où l’on trouve un des fameux réac­teurs aux cuves fis­su­rées.

Le lob­by nucléaire n’a pas per­du son temps en cou­lisse pour faire nom­mer une de ses marion­nettes à la tête de la « sûre­té nucléaire » belge ! Nous pou­vons d’ores et déjà parier que ce plai­san­tin ne ver­ra aucun incon­vé­nient à la remise en ser­vice des réac­teurs fis­su­rés. Mais, après tout, c’est déjà le cas en France.

Mardi 25 décembre

**Le surpoids infantile, effet collatéral du drame nucléaire de Fukushima

Nouvelle confir­ma­tion de ce que les pro­nu­cléaires sont des gens dan­ge­reux qui expriment en par­ti­cu­lier leur méchan­ce­té en nui­sant aux enfants : non contents de leur léguer des déchets radio­ac­tifs, des cen­trales à déman­te­ler, des pays conta­mi­nés, ils les irra­dient et, effet col­la­té­ral, les condamnent au surpoids.

En effet, les mal­heu­reux enfants japo­nais ont le choix entre jouer dehors dans un envi­ron­ne­ment conta­mi­né et prendre du poids en res­tant à l’intérieur. Jamais avares d’infamies, les pro­nu­cléaires vont jusqu’à pré­tendre que les gens malades après les catas­trophes nucléaires ne sont pas vic­times des radia­tions mais… de leur propre peur. C’est la pré­ten­due « radio-phobie » (cf par exemple ici). Affligeant.

**Japon : mort de l’auteur du manga « Gen d’Hiroshima »

Hommage au des­si­na­teur japo­nais Keiji Nakazawa, auteur du man­ga auto­bio­gra­phique sur la guerre et la bombe ato­mique « Gen d’Hiroshima ». Il avait par la suite pris posi­tion contre le nucléaire dit « civil », dénon­çant la catas­trophe de Tchernobyl puis celle de Fukushima sur­ve­nue dans son pays. Encore une voix que les « élites » auraient mieux fait d’écouter…

**Fukushima : Tepco demande une aide d’État supplémentaire de 6 milliards d’euros

Pour mémoire, Tepco était une socié­té pri­vée qui fai­sait un busi­ness lucra­tif en ven­dant de l’électricité prin­ci­pa­le­ment nucléaire. Après la catas­trophe de Fukushima, Tepco a été natio­na­li­sée et c’est l’argent public qui est requis, mas­si­ve­ment, pour ten­ter de limi­ter les consé­quences du drame. Privatisation des béné­fices et col­lec­ti­vi­sa­tion des (immenses) pertes, c’est comme cela que vit l’industrie nucléaire. On s’étonnera de ce que l’Usine nou­velle, si prompte à pré­tendre que l’électricité ato­mique est com­pé­ti­tive, se contente de rela­ter cette infor­ma­tion sans dénon­cer le coût incom­men­su­rable du nucléaire pour la collectivité…

Mercredi 26 décembre

**Contrat « secret » d’EDF avec la Chine : la fable du « transfert de technologie »

Nous avons évo­qué à plu­sieurs reprises la riva­li­té d’EDF et d’Areva pour faire ami-ami avec les Chinois, seule bouée de sau­ve­tage (pro­vi­soire) pour une indus­trie nucléaire en voie de décom­po­si­tion. Cette semaine, l’ensemble des médias s’est embal­lé autour d’une sup­po­sée affaire de « trans­fert de tech­no­lo­gie » : pour s’assurer d’être choi­sie par les Chinois au détri­ment d’Areva, EDF serait déci­dée à bra­der les secrets de la pré­ten­due « exper­tise » fran­çaise dans le nucléaire.

L’Observatoire du nucléaire rap­pelle donc à juste titre que, contrai­re­ment à une idée hélas répan­due dans l’opinion, l’industrie nucléaire fran­çaise est spé­cia­li­sée dans les échecs indus­triels, les erreurs de stra­té­gie, les fautes de concep­tion, les mal­fa­çons, les sur­coûts, etc. Et qu’elle est raillée et reca­lée dans le monde entier.

De fait, cette his­toire de « trans­fert de tech­no­lo­gie » relève de la plai­san­te­rie : les Chinois souhaiteraient-ils savoir com­ment échouer et se ridi­cu­li­ser ? Par contre, il est pro­bable que l’accord signé par EDF com­prend réel­le­ment des aspects inavouables. Pour mémoire, les deux EPR ven­dus par Areva à la Chine ont été bra­dés à 3,6 mil­liards les deux, alors qu’un seul exem­plaire vaut au moins 8 milliards.

Il est donc légi­time de cher­cher à savoir com­bien de mil­liards EDF et Areva sont prêts à perdre pour être le « tou­tou » pré­fé­ré des Chinois. Comme tou­jours, ce sont les finances publiques et les fac­tures d’électricité des fran­çais qui cou­vri­ront les pertes…

Jeudi 27 décembre

**Les Chinois utilisés pour virer Proglio et fermer Fessenheim ?

Nous l’avons vu, EDF n’a rien à bra­der aux Chinois, à part les « secrets » de… l’incompétence. Pourtant, les Chinois semblent utiles pour le pou­voir en place qui accuse son chien (ie : Proglio) d’avoir la rage (ie : d’avoir livré des secrets indus­triels). Nous ne ver­se­rons néan­moins aucune larme sur ce « pauvre » Proglio, affai­riste sans scru­pules qui n’hésite pas à s’allier même avec la CGT-énergie (laquelle s’allie, il est vrai, avec qui­conque veut bien fer­mer les yeux sur les détour­ne­ments finan­ciers du comi­té d’entreprise : voir Le Monde du 10.09.12 ou le JDD du 9.09.12).

L’Observatoire du nucléaire a certes indi­qué la marche à suivre en cla­mant que « Pour fer­mer la cen­trale de Fessenheim, il faut révo­quer le PDG d’EDF ». Mais nous ne croi­rons que ce que nous ver­rons : à ce jour, rien ne per­met de pen­ser que Fessenheim sera fer­mée avant 2017. Sans par­ler de toutes les autres ins­tal­la­tions nucléaires qui jonchent le pays…

A la semaine prochaine… 

Bonne année 2013 à toutes et tous !