Observatoire du nucléaire

Organisme indépendant de surveillance de l’industrie nucléaire

Revue de presse n°51

23 mai 2013 · ana duarte

Vendredi 17 mai

**Redémarrage des réacteurs belges fissurés et ouverture des parapluies

Suite d’un de nos feuille­tons pré­fé­rés, celui des réac­teurs belges fis­su­rés (cf revues de presse 10, 11, 12, 23, 27, 33, 42). Malgré d’innombrables défauts détec­tés (avec 30 ans de retard !) dans les cuves de dif­fé­rents réac­teurs, ces der­niers vont pou­voir redémarrer.

La déci­sion a été annon­cée par le nou­veau chef de la « sûre­té » nucléaire belge qui diri­geait aupa­ra­vant… une des cen­trales fis­su­rées ! (cf ci-dessous à same­di 18 mai). Cette déci­sion ubuesque a été prise mal­gré les aver­tis­se­ments de dif­fé­rents orga­nismes d’expertise, et du pré­cé­dent chef de la sûre­té nucléaire, oppo­sés au redé­mar­rage des réac­teurs… et oppor­tu­né­ment envoyé à la retraite !

Quant au gou­ver­ne­ment belge, il ouvre le para­pluie : il se contente de « prendre acte » de la posi­tion de la « sûre­té » nucléaire, et consi­dère qu’il n’a pas à avoir d’avis sur la ques­tion. S’il fal­lait encore une preuve de ce que les poli­ti­ciens ne sont que des pan­tins et que le pou­voir est en réa­li­té dans des mains mafieuses…

**L’uranium du Niger débarque dans la confusion à Marseille

Pour ali­men­ter les réac­teurs nucléaires fran­çais, Areva extrait (pille) l’uranium du Niger, le trans­forme sur place en « yel­low cake », le trans­porte en camion sur des cen­taines de kilo­mètres, et l’expédie par bateau en France où il est ensuite diri­gé vers des usines de fabri­ca­tion du combustible.

On le savait déjà, cha­cune de ces opé­ra­tions est pol­luante et dan­ge­reuse. Il faut désor­mais y ajou­ter le débar­que­ment du yel­low cake à Marseille (port de Fos). Mais atten­tion, Areva n’y est pour rien (comme d’habitude) : ce sont diverses socié­tés pres­ta­taires, dont le Port de Marseille, qui se mélangent les fûts.

Heureusement, une des socié­tés « ras­sure » tout le monde en pré­ten­dant que « les char­ge­ments concer­nés sont consti­tués de terre conte­nant de très faibles quan­ti­tés d’uranium, elles-mêmes fai­ble­ment radio­ac­tives ». De la terre en guise de com­bus­tible nucléaire ! Ça doit être pour ça que les réac­teurs fran­çais marchent si mal…

Par ailleurs, on note la « sévé­ri­té » des diri­geants de l’Autorité de sûre­té nucléaire : ils ont fait des constats graves en juillet 2010, tiré quelques oreilles lors d’une réunion en novembre 2011, orga­ni­sé une autre ins­pec­tion en novembre 2012, envoyé un cour­rier en jan­vier 2013 (un cour­rier : quelle vio­lence !), et ont consta­té que rien n’avait chan­gé. Aux der­nières nou­velles, ils mena­ce­raient d’envoyer un fax. Areva et ses com­plices tremblent…

Samedi 18 mai

**Le nucléaire détruit le cerveau : la preuve définitive est enfin apportée

On s’en dou­tait for­te­ment : le nucléaire attaque direc­te­ment au cer­veau. C’est désor­mais défi­ni­ti­ve­ment prou­vé « grâce » au dénom­mé Jans Bens, direc­teur géné­ral de l’Agence Fédérale de Contrôle Nucléaire (AFCN), l’autorité de « sûre­té » nucléaire de la Belgique.

Pour « jus­ti­fier » sa déci­sion de remise en ser­vice des réac­teurs fis­su­rés, ce triste sire n’a rien trou­vé de mieux que d’affirmer que « Les éoliennes sont plus dan­ge­reuses que les cen­trales nucléaires ». Cela dit, si Jans Bens est gras­se­ment rému­né­ré pour mettre la popu­la­tion en dan­ger et se moquer du monde, il n’est fina­le­ment qu’un symp­tôme de la déli­ques­cence de nos socié­tés « modernes ».

En effet, avant de diri­ger la pré­ten­due « sûre­té » nucléaire, Jans Bens était direc­teur de la cen­trale nucléaire de Doel… où l’on trouve jus­te­ment un des deux réac­teurs fis­su­rés. Le contrô­lé est donc deve­nu contrô­leur, preuve que la Belgique n’est plus qu’une pauvre répu­blique bana­nière à la démo­cra­tie fac­tice. On se croi­rait en France !

Cerise sur le gâteau : entre Doël et l’AFCN, Jans Bens a été direc­teur adjoint de la World Association of Nuclear Operators (WANO), regrou­pe­ment de la plu­part des exploi­tants de cen­trales nucléaires. Sur son site web, la Wano explique elle-même les rai­sons de sa créa­tion en 1989 : « Suite à l’accident tra­gique sur­ve­nu à la cen­trale nucléaire de Tchernobyl, les exploi­tants nucléaires dans le monde étaient déter­mi­nés à tra­vailler ensemble pour s’assurer qu’un tel acci­dent ne se repro­duise jamais. » 
Or, il s’est repro­duit, à Fukushima, signant la totale décon­si­dé­ra­tion des gens de la WANO… ce qui ne les empêche pas de para­der et, entre autres for­fai­tures, de pla­cer un des leurs à la tête de la « sûre­té » nucléaire belge, pour relan­cer les réac­teurs fis­su­rés. On com­prend alors mieux le rire ignoble de Jans Bens

Dimanche 19 mai

**Allemagne : un bateau transportant de l’uranium prend feu !

L’AFP ne sau­rait être cou­pable de tout ( 😉 : de toute évi­dence, les auto­ri­tés alle­mandes lui ont racon­té des bobards le 2 mai en pré­ten­dant que le bateau en flamme dans le port de Hambourg conte­nait des auto­mo­biles. C’était d’ailleurs vrai mais, léger « oubli », on y trou­vait aus­si tout un tas d’autres choses char­mantes dont quatre tonnes d’explosifs, des pro­duits inflam­mables… et neuf tonnes de matières nucléaires (hexa­fluo­rure d’uranium) !

L’excellent Bastamag nous apprend aus­si que, à proxi­mi­té, étaient ras­sem­blés des mil­liers de per­sonnes pour le Kirchentag, la plus grande mani­fes­ta­tion de l’église pro­tes­tante du pays. Peut-être une ten­ta­tive de Saint-Barthélémy ? Si les Allemands met­taient de la terre (légè­re­ment radio­ac­tive tout de même !) dans leurs réac­teurs, comme le font les Français, le dan­ger serait moindre…

Lundi 20 mai

**Un Collectif « Mines d’uranium » contre la contamination de la France par Areva

Le 11 février 2009, le docu­men­taire « La France conta­mi­née » avait fait beau­coup de bruit et mis Areva en dif­fi­cul­té. Mais le pré­ten­du « géant du nucléaire » sait res­ter calme, gagner du temps, et attendre que l’actualité passe à autre chose. Résultat, 4 ans après, rien n’a chan­gé. Aussi, un Collectif « Mines d’uranium » s’est mis en place, ani­mé par des citoyens dignes et cou­ra­geux avec la par­ti­ci­pa­tion de l’excellente Criirad et de son ingé­nieur Bruno Chareyron.

Ce der­nier pour­rait assu­ré­ment mul­ti­plier son salaire par 10 en men­tant au pro­fit d’Areva mais, « han­di­ca­pé » par des concep­tions sur­an­nées comme la droi­ture et l’honnêteté, il tra­vaille inlas­sa­ble­ment à faire émer­ger la véri­té. Étonnant de nos jours, n’est-il pas ? A noter aus­si l’excellent repor­tage de France3 Limousin. Les rédac­tions régio­nales de cette chaîne sont encore en mesure de faire un vrai tra­vail d’information et d’enquête, et traitent de sujets qui sont sou­vent mal­trai­tés ailleurs… ou car­ré­ment « oubliés ».

Mardi 21 mai

**Démantèlement / déchets : vous pouvez encore voir le remarquable reportage d’Arte

La chaîne ARTE a pour carac­té­ris­tique, outre de pro­po­ser des pro­grammes géné­ra­le­ment de grande qua­li­té, d’être franco-allemande. C’est assu­ré­ment pour cela que l’on peut y voir des émis­sions et repor­tages que l’on pour­rait croire anti­nu­cléaires… pour la simple rai­son qu’ils disent juste la véri­té sur l’atome. Si vous ne l’avez vu en direct, pré­ci­pi­tez vous pour voir ce repor­tage qui est encore en ligne pour quelques jours !

Mercredi 22 mai

**Fukushima : « Notre vie, désormais, c’est de creuser notre tombe »

« Les auto­ri­tés vont rou­vrir dis­crè­te­ment la zone inter­dite entou­rant la cen­trale nucléaire. Les réfu­giés pour­ront retrou­ver leur domi­cile, à leurs risques et périls. ». Il fau­dra attendre mars 2014 pour que les médias s’intéressent à nou­veau à Fukushima (date anni­ver­saire oblige)alors, en atten­dant, des citoyens rendent compte du drame qui conti­nue de se dérou­ler. C’est à nou­veau l’excellent Thierry Ribault qui s’y colle, accom­pa­gné cette fois de Cécile Asanuma-Brice. Merci à eux… même si le constat est dramatique.

Jeudi 23 mai

**Niger : tué en mars, Belmokhtar revient attaquer Areva en mai

Le géné­ral Hollande a lan­cé les troupes fran­çaises sur le Sahel en jan­vier, pré­ten­du­ment « pour la démo­cra­tie », en réa­li­té pour sécu­ri­ser les mines d’uranium d’Areva au Niger. En mars, le ter­ri­fiant lea­der isla­miste Mokhtar Belmokhtar était tué par les forces de « libé­ra­tion ». De toute évi­dence, il n’a pas été assez tué puisque le voi­là qui revient en mai et fait ce qui lui plait : atta­quer Areva. Les enne­mis de nos enne­mis ne sont pas for­cé­ment nos amis, donc nous ne nous féli­ci­tons pas des actes de ce « mort » bien agité.

Par contre, qu’on ne compte pas sur nous pour une quel­conque « union natio­nale » avec les men­teurs poli­tiques et indus­triels : ces attaques sou­lignent la vul­né­ra­bi­li­té de la France ato­mique et démontrent que le nucléaire n’apporte aucune indé­pen­dance éner­gé­tique. Pour finir, rap­pe­lons qu’en sep­tembre 2010, après l’enlèvement de plu­sieurs sala­riés d’Areva au Niger, l’Observatoire du nucléaire lan­çait cette alerte :

« Ces évè­ne­ments ne sont assu­ré­ment que les pré­mices de désta­bi­li­sa­tions géo­po­li­tiques encore plus graves. Sachant que les réserves d’uranium s’amenuisent dans le monde et que d’autres pays, en par­ti­cu­lier la Chine, ont aus­si besoin de grandes quan­ti­tés de ce mine­rai, ce sont donc 80% de la pro­duc­tion élec­trique fran­çaise qui sont mena­cés. » CQFD.

**Nouveau : la sûreté nucléaire « souple »

L’Autorité de sûre­té nucléaire (ASN) estime que, à la cen­trale de Civaux (Vienne), « les règles de sécu­ri­té sont obser­vées avec une sou­plesse incom­pa­tible avec les exi­gences de l’activité ». On pour­rait croire que l’ASN fait les gros yeux (elle va peut-être envoyer un fax, comme à Marseille ?)

Mais, en réa­li­té, elle semble sug­gé­rer que les dites règles de sécu­ri­té pour­raient être « obser­vées avec une sou­plesse com­pa­tible avec les exi­gences de l’activité ». Tout dépend, semble-t-il, de la manière d’être souple. De toute façon, vous avez noté qu’il s’agit seule­ment d’ « obser­ver » les règles de sécu­ri­té. Mais obser­ver, c’est déjà du bou­lot, nous pou­vons vous l’assurer…

**Débat sur l’énergie (le Grenelle de Hollande) : le coup des scénarios

Hors du monde, hors du temps, se déroule inuti­le­ment le fumeux Débat natio­nal sur la tran­si­tion éner­gé­tique (DNTE), sous la hou­lette de l’improbable duo Delphine Batho (parait-il ministre de quelque chose) / Nicolas Hulot (« Envoyé spé­cial de l’Élysée pour la pla­nète », sans rire)

Pour rem­plir la salle, un « Conseil natio­nal du débat » a été mis sur pied, prin­ci­pa­le­ment com­po­sé de pol­lueurs et d’écologistes offi­ciels (et donc inof­fen­sifs). Tout ce petit monde vient de mettre à jour quatre scé­na­rios de « tran­si­tion éner­gé­tique », sen­sés col­ler aux enga­ge­ments pris par M. Hollande… pour quand il ne sera plus pré­sident depuis longtemps.

Les pro­nu­cléaires pro­posent des scé­na­rios avec nucléaire, les « éco­lo­gistes » aus­si (un peu moins tout de même, faut pas exa­gé­rer). Pendant ce temps, EDF se pré­pare à ne pas fer­mer la cen­trale de Fessenheim (ni aucune autre), et à mettre l’EPR en ser­vice. Finalement, on va presque regret­ter le Grenelle !

**Enfouissement criminel des déchets radioactifs : le projet prend l’eau !

Que des oppo­sants cou­ra­geux et moti­vés sabotent paci­fi­que­ment le pseu­do débat public sur l’enfouissement des déchets radio­ac­tifs, on pou­vait s’en dou­ter. Ce fut fait et bien fait, l’Est-Républicain recon­naît d’ailleurs qu’ « aucun mani­fes­tant ni membre des forces de l’ordre n’a reçu le moindre coup hier soir à Bure ». Bravo !

Par contre, ce que les enfouis­seurs n’avaient pas pré­vu, c’est que l’Autorité de sûre­té nucléaire (ASN) jette un pavé dans la mare (ou un fût dans l’océan). Il est vrai qu’il est plus facile pour les ins­pec­teurs de poin­ter les tares d’un pro­jet loin­tain que de faire fer­mer par EDF un réac­teur actuel­le­ment en fonction.

L’ASN pré­cise donc que « si la créa­tion d’une ins­tal­la­tion de sto­ckage géo­lo­gique pro­fond est auto­ri­sée, le décret d’autorisation devra com­prendre un inven­taire défi­nis­sant en nature et en volume maxi­mal les déchets pou­vant y être sto­ckés ». Or les exploi­tants (EDF, Areva, CEA) n’ont aucune envie de recon­naître qu’ils veulent se débar­ras­ser à Bure d’incommensurables quan­ti­tés et volumes de cochon­ne­ries radio­ac­tives : cela ferait explo­ser la fac­ture offi­cielle du projet.

Selon la bonne vieille habi­tude du lob­by de l’atome, les sur­coûts doivent être annon­cés plus tard, au fur et à mesure, et lorsque le pro­jet est « trop avan­cé pour s’arrêter main­te­nant ». Si l’on oblige ces braves gens à avouer d’emblée la réa­li­té de la fac­ture, c’est plus du jeu !

Le crime de l’enfouissement prend l’eau au figu­ré, comme c’est le cas au « propre » (façon de par­ler) en Allemagne à Asse (rap­pel par exemple sur le site de La Croix). Pas sûr que cela suf­fise à stop­per les fous de l’atome, mais il est tou­jours per­mis d’y croire…

Post-Scriptum

**Festival de Cannes : le nucléaire, avec Léa, c’est doux

Le nucléaire au Festival de Cannes, il fal­lait y pen­ser. Et, avec Léa Seydoux en com­pagne de tra­vailleur de l’atome, ça donne presque envie d’aller faire la main­te­nance à la cen­trale de Cruas (ou ailleurs). Le nucléaire, avec Léa c’est doux, et ça peut rap­por­ter des prix. Mais quand la palme dort, les pré­caires de l’atome ont leur propre fes­ti­val : irra­dia­tions, conta­mi­na­tions, doses. Coupez !